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La traversée

17 janvier 2008
Voilà, après avoir effectué les derniers préparatifs nous sommes sur le pont en cette matinée un peu grise prêts à lever l’ancre. Nous aurions aimé partir en compagnie de Jean Yves, Nadine et leurs deux jeunes fils, Manou et Titou, mais Jean Yves a un petit problème de peau à la main. Ils attendent les résultats des analyses médicales pour savoir s’ils doivent traiter ou s’ils peuvent partir. C’est une petite famille de gens absolument charmants. Ils vivent sur un voilier depuis 17 années. C’est un réel plaisir de les rencontrer ; Ils portent en eux tant d’expérience et de savoir-faire. Et nous avons tant à apprendre de leur façon de vivre. J’espère pouvoir les retrouver un jour peut être. Ils planifient de rentrer par les Maldives nord et les Seychelles, puis vers Mayotte, leur destination finale ou les attendent travail et bancs de classe pour les enfants.
Donc nous y voilà, au commencement de notre premier long trajet. Cela devrait nous prendre une quinzaine de jours (et de nuits) pour rallier les îles Maldives. J’éprouve un peu d’inquiétude. La veille du départ, Laura est venue nous rendre visite à cette plage de Phuket et nous a invité à l’un de ces restaurants qui la bordent. Vers la fin de la soirée, elle me déploie ses arguments et me fait subir une attaque en règle sur le bien fondé de cette aventure. Ma décision est qualifiée de stupide. Pour Laura, les risques que je fais courir à ma petite famille sont inconsidérés. Peut être a-t-elle raison, j’apprécie cette amie suffisamment pour ne pas prendre ombrage de ses propos; Elle sera toujours la bienvenue à bord de Constante, n’en reste pas moins clair que nous partons malgré tout. Meng est prête et les enfants attendent qu’il se passe quelque chose.
Au matin du 17 janvier 2008, nous levons l’ancre ; Pas de vase dans cette baie, la chaîne revient propre. Puis l’étrave de Constante s’oriente vers la sortie de la baie. Quelques «  au revoir » criés un peu nerveusement à ceux qui restent et qui partiront plus tard et Constante s’oriente vers l’ouest, je ne dirais pas résolument, car je ne suis pas du tout vaillant ce matin avec un petit nœud à l’estomac, mais il est maintenant trop tard pour reculer. Le vent est orienté plein Nord ce qui me permet d’établir toutes mes voiles : Génois, trinquette, grand voile et artimon. Ca marche bien, nous fermons le petit cortège des cinq bateaux qui ont décidé de partir aujourd’hui. Nous maintiendrons un contact radio sur 8122 à 9h00 heures thaïlandaises. Bientôt, les bateaux s’éparpillent. Vers midi, le vent tombe complètement ; Je mets la mécanique en route vers 13 heures car j’entends gronder un orage sous une masse de nuages noirs au loin sur la côte de Phuket. Je veux donc m’en écarter le plus rapidement possible. Après une heure, le vent revient avec en prime des bourrasques et de la pluie. Voilà, la mousson de nord est est là, pas très forte, mais ça pousse à 10 nœuds. Tout va bien à bord mais, et c’est normal, la distance que creuse Constante entre la Thaïlande et nous, creuse aussi la taille des vagues qui nous arrivent maintenant ¾ arrière. Meng est malade ! Je n’avais pas pensé à cette éventualité... Par voie de conséquence, les petites se retrouvent maintenant sous ma juridiction. Je m’occupe de leur pipi caca, de leurs biberons d’eau, de leurs biberons de lait car elles boivent beaucoup, surtout Julie. J’ai l’impression de courir partout sur ce bateau. Meng reste désespérément inerte. Le doute me prend, ponctué d’une inquiétude certaine : Et si cela durait pendant toute la traversée ! Vient la nuit, les filles sont endormies et je peux enfin souffler. Un coup d’œil à la jauge qui indique le niveau de voltage dans les batteries de service : 12,2, c’est bas ! Je suis obligé de me rendre à l’évidence, nous n’avons pas assez d’énergie disponible. Evidemment, avec un super GPS, un gros pilote automatique, le frigo, les feux de navigation, la pompe d’eau de mer qui nous sert à faire la vaisselle et l’éclairage interne du bateau, nous sommes loin du compte en matière de bilan énergétique. Les deux panneaux solaires ne sont efficaces qu’entre 11 heures et 14 heures et l’éolienne ne produit, de façon efficace, qu’à partir de 17 nœuds en navigation. En dessous, pas la peine d’en parler... Résultat, j’éteins le pilote principal et installe le petit ST 1000 sur le petit safran du régulateur d’allure dont j’ai jeté la partie aérienne. Ensuite, je coupe le GPS écran couleur etc. et mets en service un tout petit GPS Garmin avec alimentation sur allume cigare. Ca va beaucoup mieux et nous arrivons à l’équilibre de cette manière en faisant tourner le moteur une heure par jour. Ironiquement, j’ai un alternateur avec hélice traînée prêt à être installé mais j’ai cru que ce dont je disposais suffirait. Erreur, maintenant je regrette de ne pas l’avoir mis en place, il ne faut que deux boulons à serrer et la prise électrique à brancher. Ensuite il faut balancer l’hélice au bout de son cordage relié à l’alternateur et le tour est joué. Impossible de l’installer dans les conditions de mer actuelle. Je le ferai dès notre arrivée aux Maldives.
Je passe la nuit à dormir par tranches de 25 minutes. Il n’y a pas de trafic dans le coin.
18 janvier 2008
Meng est toujours malade. Je me surprends à prier pour qu’elle se rétablisse au plus vite. Je crains qu’elle fasse partie du club très populaire des indécrottables du mal de mer. Cela rendrait nos voyages nautiques très difficiles avec une personne à bord incapable de s’adapter physiquement. Je déteste la voir souffrir de cette manière et je sais que cette triste éventualité risquerait de mettre un terme définitif à notre projet familial. Je souhaite ardemment que cela lui passe. Le vent est toujours NE 10 à 15 nœuds. J’installe le génois sur tangon et envoie la grand voile. Le voilier marche correctement. Les enfants jouent, mangent, font pipi/caca et, vers le coucher du soleil, Carmen passe une bonne demi-heure sur le pont dans mes bras à contempler le soleil dans sa course vers le fond de la mer. C’est un moment magique. Julie est dans le cockpit avec Meng qui commence à entendre des voix; Cela m’inquiète de plus en plus.
La nuit s’installe, j’affale la grand voile car des nuages s’amoncellent avec leur cortège de pluie et de vent fort. Après avoir séché la banquette du cockpit une fois l’orage passé, je m’y installe pour tenter de dormir, mais le bateau roule beaucoup trop et je me retrouve éjecté toutes les 5 minutes. Je descends dans le carré et m’installe sur les coussins du cockpit en travers sur le plancher. Ca va mieux, je parviens enfin à fermer les yeux. Le bateau est sous toile sans résistance suffisante pour tempérer le roulis.
19 janvier 2008
J’accuse le coup après ces deux premières nuits passées en mer et surtout à cause de l’impossibilité de me reposer correctement. Seul, je pouvais prolonger mes tranches de sommeil jusqu’à dix heures, avec Meng malade et les petites qui se réveillent aux aurores, ma journée commence sans retour possible vers le sommeil. Meng est toujours malade ; Ça ce n’est pas une bonne nouvelle. Le vent a forci à 25 nœuds et Constante file 6 nœuds sous génois tangonné seul. Le ciel est bleu et d’une limpidité magnifique. Le voilier roule bord sur bord au grand désespoir de Meng qui manque de se retourner l’estomac par-dessus les filières plusieurs fois. Les petites jouent à l’intérieur et à l’extérieur. Je m’occupe d’elles du mieux que je peux. Meng cuisine un porridge chinois pour tenter de s’alimenter un peu avec quelque chose qui restera à son bord.
Miracle ! Tel un brouillard qui se lève lentement, Meng réapparaît ; Elle va beaucoup mieux cet après-midi et cuisine même un bon plat de pâtes qu’elle engloutit goulûment ; Cela faisait deux jours qu’elle n’avait presque rien mangé. J’ai enfin retrouvé mon équipière. Vers 17heures nous passons au milieu des îles Nicobar par le « Sombrero Channel » La mer est très agitée car un courant contraire au vent remonte vers le nord ouest et lève une mer très inconfortable. Le moment est certes difficile, mais quelle différence entre Winnibelle et Constante ; Nous sommes bien au sec et le bateau se comporte sainement malgré l’état de cette mer chaotique.
Une heure de moteur pour aider les batteries à passer la nuit, et les filles sont au lit ainsi que leur Maman. Reste le skipper avec une lampe frontale sur la tête, des lunettes, sans lesquelles je ne peux plus lire ou écrire, assis dans le cockpit avec un stylo.
Nous entrons dans notre troisième nuit. Cette fois-ci pas de nuages menaçants à l’horizon, seul un bon vent qui nous pousse à plus de 5 nœuds. Je vais commencer mes tranches de sommeil de 25 minutes.
20 janvier 2008
La journée débute par un gros pipi de Julie sur le bord du lit. Elle s’est enlevé la couche elle-même, jugeant que celle-ci n’était pas nécessaire, puis elle a pissé la petite garce ! J’enrage... Un peu plus tard, elle remet ça sur le petit congélateur portable que nous utilisons maintenant comme frigo principal en navigation. Elle était tellement absorbée dans la succion de sa brosse à dent qu’elle n’a pas senti venir. Aller ! A l’éponge et à l’huile de coude pour nettoyer tout ça y compris sous le frigo car le pipi, ça s’infiltre partout. La journée est belle, Meng est encore un peu sensible à l’intérieur du voilier, mais pas comme hier. Constante revit enfin ; Il faut le voir vibrer sur le passage des belles vagues de l’océan indien. Je décide d’établir, en plus du génois tangonné, la trinquette et l’artimon. Je laisse la grand voile ferlée car elle déventerait les voiles d’avant, de plus, cela présente toujours une opération délicate de réduire ou d’amener cette voile quand le vent forcit par l’arrière et qu’on a des tangons installés à gérer. Bien m’en prend car le voilier marche maintenant à 6.5 nœuds et devient moins rouleur. Le vent est de l’arrière légèrement déporté sur l’amure tribord. Vers 18 heures, le ciel se couvre de façon menaçante. Heureusement je n’ai pas la grand voile à gérer. J’enroule seulement un peu le génois. Le vent souffle maintenant à 25 nœuds et cela dure toute la nuit. Autant l’avouer, je ne dors pas beaucoup cette nuit là car ça souffle et l’artimon finit par empanner dans une brusque secousse qui réveille Meng. C’est elle qui m’informe que quelque chose d’anormal s’est produit. J’aurais dû installer une retenue mais je manque encore de réflexe. Pas de casse et tout rentre dans l’ordre ; Il est 4 heures du matin.
21 janvier 2008
Le vent se calme au matin et passe un peu plus à l’est ; Cela m’oblige à amener l’artimon et la trinquette devenus inefficaces. Nous décidons d’installer la petite piscine à boudin gonflable dans le cockpit, et donnons une bonne douche aux petites ravies de se baigner. Par contre la partie douche proprement dite soulève un concert de pleurs et de cris. Carmen nous fait son cinéma, elle n’apprécie pas la douche à l’eau salée. Ensuite, c’est le tour des parents, nous sommes à nouveau tous propres. La douche a tellement fatigué les filles qu’elles s’endorment immédiatement devant un film à la télévision. Enfin un moment de calme durant la journée... Meng et moi en profitons...
Le temps passe vite quand on navigue en famille ; Déjà la cinquième journée et nous ne comptons pas les minutes. Les filles utilisent les mouvements de roulis en jeux de roulade dans la grande cabine arrière. Nous sommes heureux car Meng semble définitivement sortie d’affaire maintenant. De bons petits repas ainsi que de nombreux snacks intermédiaires apparaissent régulièrement de notre toute petite cuisine. A première vue, elle semble vraiment terriblement exiguë, mais en mer, Meng se coince très facilement sur les trois côtés de la cuisine et dispose de ses mains libres. Voir grand pour une cuisine de voilier ne facilite jamais le bon déroulement des opérations dans ce département très important de la navigation hauturière. Autant d’espace dont les salles machine profiteraient bien mieux, mais dont elles sont dépourvues. Cela n’est pas le cas sur Constante qui dispose d’une salle machine ample et d’une toute petite cuisine très pratique en mer. Le design de cet Alpa 42 se révèle être adapté à la navigation hauturière pour le moment. Bon ! Je vais commencer mes tranches de sommeil. Mais avant, je prends le temps d’observer cet océan bien vivant avec ses belles vagues et son plein vent. La lune est bien ronde ce soir et répand sa puissante lumière sur le pont du bateau ; Que c’est bon ! L’air est pur, l’eau est claire ; Nuls parasites n’existent en cet endroit de la terre. Nous avons rangé les moustiquaires avec bonheur car les petits corps dodus et fragiles de nos filles ne serviront plus de terrain de chasse à ces vermines... au moins pour un temps.
22 et 23 janvier 2008
La navigation s’est bien établie maintenant. Erias nous a rejoint. Piqué un peu au vif pour m’être fait rattraper alors qu’il avait 30 miles de retard, je pousse un peu le bateau et envoie la trinquette et l’artimon en plus du génois tangonné. Je constate avec délice que je reprends du terrain sur Erias, mais aussi sur Uhuru qui se trouve devant. Jean Yves établi des contacts VHF, ainsi que Nadine et même Manou (14 ans) Je perçois le lien qui grandit entre nos deux petites familles alors que nous ne nous voyons même pas. La présence d’Erias se résume à un tout petit triangle blanc sur l’horizon ou bien une étoile blafarde, à peine perceptible, au ras du ciel la nuit. Mais je sens le lien et ce réel plaisir que nous éprouvons au simple fait de penser à nos retrouvailles aux Maldives dans un mouillage enfin calme.
La journée se passe à régler le bateau et à jouer avec les filles ; Elles commencent d’ailleurs à se trouver des jeux à elles sans notre présence. Le soir marque le début d’une sorte de période de délire et d’intense activité. Les filles éprouvent le besoin de se dépenser et de jouer à s’en faire éclater la panse de rire. Je me transforme alors en horrible ogre mangeur de petites filles. Elles se réfugient sur le grand lit de la cabine arrière en criant de joie à chaque attaque dévastatrice que je lance à l’assaut de leur peau tendre. Elles m’assaillent à leur tour en me grimpant sur le dos jusqu’à ce qu’enfin terrassé, un dernier soupir suivi d’un râle d’agonie me laisse inerte, complètement vaincu. Tous les soirs, à l’heure où la lumière du jour est faible, elles prennent le « ticouck » comme me l’ont toujours dit mes parents. Il faut alors redoubler de vigilance pour les contrôler tout en ne ternissant pas leur plaisir. Une heure plus tard, tout rentre dans l’ordre ; Je m’occupe ensuite de leur brosser les dents dans la salle de bain de la cabine arrière ; Debout sur le couvercle de la cuvette des toilettes, elles ouvrent une grande bouche pour que je passe la brosse partout. Elles ont appris à aimer ce moment grâce au délice qu’elles éprouvent à avaler la pâte dentifrice. Ensuite, nous leur frottons  le corps avec un gant de toilette humide, une lingette humide pour les parties génitales et pour finir, la couche. Elles s’endorment doucement dans la douceur maternelle de Maman. Moi, je me tourne vers la nuit, mais celle-ci ne révèle, et c’est très bien ainsi, rien de bien extraordinaire. Seul un cargo passe sur bâbord au loin vers 4heures trente du matin.
24 janvier 2008
Alors que nous courions vers l’ouest depuis ces premiers jours, nous décidons avec Erias de couper le rail des cargos en provenance ou à destination du détroit de Malacca, et qui passe très près de la pointe sud du Sri Lanka. Cela nous prend une bonne journée ; Les voiles en ciseaux, le génois tangonné et la grand voile établie, nous voguons vers le sud sud-ouest, sur une trajectoire perpendiculaire au rail. Erias est devant, et au moment où nous le rattrapons, il effectue son empannage pour reprendre la route vers Male aux Maldives. Les contacts radio avec notre mini net de 5 bateaux nous ont appris qu’une attaque de rebelles a eu lieu dans les ports de Colombo et de Galle. Des bateaux de pêche chargés de rebelles ont fait intrusion dans ces ports et ont ouvert le feu sur les militaires sri lankais. Il y aurait eu plus de 17 tués à Galle. Nous décidons de passer très au large du Sri Lanka à environ 90 miles de la pointe sud de L’île ; Heureusement, nous avions décidé de ne pas nous rendre à Galle malgré l’optimisme des navigateurs qui, en dépit de tous les signes de problèmes possibles dans cette région du globe, décident de s’y arrêter. Par bonheur, Jean Claude et Monique du Cers, en sont repartis avant ces troubles.
La nuit vient, les filles sont au lit, et le bal commence, d’abord marqué par la visite nocturne d’une bande de dauphins. Je préviens Meng et nous nous rendons sur le beaupré à l’avant du voilier munis de ma lampe frontale. Elle exulte à la vue de nos superbes amis. Nous suivons les sinusoïdes phosphorescentes des sillages qu’ils laissent dans l’eau sombre mais claire de l’océan indien. C’est tellement beau ! Mais, il y a un mais, je vois depuis un moment le ciel s’assombrir considérablement à l’est de notre position. Meng rejoint la couchette arrière avec les petites endormies. Moi, je me prépare; j’enfile la veste du ciré ainsi que le harnais de sécurité qui ne me quitte jamais quand je dois manœuvrer sur le pont la nuit. Je suis toujours un peu inquiet quand le voilier navigue sous génois tangonné à l’approche d’un coup de vent. Le vent se resserre, ce qui a pour effet immédiat de faire faseyer le génois. Le vent se resserre encore plus ; Il devient évident qu’il faut amener le tangon et le ranger sur le pont. Après une bataille d’une demi-heure, tout rentre dans l’ordre. Le bateau marche au près bon plein maintenant avec des voiles bien réglées. Le vent se resserre encore plus, nous sommes maintenant au près serré. Le vent forcit au point où je dois enrouler le génois sur 60 % de sa surface. Il forcit encore plus ; Je décide de prendre un ris dans la grand voile, mais je me trompe et ne vois pas passer l’anneau du ris numéro un, je prends donc le numéro deux. Mieux vaut être sous toile que le contraire. Des trombes d’eau s’abattent sur le pont, Meng s’est réveillée et me prête main forte. J’ouvre le nable de remplissage du réservoir d’eau situé sur le pont et avec l’aide d’un chiffon enroulé autour en forme de mini barrage, nous faisons l’appoint en une demi-heure. Ensuite, le vent tombe, puis se relève en provenance du sud ouest ; Va comprendre ! Je ne dors pas beaucoup cette nuit là. Au petit matin, plus de vent !
Je démarre la mécanique ; Les filles regardent un film, puis deux. J’avance au moteur pendant deux heures et demie, puis décide de l’arrêter sur la supplique de plus en plus insistante de Meng agacée par le bruit et les vibrations. Enfin le calme revenu, nous décidons de prendre une bonne douche dans le cockpit. Je bénis Meng de m’avoir fait arrêter ce moteur ; Nous sommes tellement au calme sous le soleil ascendant ! Le bateau est complètement encalminé. Puis un doux Zéphyr se lève vers 11 heures du matin en provenance du nord nord ouest ; Cela monte jusqu’à 18 nœuds. Constante marche au près bon plein voire petit largue. La mer est calme et les pointes de vitesse atteignent 7.8 nœuds sur l’eau. Erias est derrière nous et nous le distançons résolument. Nous portons toute la toile à cette allure. Ca marche fort comme Ségolène le dit bien. Jean Yves et Nadine nous font part, grâce à la VHF, de leur décision de venir avec nous à Male au lieu du nord des Maldives comme initialement prévu (nous en sommes ravis) Le vent n’est pas favorable d’une part, et d’autre part, nous sommes descendus trop au sud afin d’éviter le Sri Lanka; Cela rend une remontée vers le nord très difficile avec des vents qui semblent s’orienter nord ouest au fur et à mesure de notre progression vers l’ouest. La suite ne fera que confirmer cette constatation. Vers 12 heures, nous apercevons un bateau de pêcheurs sur notre tribord à l’avant. Il est immobile. Puis nous le voyons s’avancer sur une trajectoire concurrente avec la notre. Je démarre le moteur et me tiens prêt à la barre pour une éventuelle tentative d’agression. Cela en prend tout à coup la forme quand le bateau de pêche s’oriente à fond en plein sur notre flanc. Mon cœur fait un bond, mais les petites sont dehors et leur font des signes de la main. Les flibustiers montrent les filles du doigt et passent à allure plus modérée sur notre arrière. Plus de peur que de mal.
Un contact radio est pris comme chaque jour à 18 heures avec les 5 autres bateaux qui composent le net ; La météo communiquée par Uhuru grâce à son Pactor et confirmée par Erias grâce au leur, n’est pas du tout favorable pour les trois prochains jours. Le vent est supposé tourner au nord ouest et devenir donc contraire. Nous verrons. Je rentre le point GPS de l’entrée de Male. C’est notre dernière ligne droite ; Nous sommes à 450 miles nautiques de notre destination. J’espère que cette nuit sera clémente et que je pourrai enfin me reposer. Je suis fatigué par les manœuvres incessantes de la nuit dernière. Ma prière est entendue, Constante marche au travers avec un vent de 6 a 8 nœuds ; C’est très bien !
26 janvier 2008
10eme jour de navigation. Le vent est passé au nord ouest comme annoncé, ce qui ne nous arrange pas du tout. Une pétole à peine capable de garder le bateau dans le sens du vent s’est installée cette nuit. Je suis fatigué ce matin et contrarié par l’annonce de ce vent contraire. Les fichiers Gribs auxquels nous avons accès grâce à la radio et nos amis, sont confirmés par la réalité. Trois jours de ce régime de vent contraire ne nous réjouissent pas vraiment. Nous marchons au près serré vers le sud ouest à côté d ‘Erias qui nous a rejoint durant la nuit au moteur. Nous verrons bien où le vent nous mènera ! Pour le moment nous allons directement aux Chagos. Je me demande à cet instant si nous pourrons nous arrêter aux Maldives. Au moment ou j’écris ces lignes, Julie est assise sur son pot de chambre rose ; Elle se livre à ce qui semble être sa préoccupation principale : pisser. Je ne me rends pas compte, tout absorbé à mon écriture, qu’elle a décidé de prendre le pot dans les mains pour je ne sais quelle raison ; Je reçois une bonne giclée de pisse sur les jambes une vague lui ayant fait, évidemment, lâcher prise. Je hurle de rage. Mais qu’a t-elle donc avec sa pisse qui semble vouloir m’ensevelir ? Elle en fout partout toutes les 15 minutes, ça dégouline des jambes, ça déborde, passe par des interstices des cuvettes de WC, elle s’oublie parfois provocant des catastrophes sur les sofas, lits et autres endroits ou cette saloperie de pisse n’a pas sa place ; Ça m’exaspère au plus haut degré. J’ai l’impression de naviguer sur un océan de pisse par moments...
Le ciel est gris, la mer aussi, le bateau avance sur une mer très peu agitée, mais le vent est en train de forcir. CARMEN (ça, c’est pour montrer à Carmen comment s’écrit son nom)
Les dauphins nous rendent une autre visite à la grande joie des enfants et de Meng qui les découvre pour la première fois au grand jour.
Le vent passe au sud ouest et je décide de virer de bord pour remonter vers le nord. Nous naviguons toute la nuit sur cette panne

27 janvier 2008
Enfin le jour se lève avec les petites prêtes pour les 400 coups. Elles sont particulièrement heureuses ce matin. Une petite heure de moteur pour recharger les batteries. Durant ce temps elles regardent un film (Shreck) Nous naviguons toujours au nord ouest au plus près du vent. Puis le vent de sud ouest passe graduellement par l’ouest au Nord Ouest nous repoussant encore plus vers le nord sans progrès vers l’ouest. Finalement, vers 16 heures 30 (heure de Thaïlande), nous virons vers le sud ouest. Par chance, le vent est faible ce qui ne lève pas la mer.
Pas grand chose à dire de cette journée si ce n’est le fait que Meng s’active à l’élaboration de plats sympas malgré son moral qui est particulièrement bas ce matin. Ces derniers jours encalminés ou bien à tirer des bords contre un vent et un courant aussi contraires, ont fini par atteindre sa bonne humeur. La traversée a pris un sérieux coup de frein au niveau du Sri Lanka. Alors elle cuisine et prend des photos de ses créations. Nous avons rétabli le contact visuel avec Erias que nous avions perdu pendant la nuit, nous zigzaguons tous les deux vers Male ; Dieu seul sait quand nous l’atteindrons.
28  janvier 2008
Encore du vent de nord ouest mais nous sommes trop au sud. Les amis qui communiquent avec nous sur le net tous les jours, annoncent deux jours durant lesquels nous devrions avoir du nord nord-ouest puis du nord. Autrement dit, nous pourrons naviguer enfin directement vers notre destination sans tirer de bords. Mais nous sommes malgré tout encore trop au sud pour pouvoir vraiment en profiter pleinement. La nuit venant, la pétole s’installe. Cette fois, c’est décidé, j’envoie la mécanique qui tournera pendant les prochaines 8 heures afin de nous repositionner vers le nord tout en avançant vers Male. La nuit se passe très bien, bercée par le ronronnement du moteur. Mes tranches de sommeil me permettent de me reposer tout en contrôlant régulièrement le moteur et notre progression.
29  janvier 2008
Vers 6h30 du matin le vent du nord se lève finalement et atteint 18 nœuds réels. Le Ford est promptement arrêté et nous faisons voile enfin directement sur Male. La vitesse est bonne, le loch oscille entre 6.5 et 7.5 nœuds. L’éolienne charge très bien et tous les systèmes remplissent leurs fonctions correctement. Enfin nous entrevoyons avec quasi-certitude la date de notre arrivée ; Nous arriverons demain dans l’après-midi. Nous en parlons Meng et moi dans la bonne humeur. Le retour de conditions favorables et la proximité de notre destination contribuent au climat de bonheur qui nous enveloppe aujourd’hui. Pour moi, il s’agit d’une très belle réalisation que d’accomplir cette traversée en famille sur un voilier rénové et préparé par mes soins. La petite famille est en passe d’accomplir quelque chose de grand. Ni Carmen, ni Julie ne s’en rendent compte, mais elles en prendront conscience plus tard.
Meng demeure beaucoup plus pragmatique ; Pas d’envolée enthousiaste sur l’exploit réalisé, mais juste la constatation simple que se mettre une séance de rodéo sur un shaker flottant pendant 15 jours n’à rien de bien transcendant. De plus, j’ai été proprement incapable de ramener un poisson au bout d’une ligne que j’ai dû finalement couper car elle s’était emmêlée dans le safran durant un virement de bord complètement raté. Le bateau a culé avant de tomber sur la bonne panne. Evidemment j’avais oublié de remonter la ligne de traîne avant d’effectuer ce virement. Il ne faut jamais sous-estimer l’amour que porte une chinoise pour la pêche et la consommation de poisson (avec du riz bien sûr). Je lui promets de me rattraper aux Maldives avec mon fusil harpon. La journée se passe bien et vite ainsi que la nuit.
30 janvier 2008
Nous voici dans notre 14ème jour de navigation. Les côtes apparaissent vers 12 heures et nous sommes accueillis par de nombreux dauphins Riso ; plus grands que leurs cousins avec une tête tronquée. Ils sautent dans les airs et nous accompagnent. Notre première impression est superbe ; L’air est cristallin, l’eau semble grouiller de vie animale, nous voyons des thons sauter à la surface sur notre passage, une tortue nous fait un sourire discret avant de sonder. Erias est déjà arrivé. Nous entrons dans une passe au nord d’Hulumale. Je me rends compte que la carte est fausse. Heureusement, ici l’eau est tellement claire qu’il est possible de naviguer à vue. La couleur de l’eau nous renseigne tout de suite sur la profondeur. Nous faisons le tour du lagon et pénétrons dans une passe bien dégagée. A 16 heures nous jetons l’ancre à côté d’Erias en face d’un hôtel resort dans 14 mètres d’eau. Nous sommes heureux d’être arrivés sains et saufs. Merci à la mer pour nous avoir permis de passer sur son territoire.
Nous mettons l’annexe à l’eau sans le moteur et décidons de tenter notre chance à l’hôtel pour permettre aux filles de se baigner. Mais la triste réalité du monde, qui réserve les plus beaux sites de la planète aux riches, se révèle sans appel. A peine sur la plage, un maldivien nous demande de payer 20 dollars US par personne pour avoir le droit de débarquer. J’insiste gentiment en ne lui laissant aucun choix : nous débarquons tout de même pour nous baigner en ignorant complètement les conséquences de la quelconque décision qu’il prendra à notre égard. Nous ne venons pas de passer 14 jours en mer pour nous voir refuser l’accès à une plage. Il faudra nous repousser avec une milice pour y arriver. Au bout du compte nous discutons avec le gars qui nous accorde sa bénédiction. Puis nous retournons au bateau pour une bonne douche et un repos bien mérité.
Demain nous contacterons l’agent recommandé à Telaga (Langkawi Malaisie) par Frédéric Bignon, un navigateur rencontré là bas. 



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