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Aux Maldives

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Levés tôt comme d’habitude grâce à nos deux petites, je vois un bateau de touristes faire du fuel avec une petite barge proprette et de couleur bleue amarrée à sa poupe. Je m’y rends en annexe à la rame, et prend contact avec un Maldivien. Il est propre, habillé très cool avec tee shirt noir à large maille comme une sorte de filet. Ses yeux sont protégés par des lunettes de soleil de bonne marque ; Ils ont l’air plutôt bien portant aux Maldives.
Pas de pauvreté apparente car le gars se révèle être un simple garçon de cabine sur ce bateau. En quelques minutes, il se propose d’appeler l’agent recommandé en Malaisie grâce à son portable Nokia dernier cri. Nous devons nous rendre sur la partie ouest de Male pour attendre les autorités et effectuer les formalités d’entrée.
Vers 11 heures, Erias et Constante sortent du Lagon de Uluhmale et se rendent au point de rendez-vous. Il y a là une patate entre 9 et 15 mètres d’eau qui nous permet de mouiller pour attendre. Le courant est présent et nous fait prendre des angles peu confortables par rapport à la direction du vent. L’agent nous contacte par VHF pour nous annoncer la venue d’une vedette contenant ces messieurs du comité d’accueil. Le bateau arrive et se met à couple de Constante. Malgré les par battages installés, ils nous pourrissent la coque avec des pneus dégueulasses. Je suis obligé de leur  demander poliment mais fermement de monter à bord mais de laisser leur bateau à distance. Les Coast guard montent aussi à bord de façon plus professionnelle, mais tous gardent leur saloperie de godasses noires et marquent notre pont de traces de saletés qu’il faudra nettoyer toute la matinée du lendemain. Ils repartent finalement satisfaits et nous gratifient d’une autorisation de séjour valable un mois. Nous repartons à Uluhmale et remouillons nos bateaux respectifs. Cette fois-ci, nous nous positionnons près du ferry qui emmène les locaux travailler sur la capitale Male. Près de nous se trouve Bondi Tram, un Cyclades 50 que j’ai préparé pour un couple de retraités australiens dans le cadre de mon travail chez Simpson marine. Nous leur rendons une petite visite. Les filles sont ravies de se balader dans un aussi grand bateau. Ces Cyclades sont extrêmement larges et j’ai l’impression bizarre de me trouver très loin de mon interlocuteur situé seulement de l’autre côté de l’immense table de cockpit (de retour sur Constante j’aurai, à l’inverse, l’impression d’avoir Meng sur les genoux quand elle me parle sur la banquette opposée !!). Peter et Sandra, nous renseignent sur un peu tout car nous ne savons pas grand choses.
 
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Nous nous rendons à terre. Le ferry pour Male ne coûte que 5 Roufiats par personne (12,75 roufiats =1 UDS), c’est très bon marché. Il y a des robinets disponibles à l’extérieur du terminal, mais l’eau sent l’œuf pourri. Je la goûte et constate qu’elle est douce. Nous décidons de ne pas l’utiliser malgré tout. Il faudra l’expertise de Nadine et Jean Yves pour réaliser que c’est ce genre de liquide qui formera le gros de notre consommation en eau douce à partir de maintenant et particulièrement aux Chagos où elle ne sera pas de meilleure qualité. Ce n’est pas grave d’autant qu’après quelques essais de lessive les résultats sont très satisfaisants. Ça pue au lavage, mais ça sent bon après séchage... tout un programme.
Munis de la poussette et de nos filles, nous nous mélangeons à la cinquantaine de personnes qui montent avec un empressement qui nous étonne sur ce ferry en bois peint appelé « dohni » Les meilleures places sont rapidement exploitées et nous nous contentons, empêtrés dans notre poussette nos sacs et nos gosses, de ce qui reste. Ça vibre à en être désagréable, mais très vite, les regards se posent sur notre famille. Les sourires rendent leurs visages très beaux. Ils sont tous très séduisants, autant homme que femme et malgré les restrictions de la religion musulmane, ces dernières attirent l’attention par la féminité de leur démarche et la coquetterie à peine voilée de leurs habits. Nous débarquons de l’autre côté, happés par le flot humain, vers cette île un peu étrange.
De la mer, on ne peut déceler le moindre centimètre carré qui ne soit recouvert par un bâtiment. Ils ne sont pas très hauts mais donnent tout de même l’impression d’un mini Manhattan New Yorkais. Les mobylettes à moteur 4 temps défilent dans toutes les directions. On se demande où ils peuvent bien aller sur une aussi petite île. Notre première préoccupation est de trouver un Internet café de manière à prévenir nos familles respectives que nous sommes bien arrivés. Les premiers contacts avec les gens de la rue sont frustrants. Ils ont l’air de comprendre l’anglais, mais cela ne semble être qu’un air car nous n’aboutissons jamais à un Internet café à la suite de directions complètement aberrantes par leur degré d’imprécision. Ça commence même à me gonfler sérieusement de trimbaler Carmen endormie et avachie dans une poussette qui, devenue trop petite, navigue dangereusement à la limite des valeurs de résistance des matériaux. D’avoir également à porter les sacs de je ne sais jamais trop quoi : Biberons, lait, lingette, portefeuille etc. etc. et Julie la plus petite (donc par voie de conséquence, la plus légère), pour finalement, après moult virements de bord, se retrouver devant un magasin d’électronique au lieu de l’Internet café si convoité.
Nous y arrivons enfin après avoir corrigé l’expression des énoncés car « Internet café » ça leur parle moins que « Cyber café » Deux heures plus tard, nous avons rassuré toute notre famille. Les filles évidement se sont réveillées entre temps, démolissant la moitié du Cyber café transformé pour la circonstance, en un assourdissant jardin d’enfants à l’intérieur duquel, envoyer un simple e-mail relève de l’exploit. Nous passons par un petit super marché situé à l’exact opposé de la direction indiquée sur le ton de la plus ferme assurance par un agent de sécurité, gras, ne comprenant rien d’une carte. Moi j’ai compris ; Il vaut mieux ne rien demander aux locaux à moins d’avoir du temps et de vouloir faire du tourisme mais Meng n’hésite jamais et demande au premier venu... Heureusement une des caissières est réellement très mignonne.
Nous repartons au bateau avec les petites complètement épuisées et endormies dans nos bras à retrimbaler entre ferry, dinghy et bateau. Nous nous endormons enfin.
 
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Ici je reprendrai une structure non journalière car j’ai ré ouvert l’ordinateur pour écrire, 43 jours après ce premier février 2008. Nous avons passé en tout 38 jours à Hulumale et sommes actuellement en route vers le sud des Maldives. Mais d’abord, revenons au résumé de cette période passée jusqu’à aujourd’hui. Très vite, notre préoccupation s’est tournée vers le dinghy. Celui-ci s’est mis à embarquer de l’eau (salée) Après analyse, le boudin était décollé de la coque aluminium sur un bon mètre à l’avant. J’ai donc dû monter l’annexe sur le pont et effectuer une réparation, qui tient toujours du reste, avec le fameux 5200 de chez 3M. Trois jours durant nous sommes restés sur le bateau car cette colle est très longue à sécher. Pendant ce temps, Erias avec sa petite famille française, décide de se rendre à Imafushi, quelque 10 miles nautiques plus au nord ouest de notre position. Dès la remise à l’eau de notre dinghy, nous nous rendons à terre pour acheter quelques provisions et rencontrons Samoon, Gazala et leur fils Zimnan. Zimnan est né avec des moignons de bras à peine développés, et des jambes extrêmement déformées. Il a huit ans et se déplace en fauteuil roulant ou en sautant à terre sur ses fesses. Nous nous lions d’amitié. Samoon est un professeur d’anglais à l’école offerte par Singapour dans le cadre de l’aide internationale aux victimes du Tsunami. Gazala ne travaille plus et s’occupe à temps plein de leur fils. Nous les retrouverons après notre petit voyage à Imafushi.
Le lendemain nous rejoignons Erias pour continuer de passer un peu de temps ensemble ; ils partiront quelques jours plus tard pour leur traversée vers les Seychelles.
Arrivés à Imafushi, nous entrons par une belle passe bien  dégagée et nous mouillons à côté d’Erias. Nous resterons en tout trois jours dans cet endroit. Les enfants de Jean-Yves et Nadine sont très dynamiques et nous entraînent vers les tombants du lagon pour pêcher au fusil harpon. Je n’ai pas pêché de cette manière depuis 7 années. Mes fusils sont encore bons, et heureusement j’ai acheté des tendeurs de rechange en Thaïlande pour remplacer ceux qui sont évidemment pourris. Après l’opération de remplacement des tendeurs, je me retrouve à l’eau avec le petit fusil ; Cela fait bien longtemps que je ne me suis livré à cette occupation primitive mais tellement importante sur un voilier de croisière. La pêche sous-marine nous permet d’une part, de choisir les poissons que nous voulons consommer, nous contrôlons ainsi les quantités pour ne prélever que le strict nécessaire, et d’autre part, elle nous maintient en bonne forme physique. Il n’est pas donné à tout le monde de plonger en apnée à des profondeurs comprises entre 10 et 20 mètres pour aller pêcher le poisson de son choix. La première sortie sur le tombant me permet de reprendre contact avec la mer, et je ramène à Meng, trois petits poissons délicieux ; Elle est ravie. Nous plongerons ainsi tous les jours trois jours durant. Le lendemain, Jean Yves et moi pêchons de concert car un couple de gros « red snappers » se balade aux alentours des vingt mètres. Je descends plusieurs fois sans succès car ils se maintiennent à distance. Mais à ma troisième tentative, Jean Yves décide de couper la trajectoire du poisson sur l’avant pendant que je plonge sur l’arrière en poursuivant la bête. La tactique fonctionne à merveille. Le poisson me surveille du coin de l’œil alors que je plonge sur son arrière mais il ne voit pas que Jean Yves lui fonce dessus sur l’avant. Au moment où je remonte, je n’en crois mes yeux : Jean-Yves avec son fusil à bout de bras arrive à distance de tir. Le poisson ne s’en est pas rendu compte et reçoit une flèche sur le dos qui ne le traverse pas. Sur la remontée, je redescends et décoche ma flèche pour sécuriser la prise. Nous aurons du poisson pour les deux familles pendant trois jours ; Il pesait 9,5 kilos ! Quelques incursions au village de pêcheurs nous font découvrir un endroit où les traces du modernisme apparaissent hélas partout. Il n’y a pas un centimètre carré de rue, de place ou de plage qui ne soit couvert de bouteilles en plastique de toutes formes et de toutes tailles. Je me rends à l’endroit où les ordures sont supposées être déposées et découvre un immense tas de détritus partiellement versés dans l’océan. Les ordures ne sont même pas brûlées ! Impossible d’emmener les enfants sur la plage à cause des immondices. Dans l’eau c’est pire car de grands tas de carcasses de thon s’empilent dans 1 mètre cinquante de profondeur sur toute la longueur des plages. Nous décidons de nous rendre au «  resort » qui se trouve sur le même lagon, sur l’île d’en face. Nous nous y rendons en annexe avec les petites, ravies de pouvoir enfin se baigner sur une plage. A peine arrivés, un petit gendarme en dinghy nous interpelle et nous demande de nous rendre au poste de sécurité. Nous y allons et répétons notre requête ; nous demandons une heure sur la belle plage pour permettre à nos filles de se baigner ; un anonyme contacté par téléphone mobile nous renvoie chez nous sans la moindre cérémonie. Nous sommes obligés de jeter l’ancre du dinghy sur un banc de sable pour baigner les petites qui n’ont pas pied évidemment ; Une honte ! Nous repartons tous finalement le lendemain après une dernière plongée, sans fusils cette fois. Les eaux sont claires et offrent un habitat pour toutes sortes d’animaux marins. J’ai vu des tortues, des raies, des carangues énormes ainsi que des poissons napoléon et des thons de plus d’un mètre vingt. Nous sommes ravis malgré l’interdiction écœurante de l’hôtel. Le jour de notre départ, nous sommes encore à l’ancre, quand nous voyons un hydravion arriver sur le lagon avec à son bord un VIP promptement déchargé sur un petit ponton flottant. L’avion re décolle à vide. Je prends ma caméra et anime le cockpit pour que toute la famille assiste à ce mini évènement. Caméra au point, je filme cet avion qui prend son essor sur une trajectoire directement orientée sur le flanc de notre voilier. Une fois à 2 mètres de l’eau, il se maintient à cette faible altitude en continuant de se diriger vers nous. L’excitation se transforme vite en effarement quand nous voyons l’avion s’affaisser au lieu de monter vers les airs ; Le pilote est obligé de virer sur l’avant du voilier pour éviter de toucher nos mats car il décolle enfin trop tard. Quelle peur ! La scène est sur vidéo, pas très bien cadrée, mais enregistrée tout de même.
 
Cet après-midi là, nous repartons tous vers Hulumale. Erias partira pour les Seychelles deux jours plus tard. Nous naviguons de concert. Il me vient à l’idée de donner la caméra à Erias pour que Jean-Yves filme notre voilier. Mais comme je n’y ai pas pensé avant le départ, je maintiens Constante sous pilote, donne quelques instructions à Meng et embarque seul sur l’annexe que nous remorquions pour aller remettre l’appareil à Jean-Yves qui se trouve à une bonne centaine de mètres de Constante. Une fois le moteur démarré et libéré de sa remorque, je découvre notre voilier pour la première fois depuis un point extérieur. Tandis que je me dirige vers Erias, la peur me prend au ventre : je me rends compte soudain de mon imprudence. Que la moindre défaillance mécanique intervienne sur le hors-bord et il ne m’est plus possible de rejoindre mon bateau dans lequel se trouve toute ma petite famille dénuée de la moindre idée de ce qu’il faudrait faire dans ce cas. Heureusement, le dinghy me ramène rapidement à bord de Constante. Nous avons maintenant des images inoubliables de notre bateau sous voiles avec les commentaires hilarants de Jean-Yves.
 
Voilà, Erias est parti, nous sommes à nouveau seuls. Moi, j’ai de la fièvre. Il s’agit probablement d’une petite fièvre virale qui traîne...4 jours plus tard, je suis toujours fiévreux ; Nous décidons d’aller consulter le médecin de l’hôpital d’Hulumale. Meng m’annonce à bord de Constante qu’elle se sent aussi malade ; Ça c’est inquiétant car il faut s’occuper des petites. Le médecin suspecte la dengue fever. Une prise de sang est prise et une deuxième le sera le lendemain afin de surveiller le compte des plaquettes ; Celles-ci doivent se maintenir entre 140 000 et 400 000 (aucune idée de l’unité) l
Les miennes sont bonnes, mais je me sens très mal et me traîne d’un point à un autre sans énergie. Chaque action me demande un effort important à l’issue duquel je me vautre en position allongée pour récupérer. Meng semble s’orienter dans la même direction. C’est très dur car les petites réclament leur dose habituelle d’attention. La visite à l’hôpital le lendemain confirme l’hypothèse de la dengue fever car mes plaquettes sont descendues en dessous des 140 000. Nous nous traînons, Meng et moi, entre l’hôpital et le bateau le visage défait, les pas sont lents, la démarche lourde ; J’ai l’impression d’avoir 80 ans. Le lendemain, c’est au tour de Meng d’analyser son sang. Nous nous rendons une fois de plus à l’hôpital pour une prise de sang chacun. Les petites sont maintenant devenues les mascottes de l’endroit. Nous pouvons à peine les contenir ; Elles courent en riant aux éclats dans tout le bâtiment. Je suis tellement faible que l’on me met sous perfusion pour me réhydrater. 4 heures de ce traitement après, je me sens mieux et pense que c’est le commencement de mon rétablissement, mais le résultat du taux de plaquettes dans le sang alarme le docteur. J’en suis maintenant à 88 000 au lieu des 140 000 minimums. On me somme de rester à l’hôpital, mais il n’en est pas question, je dois m’occuper des petites et ramener la famille au bateau tous les jours. Meng est maintenant très malade et serait incapable d’effectuer les manœuvres nécessaires à la bonne conduite de l’annexe. Nous pouvons à peine fonctionner debout. Carmen et Julie jouent ensemble ; Elles jettent des cailloux dans l’eau tout près du ponton où nous attachons les dinghy quand tout à coup Carmen perd l’équilibre. Elle tombe à l’eau sur une hauteur de deux mètres et se râpe un tout petit peu le côté de la cheville droite. Moi je suis trop faible pour réagir rapidement. Heureusement, Carmen sait nager. Je la récupère à l’escalier après l’avoir guidée vers les marches pour la sortir de l’eau. La vie se limite à des tâches minimums, proches de la survie. Nous ne connaissons personne susceptible de nous aider. Nous nous traînons maintenant tous les jours à l’hôpital pour les prises de sang qui indiquent l’état de nos plaquettes et pour les perfusions qui nous maintiennent suffisamment hydratés. Nous le faisons à tour de rôle. Les plaquettes de Meng descendent à 58 000 ; Il faut l’hospitaliser. La voici dans une chambre à quatre lits dont seul le sien est occupé. Je dois lui apporter à manger matin midi et soir car il n’y a pas de cantine. Seule satisfaction, nous pouvons nous laver tous les soirs et faire la lessive dans la douche en même temps. Le lendemain, les plaquettes de Meng sont à 56 000 mais les miennes remontent à 188 000. Je suis enfin sur la voie de la guérison, mais me sens toujours faible. Meng découvre ses jambes pleines de points rouge sang ; Elle souffre. De retour au bateau, il faut faire les biberons, les laver, et préparer les petites pour le lit. Deux jours plus tard, les plaquettes de Meng remontent enfin à un niveau normal ; Elle sort de l’hôpital, le jour de l’expiration de notre visa ; Les problèmes ne font que commencer...
Contacté en urgence, notre agent (Madhe de chey Mystik), nous rassure ; Il est encore temps d’obtenir une extension de visa. Il faut payer 750 roufiats par passeport pour une durée de 2 mois supplémentaires. Comme nous sommes 4, cela fait 240 dollars US à donner. Nous sommes tellement faibles, qu’il ne serait pas sérieux de partir immédiatement. Nous donnons donc rendez-vous à Madhe pour le lendemain à Male pour nous rendre à l’immigration ; L’objectif de notre déplacement est de tenter d’obtenir une extension de visa d’une dizaine de jours sans coût additionnel, ou un coût plus en rapport avec la durée demandée. Nous n’avons besoin que de 10 jours et non pas deux mois, pour nous permettre de récupérer. Nous comptons invoquer, preuves à l’appui, le cas de force majeur. Encore très faibles, nous arrivons au bureau de l’immigration tenu exclusivement par des femmes. Madhe, notre agent est là avec les documents qu’il nous fait signer. Notre tour arrive, je me positionne en face de la fonctionnaire, nanti d’un sourire à peine voilé par la faiblesse générale qui nous affecte à ce moment là. Je lui explique notre situation et lui demande gentiment de nous accorder une extension de 10 jours sans surcoût afin de nous permettre de récupérer de notre maladie. La charmante dame ne sourcille pas et m’annonce sans la moindre émotion dans la voix que non seulement nous allons devoir payer la totalité des 240 dollars relatifs à une extension de deux mois, mais qu’en plus de cela, il nous faudra nous séparer de la somme de 200 dollars supplémentaires car nous avons dépassé le délai de notre visa d’une journée. Je suis abasourdi par cette annonce aussi glaciale que celle qui la profère. Evidemment nous montons d’un cran pour nous adresser à son supérieur, une autre frigide, probablement coincée de naissance. Il nous faut hausser le ton et utiliser tous les arguments possibles pour finalement lui faire changer d’avis. Je la menace même de partir dans la journée après paiement de l’amende sans extension. Je ne resterai pas une journée de plus même encore malade et avec mes deux enfants, je partirai, rejeté par l’attitude aberrante des autorités maldiviennes. Elle accepte de ne pas nous faire payer l’amende, mais nous apprenons médusés, que notre extension payée à grand frais, ne nous autorise qu’un séjour supplémentaire de 1 mois au lieu de deux. Il faut nous punir pour ce dépassement de visa non sanctionné par l’amende. Nous sommes dégoûtés par une telle ineptie. Jamais le fait d’avoir été retardé par une maladie contractée localement n’est entré dans la logique de leur raisonnement. Nous devons nous conformer aux lois, même si elles sont absurdes.
Le lendemain, Lilo et Siegfried, un couple d’Allemands qui naviguent sur un Halberg Rassy 39, s’arrêtent à bord de Constante pour nous annoncer que de nouvelles lois, effectives à partir du premier mars( nous sommes le 2 mars) vont affecter durement notre budget ; Il faudrait maintenant payer 326 Euros, en plus du reste, pour avoir le droit de séjourner aux Maldives pour une période de 21 jours non renouvelable, à moins de sortir du territoire et d’effectuer une clearance dans un autre pays. Nous sommes écœurés. La décision est prise, nous partirons sans effectuer les formalités de sortie. Le lendemain, Lilo et Siegfried reviennent d’un rendez-vous avec leur agent, ils ont effectivement été obligés de payer ces 326 euros pour avoir le droit de poser un cul sur un territoire totalement hostile aux navigateurs. Ils partent de Male avec la ferme intention de s’arrêter dans les atolls et ce, malgré l’interdiction formelle des autorités. Nous, nous nous préparons à déguerpir sans payer et sans clairance. Nous en parlons avec d’autres navigateurs qui feront de même. Parmi les quelques bateaux ancrés dans le lagon à Hulumale, figure un couple entré au nord des Maldives auquel aucun paiement n’a été demandé. De plus, un permis de croisière inter Atoll leur a été délivré gratuitement. Pour eux, le séjour aux Maldives revêt un tout autre visage. Il existe donc plusieurs versions de la loi. En fait, le gouvernement maldivien dont certains membres sont très impliqués dans le multi million dollar business lié aux hôtels «  resort » tente de décourager les navigateurs d’entrer sur son territoire. Il ne faut surtout pas déranger Madonna, Bill Gates ou Elton John qui séjournent aux Maldives pour leurs vacances à coup de 17000 USD par jour (tient, c’est le budget d’une année pour nous !!) Ceux qui, comme nous au début de notre séjour, tentent de s’arrêter sur une île sympa, et donc flanquée d’un superbe hôtel «  resort » se voient rejetés sans ménagement. D’autres subissent des dénonciations et sont obligés de partir mouiller ailleurs.  Meng tente de préparer une escale hors d’Hulumale et appelle un hôtel « resort » situé à 5 miles nautiques. La réponse est nette : 20 dollars par personne et par jours, et interdiction formelle d’utiliser la piscine. Ils se prennent pour qui ces enfoirés, et surtout pourquoi nous considèrent-ils comme des parias à tenir à distance respectable des eaux dans lesquels leurs résidents vont se baigner. Nous sommes de plus en plus écœurés. Malheureusement, les Maldives se situent sur la route de la plupart des navigateurs hauturiers et demeurent une escale incontournable. Il ne reste que l’illégalité pour y retrouver son compte. Alors nous serons délinquants... Décision est prise de partir sans effectuer les formalités de sortie. Nous ne paierons pas l’addition... Puis les jours passants, les questions fusent, les agents sont interrogés assidûment, les amis demandent des explications claires avec en très légère toile de fond, la certitude que poussés trop loin, ils s’en iront sans payer comme tous ceux qui n’hésiteront pas à franchir le pas. La version donnée et vécue par Lilo et Siegfried, change complètement. Il n’est plus question de payer à partir du premier mars la somme de 326 euros pour avoir le droit de séjourner aux Maldives, mais il faudra s’en acquitter si le navigateur désire sortir de Hulumale, le seul parking à bateaux que les autorités autorisent sans le paiement de ces fameux 326 euros, pour visiter d’autres îles ou atolls inhabités. Il s’agit donc d’un permis de croisière. Quel délire ! Il nous faut descendre vers le Sud parmi tout un chapelet d’atolls sur lesquels il nous est interdit de nous arrêter. Si un cas de force majeur nous y obligeait, nous n’avons en aucun cas le droit d’entrer en contact avec les éventuels habitants de ces îles. Il en va de même pour ceux qui remontent vers le Nord pour partir vers la Mer Rouge. Lorsque l’on interroge un agent après le premier mars 2008 on reçoit une cotation via e-mail qui s’élève à 850 Euros. La réaction des navigateurs en route vers les Chagos est donc, et nous en avons rencontré plusieurs, d’éviter Male et de faire escale sur d’autres atolls en marge complète du racket organisé par ce gouvernement. Ils ont raison de le faire car leur aventure ne leur coûte rien. Pour avoir voulu rester en règle, nous avons dû payer 466 USD ; cette somme ne nous donne même pas le droit de nous arrêter dans les atolls sur notre route vers les Chagos. Comme la suite de notre périple nous le confirmera, comment effectuer les quelques 600 miles nautiques nous séparant de notre destination, alors que le vent tombe complètement pendant plusieurs jours, se lève force 7 dans le nez, puis devient variable faible sans direction établie ???? Nous serions donc obliger d’épuiser nos ressources très limitées en fuel et eau pour ensuite tenter de survivre aux Chagos pendant deux mois en attendant le vent de sud est qui nous pousserait vers les Seychelles... Nous partirons donc de Male avec la ferme intention de nous arrêter et de nous ravitailler en cours de route. Moana, un très beau Oyster 56 que possède un couple de suisses très sympa, est parti quelques jours avant ; Un mini net se forme déjà pour rester en contact avec nous et quelques autres bateaux qui prendront la mer pour le Sud juste après nous. De cette manière nous pourrons bénéficier de leur expérience et d’informations fraîches sur les approches et les escales possibles.
C’est dommage, tout avait pourtant bien commencé : Les dauphins Risos nous avaient souhaité la bienvenue à notre arrivée aux Maldives et notre relation avec Erias et la petite famille française qu’il abrite nous avait réchauffé le cœur à chaque rencontre. La vie animale foisonne dans ces eaux et nous émerveille. Nous avons vu une raie manta se régaler de micro organismes attirés par la lumière du ponton d’accueil au ferry d’Hulumale. Elle suivait une trajectoire gracieuse de grand huit en nous gratifiant d’un très large sourire de sa gueule grande ouverte à chaque passage. Un vrai bonheur de voir Carmen s’émerveiller d’un tel ballet. Moi, je n’avais vu une raie manta qu’une seule fois : c’était dans l’aquarium d’Atlantis à Nassau aux Bahamas...
Heureusement, notre séjour à Hulumale nous aura permis de rencontrer des gens intéressants. Gazala, Samoon et leur fils Zimnan nous aiderons à mieux comprendre les Maldives ; Les longues discussions avec Samoon nous éclairent sur le comportement des Maldiviens. Nous sympathisons aussi avec des expats canadiens, un couple et deux petits garçons. Robert est pilote et sa femme Sophie s’occupe des enfants y compris de leur scolarité à la maison. Nous découvrons les Maldives du point de vue d’un expat. Ensuite c’est au tour d’Ibrahim, un vrai Maldivien né à Addu tout au sud des Maldives. C’est de cet atoll que proviennent les business men implantés à Male. Ils sont à l’origine, grâce à leur dynamisme, de l’activité économique de Male. Bien sûr, l’influence des britanniques qui avaient leur base à Addu, a certainement largement contribué à cet état de fait. Nous avons beaucoup échangé avec l’endroit, Les petites adorent le marché aux poissons car d’immenses thons y sont dépecés tous les jours. Nous nous régalons de leur chair succulente à des prix défiants toute concurrence.
Mais il est temps de partir, Male est devenu un endroit étouffant car nous n’y sommes pas les bienvenus. Trop d’inquiétude et de stress liés à l’oppressante sensation d’être à la merci des autorités maldiviennes nous pressent de sortir de ce traquenard. Ils nous ont déjà soutiré trop d’argent en échange de très peu de chose. Il est encore plus révoltant de constater que des millions de dollars ont été déversés dans les comptes en banque de ces messieurs lors du désastre lié au Tsunami ; Une grande école a été offerte par Singapour et construite à Hulumale ; Nous avons rencontré Monsieur Lam chargé de la bonne exécution des travaux. L’hôpital d’Hulumale est un cadeau des britanniques etc. En retour, un représentant de la république singapourienne entrant sur les Maldives en voilier est traité comme un délinquant potentiel. De même pour tous les autres navigateurs. Seuls les propriétaires de mega yachts sont les bienvenus et on peut comprendre pourquoi. Sommes-nous donc si C... Vous leur offrez une aide très substantielle par la voie des politiques, ils vous traitent comme de la merde répugnante dès votre entrée sur leur territoire.
Alors voilà, le 12 mars 2008 Male est derrière nous et nous sommes de nouveau en mer ensemble, les petites jouent, Meng prépare déjà le déjeuner ; La vie continue. Le vent est faible, sur l’arrière. Pour la première fois depuis notre départ de Singapour, j’envoie le spinnaker. Mais le vent est trop faible et nous devons atteindre le sud de l’Atoll appelé Sud Male. Ainsi va la navigation aux Maldives ; Il faut atteindre sa destination avant 15 ou 16 heures car il n’est plus possible, après, de bien distinguer les massifs coralliens dont les têtes de coraux éparses sont meurtrières pour les coques fragiles de nos bateaux en polyester. J’envoie la mécanique un peu trop tard pour tenter d’avancer plus rapidement. Nous arrivons à notre lieu d’ancrage vers 17 heures et ne pouvons plus vraiment distinguer les récifs, mais nous sommes encore loin de l’hôtel « resort » où je crois, et j’ai tort de le croire, pouvoir jeter l’ancre. Très vite, le sondeur passe à 6, puis 4, puis 3 mètres de profondeur. Je suis obligé d’effectuer une puissante marche arrière pour stopper le bateau à temps ; Devant, ce n’est plus navigable. J’essaye à droite, même chose !!! Je n’en, reviens pas. Il nous faut jeter l’ancre au milieu de rien, très loin de l’hôtel. Heureusement, le vent est complètement tombé, et nous sommes posés là dans un calme magnifique. Je plonge pour voir si le champ d’ancrage est sans danger ; Tout va bien, nous avons eu de la chance cette fois-ci. Un rapide coup d’œil aux alentours me permet de rencontrer 5 mérous de bonne taille dont un pesant probablement 30 kilos. Il y a là aussi un petit requin pointes noires, une murène, et d’autres poissons de massifs coralliens. Je remonte heureux de me trouver là. Meng nous cuisine un succulent petit repas pour célébrer notre retour sur l’océan.
Le lendemain, le vent est totalement inexistant et nous partons au moteur vers l’atoll suivant appelé Felidu. Nous bénéficions d’informations récoltées sur un site web : noonsite.com
D’autres navigateurs (des américains) y ont posté leurs expériences et les mouillages effectués en toute sécurité. Les approches sont clairement décrites avec profondeurs et points GPS. Nous entrons finalement vers 13 heures dans un lagon aux franges immergées. Il faut entrer dans une passe naturelle flanquée d’un phare sur poteau métallique à tribord, puis il faut descendre vers le sud en contournant le récif que l’on voit parfaitement. Les couleurs sont vert turquoise et bleu clair. Les premières patates apparaissent sur l’entrée du lagon et nous mouillons finalement dans 17 mètres d’eau. Je plonge de nouveau pour contrôler les environs : L’endroit est libre. Nous sommes les seuls ancrés dans cet endroit surréaliste. Nous avons l’impression d’être plantés au milieu d’un l’océan plat ; Il n’y a pas d’îles aux environs (du moins ne les voit- on pas), partout l’œil ne rencontre aucun obstacle, aucun point sur lequel s’accrocher. C’est tout simplement magnifique. La journée se poursuit par une baignade sur un banc de sable, puis nous nous baignons de nouveau autour du bateau. Vers la fin de l’après midi, deux bateaux présents à Hulumale, nous rejoignent. Il s’agit de Erin Brie et Eoilea. Nous n’avons pas établi de contact avec ces deux Américains, mais là, nous le faisons de bon cœur car ils ne voient pas les patates à cette heure - ci. Heureusement, nous les avons mémorisées et pouvons ainsi guider les deux voiliers vers des eaux claires.

Le lendemain
14 mars 2008 à 7heure 30, nous établissons le contact radio avec Rolf, le propriétaire de Moana qui nous communique une météo plutôt clémente pour la journée. Nous décidons de partir en compagnie des deux autres bateaux malgré un ciel très chargé sur l’horizon. En un mois et demi de présence aux Maldives, nous n’avons jamais eu plus de 20 nœuds de vent, c’est donc sans méfiance que nous sortons du Lagon pour nous rendre à MAGHUDU situé au sud ouest de notre position sur un atoll appelé North Nilandu. J’envoie le génois car l’anémomètre affiche 14 nœuds. Je n’ai pas le temps d’envoyer d’autres voiles : le vent passe à l’ouest et atteint 36 nœuds. Je suis obligé d’enrouler le génois en catastrophe sous des trombes d’eau. La voile faseye furieusement pendant l’opération et la bande anti – UV est bientôt en lambeaux. Je suis complètement pris par surprise ; Je n’ai pas préparé de harnais de sécurité, pas de ciré ; Les grandes bouches d’aération demeureront orientées vers l’avant pendant toute la durée du grand frais, engouffrant d’importantes quantités d’eau dont une partie atterrira sur la couchette avant ; J’ai oublié d’enlever le feu de mouillage clignotant que j’envoie sous la barre de flèche bâbord pour la nuit ; Elle se balade furieusement de tous les côtés etc. etc. Un coup d’œil à la mécanique qui ronronne pour nous permettre de faire route contre le vent, me renseigne sur le fait que je dois m’arrêter et nettoyer le filtre à eau de mer ; Il y a trop d’algues à l’intérieur. Je m’exécute dans des conditions difficiles. Au passage, je demande si tout va bien à bord, Carmen présente les signes avant coureur du mal de mer ; C’est une première, elle n’a jamais été malade jusqu’à présent. Meng est verte mais résiste pour l’instant et Julie somnole dans un état léthargique anormal et donc certainement aussi lié à un état proche du mal de mer. Pas génial tout ça. Je ressors pour redémarrer le moteur, puis installe la trinquette sous les paquets de mer qui balayent le pont à chaque vague. Heureusement l’eau est chaude sous ces latitudes ! Il faut rester vigilant pendant ces heures où la mer est dure. Le vent est maintenant établi à trente nœuds, mais le bateau est équilibré sous trinquette et moteur. La gîte est mesurée ; Je ne tiens pas à effrayer ma petite famille retranchée à l’intérieur dans une moiteur étouffante. Ca y est, Carmen nous envoie une fusée sur le sofa du salon. Branle bas là dedans. Je nettoie car Meng est encore plus verte qu’avant, Carmen pleure, ça pue le lait tourné et la bile fraîche. Une fois l’ordre précaire rétabli, je remonte sur le pont pour contrôler l’annexe ; Elle n’est malheureusement pas orientée du bon côté sur ses bossoirs, elle s’est bien remplie d’eau de pluie sans pouvoir l’évacuer à cause de la gîte du voilier sur bâbord. Je descends donc le dinghy sur le bossoir tribord pour permettre à l’eau de s’évacuer. De retour dans le cockpit, j’ai oublié de rabattre le panneau sur la descente et une vague embarquée à l’avant, voyage sur toute la longueur du pont, passe sous le raban de la capote et dégringole dans le salon pour la plus grande joie de Meng et des petites. Je redescends pour nettoyer et ai du mal à trouver un truc suffisamment sec pour éponger ; On n’est pas loin du chaos à ce moment là. Je me demande tout à coup si nous allons pouvoir atterrir dans ces conditions dans un endroit inconnu et bourré de récifs. J’envoie un message VHF aux deux autres bateaux. Je leur annonce que je renonce à la destination initiale et pense continuer toute la nuit pour arriver sur une destination plus appropriée avec, je l’espère une amélioration de la météo. Mais Graig de Erin Brie suggère très justement de continuer vers Nilandu Atoll afin d’arriver sous son vent. Nous devrions y être dans deux heures, et serons plus à même de constater l’état de la mer pour prendre une décision. C’est bien pensé et j’adhère à cette idée. Heureusement que je n’ai pas décidé de poursuivre car la mer devient calme sous le vent de l’atoll et nous atteignons Maghudu sans encombre non sans avoir dû éviter à grands coups de marche arrière, une patate maligne que le ciel bouché ne nous avait pas permis de localiser à temps. C’est Meng, qui placée à l’avant du bateau m’en avertit. Les petites regardent un film à la télévision. Les batteries sont bien chargées avec ce vent et 8 heures de moteur. Pas fâché d’être arrivé ! Meng, inerte durant la traversée, se défonce maintenant et en un temps record, le bateau est propre, rangé et un repas chaud nous attend sur la table du carré ; Evidement, nous n’avons rien avalé depuis le matin du départ.
Nous sommes maintenant 4 bateaux à l’ancre. Il y a là un petit voilier battant pavillon allemand avec Ekard et Ursula à son bord. Ils nous contactent par VHF en nous demandant quand offrons nous le « happy hour » une tradition anglo-saxonne qui divise le coût de certaines boissons en deux durant une heure dans les pubs du monde entier. Cet appel est lancé aux trois bateaux qui sont arrivés, nous y répondons les premiers en les invitant à notre bord.
Ekard est un top exécutif en retraite ; c’est un docteur en science éco qui dirigeait des hôpitaux puis des groupes d’hôpitaux. Malgré la carrure, il demeure un être fonctionnant sur les principes de la simplicité et de l’humilité. Azimut, est le nom de leur bateau, il ne mesure que 33 pieds ! Le dinghy est une coque rigide propulsée par deux solides avirons. Nous sympathisons immédiatement. Tandis que nous discutons, une petite embarcation avec trois Maldiviens à bord s’approche de notre bateau ; Hasard, nous sommes les premiers visités. Mais contrairement au sans gêne indonésien, Les trois personnes à bord sont extrêmement respectueuses ; ils apportent des noix de coco qu’ils ouvrent immédiatement pour notre consommation ; c’est délicieux. Je les invite à monter à bord, ce qu’ils font avec le plaisir magnifique que seule la curiosité rassasiée est capable d’offrir aux curieux. Il y a là Ahrmed et d’autres dont j’ai oublié le nom. Nous discutons et très vite, notre linge sale est embarqué pour être lavé ; Il le sera gratuitement. Nous organisons une livraison de 60 litres de fuel (12 roufias par litre) pour le lendemain car nous avons été obligés d’en consommer plus que prévu. Puis c’est au tour des autres bateaux d’être visités.
Le lendemain, je transfère le contenu de mes trois jerricans de fuel dans le réservoir, et les remplis de nouveau avec les 60 litres apportés à bord par nos nouveaux amis. Nous n’établissons aucunes barrières et cela leur plait car nous sommes invités dans l’après midi à venir avec eux visiter l’ile. Nous sommes entourés dès notre arrivée par de nombreuses femmes et enfants curieux de découvrir les nôtres. Les Maldiviens aiment sincèrement les enfants. Même les hommes tentent de prendre nos filles dans leur bras. Nous ne décelons aucun vice caché dans tout cela. Après avoir protégé Carmen et Julie contre la horde de moustiques qui les entoure, nous découvrons les ruelles de sable tirées au cordeau. Pas de voitures, pas de béton, les murs sont montés avec du corail. Les gens nous regardent passer avec de grands yeux. Ahrmed nous montre sa maison en construction, il en est très fier. Ici, tout le monde construit sa propre maison avec l’aide des amis et de la famille ; il n’y a pas de constructeurs spécialisés, pas de date de fin de travaux donc tout est commencé mais rien n’est terminé ! Chaque maison possède une citerne offerte par le gouvernement pour recueillir l’eau de pluie qui doit provenir d’une organisation mondiale d’assistance. Ensuite deux puits sont creusés ; L'un pour l’eau douce contenue dans le corail qui constitue l’île et avec laquelle, ils se lavent, et lavent vaisselle et vêtements. L’autre puits sert de fosse septique. Nous nous retrouvons bientôt dans une maison très animée. Une trentaine de femmes, toutes amies de la famille, sont réunies pour confectionner toutes sortes de boulettes plus ou moins grosses qu’elles font frire dans de larges poêles directement au feu de bois. Ici, tout est simple. On nous installe à une table et on nous prépare du riz avec du thon et du carry. Nous sommes traités avec le plus grand respect et avec générosité. Rien ne nous est demandé en échange.
Il est temps de repartir au bateau. Sur la plage, nous marchons vers le dinghy de Ahrmed, le tableau est extraordinaire ; Une petite fille marche à côté de Meng la main sur son épaule avec une expression d’amour d’une sincérité à peine compréhensible sachant qu’elles ne se connaissent que depuis deux heures. Une autre petite fille tient Meng par la main, complètement abandonnée dans la chaleur de son contact. Ils ont besoin du contact de Meng sans que je comprenne vraiment pourquoi.   Devant les regards chargés de curiosité, de la ribambelle de gosses qui nous suit jusqu’au dinghy nous invitons tout ce beau monde à découvrir le voilier. A bord de Constante l’activité est à son comble et certains visages deviennent blêmes. Le mal de mer ne fait pas de cadeaux car le lagon est complètement ouvert sur le nord ouest exactement d’où vient le vent qui souffle à 22 nœuds à ce moment là. Malheureusement un des petits garçons nous envoie une fusée dans la chambre des enfants... C’est l’enfer. Le père présent s’empresse de nettoyer le plus gros, mais Meng et moi passons deux bonnes heures à venir enfin à bout de l’odeur insupportable. Sans cette dernière touche négative, la journée et la première rencontre avec le vrai Maldivien aura été magnifique.
Toujours guidés par Moana avec Rolf et Yolanda qui nous communiquent la météo, et les détails de ce qui nous attend sur la prochaine escale, nous partons le 16 Mars vers Maimbudu situé sur South Nilandu Atoll. La navigation sera plaisante car le vent est soutenu sans présenter d’orages isolés. Nous arrivons toujours à la limite du temps imparti pour pouvoir localiser aisément les récifs. Le stress est élevé lors des approches difficiles, lorsque la visibilité est mauvaise. A l’entrée de l’atoll, la lumière du soleil est rasante ; impossible de voir ce que nous réserve la frange corallienne du lagon. Heureusement les indications de Rolf sont précises et nous pénétrons dans le lagon via une passe artificielle sans difficultés.
Azimut a décidé de se rendre sur un autre atoll un peu plus au sud. Seuls Erin Brie et Iolea sont présents sur le lagon. Nous nous rendons à bord du premier puis du deuxième avec lequel nous n’avons eu que des échanges VHF. Ce sont des Américains très prévisibles dans la façon de se comporter. Très polis, réservés et artificiels ; nous ne sommes pas surpris, ni agréablement ou désagréablement. La structure de leur parcours est presque toujours la même; Une réussite professionnelle indéniable, l’acquisition de biens matériels suffisants, une retraite très confortable et sécurisée, le bateau sur lequel ils naviguent comporte tous les équipements que l’industrie nautique produit à grand renfort de dollars. Ancrés loin de tout, ils vivent leur tour du monde presque en total autarcie. L’eau est produite à bord grâce à des dessalinisateurs puissants (100 litres à l’heure). Pas besoin d’aller à terre pour chercher de l’eau et la rapatrier en jerricans. Pareil pour le lavage du linge car ils sont équipés de machines à laver. Climatisation globale, congélateurs pleins, frigos aussi, dinghy haut de gamme avec moteur hors bord 4 temps ; l’électronique est au top avec écran répétiteur sur la colonne de barre ; Radar, radio, communication par satellite, Navtex. Le tout est maintenu en vie grâce à un puissant groupe électrogène qui tourne deux fois par jour etc.etc. La liste est longue qui contribue à l’isolement au propre comme au figuré de cette catégorie de gens. Nous faisons figure de pouilleux avec notre vieux bateau et la modestie de nos équipements. Alors ils sont polis mais distants, des fois qu’on s’accroche à leurs basques pour des histoires d’eau, de fric, de fuel ou de trucs que nous aurions en bien moins importante quantité non renouvelable qu’eux...
Nous restons une journée à visiter l’île et ses habitants. Comme d’habitude nous sommes entourés d’un groupe de curieux qui nous suit partout. Quelques fois, je surprends le regard de certaines femmes voilées rivé sur moi. J’ai rarement senti une telle intensité dans ces yeux qui nous sondent. Meng intercepte ces moments fugaces de la même manière. Carmen et Julie se mélangent facilement et jouent très naturellement avec les enfants du village.
Nous partons le lendemain 18 mars avec, pour objectif, une île située à l’ouest de l‘atoll suivant appelé Kolumadulu. Si le vent est soutenu, nous pousserons jusqu’à Veymandu situé à l’extrême sud de l’atoll ; C’est à plus de 40 miles nautiques de notre point de départ. L’impératif d’un atterrissage dans un endroit protégé avant 16 heures s’impose toujours comme un couperet à ne pas dépasser.
Dès notre sortie, un bon vent de nord ouest nous permet de tout envoyer et de marcher à plus de 7 nœuds. La mer est musclée mais confortable car le bateau est bien calé tribord amure. A mi-chemin, nous décidons de continuer sur Veymandu au Sud. Nous y arrivons vers 16h45 dans de bonnes conditions. Moana et Azimut sont là, et Erin Brie et Iolea viennent juste d’arriver. Constante s’arrête au bout de sa chaine tout près d’Azimut après une excellente journée de navigation comme je les aime. Qu’est-ce que j’aimerai partager ces moments de bonheur avec ma famille. Et dire que mes parents se trouvaient ici sur la même trajectoire il y a 11 ans ! Et dire que mon frère et son épouse ne rêvent que de se lancer dans ce genre d’aventure, et ils ne sont pas là pour naviguer de concert ! Nous avions goûté à cette joie lors de mon périple Paris - St Cyprien en passant par Gibraltar et les Baléares. Quel bonheur de s’être retrouvés à Portinax. Mais ainsi va la vie ; nous sommes malheureusement rarement synchrones !
Nous avons bientôt la visite de Rolf, Yolanda et Ismail ; le chef du village sur le dinghy de Moana (Oyster 56). Nous sommes heureux de nous retrouver après nos derniers échanges visuels à Malé. Nous apprécions leur compagnie et leur gentillesse ; nous les invitons à bord. Ismail se révèle être d’une grande délicatesse. Nous sommes un peu pris au dépourvu par tant de sincère sympathie et d’attention ; l’ego semble n’avoir jamais pris place dans son âme. Il nous invite à visiter son île ; 750 habitants y vivent. Nous embarquons dans l’annexe le lendemain et le retrouvons à terre près du débarcadère. Carmen et Julie font l’objet de nombreuses attentions. L’île est belle et bien plus propre que ce que nos avons eu l’habitude de voir autour de Malé. Cependant, le traitement des ordures n’est pas encore résolu et demeure un problème. Je me suis rendu dès le premier jour à l’endroit ou elles sont supposées être entreposées ; Le spectacle est désolant voire repoussant. Les ordures s’empilent sur la plage au nord ouest de l’île.
Nous découvrons un hôpital, une station de police devant laquelle nous pressons le pas à cause de notre situation parfaitement illégale du point de vue des ronds de cuir maldiviens ; mais ici, personne ne semble souhaiter notre départ, bien au contraire. Ismail nous montre sa maison de loin et nous conduit vers quelques magasins sur la demande de Meng. Puis c’est le retour au bateau. Le vent souffle fort et la météo annoncée chaque matin par Rolf à la radio, prédit une rotation du nord ouest au sud en passant par l’ouest ; Nous ne pouvons pas partir car le vent serait contraire. Le retour au bateau s’effectue donc contre un vent soutenu et un clapot important. Nous arrivons sur Constante complètement trempés. Le passage de l’annexe au bateau est périlleux, mais nous y parvenons tout de même sans problème majeur. Nous rinçons les petites avec un linge mouillé à l’eau douce et hop au lit.
Le lendemain (ça commence à devenir monotone comme intro...), Julie se réveille avec une fièvre ; Nous sommes soudain anxieux car le souvenir pénible de la Dinghe fever demeure très présent dans nos mémoires. Nous espérons ardemment que ce ne soit pas cela. Wait and see comme disent les Anglais. Eckard m’appelle à la VHF pour m’alerter sur le fait que le câbleau utilisé par un thonier situé juste derrière moi est accroché sur le petit safran du régulateur d’allure. Branle bas de combat, Eckard se propose de venir à bord pour m’aider car Meng doit s’occuper des petites, mais surtout, la force du vent rend la manœuvre compliquée pour un homme seul. Eckard arrive à la nage et nous relevons le mouillage. L’ancre est déposée quelque 60 mètres plus loin et une fois le bateau sécurisé, je m’aperçois qu’une autre ligne de mouillage appartenant à un autre thonier semble passer sous ma chaine d’ancre. Je plonge en compagnie d’Eckard pour vérifier ; Pas de doute la chaine est bel et bien dessus. Branle bas de combat de nouveau ; Nous relevons le mouillage encore une fois et allons mouiller entre les deux américains Erin Brie et Iolea. Une fois le bateau sécurisé, nous sommes à distance respectable de ce dernier, mais connaissant ce type de navigateurs, je prédits à Eckard que je ne serai surpris de recevoir un appel VHF de la part de Iolea. 1 minute après la VHF crépite et sur un ton très poli et dénué de la moindre émotion, Roger commence à me poser ses questions ; Je les connais déjà à l’avance  « et si le vent se met à virer dans telle direction et que je dois bla bla bla, je me trouverai donc dans telle ou telle situation bla bla bla etc. » Je résiste un peu et lui fait savoir que la météo ne mentionne pas du tout le cas de figure hautement improbable qu’il semble vouloir éviter en me suggérant de remouiller (ce ne sera que la troisième fois en une heure) plus loin afin de bla bla bla bla etc. Sur le même ton monocorde robotisé, il insiste toujours très poliment. Pas de problème, je laisse le moteur électrique du guindeau bien se refroidir et nous remouillons très au large de qui que se soit. Evidement, nous nous trouvons maintenant très loin du débarcadère avec des retours au bateau difficiles. Mais c’est comme ca, Il leur faut de l’espace à ces gens là... Ismail a organisé un repas pour le petit groupe de navigateurs réunis maintenant sur son île. Nous avons rendez vous à 19 heures. Je m’occupe en attendant d’aller chercher de l’eau à un robinet extérieur connecté à de grosses citernes en plastique noires. La corvée d’eau demeure une constante têtue de notre voyage ; il nous en faut toujours et encore. La soirée commence par notre décision d’emmener Julie à l’hôpital, sa fièvre est maintenant à 38, 4 et notre inquiétude grandit. Le docteur présent nous conseille un test sanguin pour déterminer la présence de la dinghe ou autres problèmes caractéristiques aux Maldives et demandant une attention plus particulière ; les résultats seront communiqués dans une heure !! C’est très rapide. Nous nous rendons à la petite salle des fêtes où les amis sont réunis. Les conversations ne sont guère passionnantes et nous nous replions sur nous-mêmes pour nourrir nos petites et jouer avec elles. Ismail nous sert ; il joue le rôle de garçon de restaurant et ce malgré sa position élevée dans la hiérarchie de l’île. Il s’intéresse aux petites qui très vite l’adoptent et se laissent porter. Le repas fini, nous partons tous vers l’hôpital pour les résultats du test sanguin. Tout est négatif et nous sommes rassurés. Le coût total s’élève à 330 Roufiats, et bien que cela soit le double de ce que paye un habitant des lieux, cela demeure extrêmement bon marché. Le retour au bateau est encore plus difficile car les petites sont endormies dans nos bras, le clapot est violent et la nuit noire. Les dinghys repartent vers leurs vaisseaux respectifs et nous effectuons la distance dans la nuit, arrosés copieusement par les embruns malgré la vitesse réduite que j’imprime au hors bord. Les filles pleurent puis hurlent à la mort pendant le transfert de l’annexe au bateau. Je serre les dents car ce n’est pas cool de leur imposer ce traitement alors qu’elles sont fatiguées et ont tant besoin de dormir. Heureusement, tout rentre dans l’ordre ; nous les contemplons paisiblement endormies dans leur grand lit...
Le jour suivant (c’est différent !) accueille le lever de soleil ainsi que celui de nos deux petites filles, mais quelques chose ne tourne pas rond chez Meng ; Elle a de la fièvre à son tour. En début de matinée, nous recevons un appel VHF de la part d’Eckard de Azimut (Naiad 33) nous appelle à la VHF, il a obtenu une invitation très sympa : passer une journée en mer sur un thonier local pour découvrir la pêche au thon version Maldives.
Julie semble être déjà tirée d’affaire, elle n’a plus de fièvre, mais c’est au tour de Meng d’être malade. Courageusement, elle m’affirme que tout se passera bien pour elle et les petites, pendant notre escapade marine, elles iront jouer avec les enfants d’Ismail chez lui, il a des lapins dans son jardin. J’embarque avec Rolf et Yolanda sur leur annexe, elle nous dépose à bord du thonier. Les femmes ne sont pas admises à bord de ces bateaux. Il y a là tout les hommes de notre petite flottille de plaisanciers. Nous déambulons tous à bord du bateau de pêche, les uns avec des caméras digitales ; Je suis le seul avec une caméra vidéo. Nous établissons le contact avec l’équipage ravi de nous avoir à bord. Moi, je démarre avec le foot ; Ce sujet les passionne beaucoup, et je découvre à quel point un joueur comme Zinedine Zidane est important pour l’image de la France en pays musulman. Grâce à lui, les Français passent tout simplement mieux auprès de ces populations. Le bateau remonte son mouillage et laisse l’autre sur place avec l’annexe. Tous les bateaux maldiviens possèdent 3 ou 4 lignes de mouillage qui consistent en de très longs cordages de fort diamètre avec un gros grappin en inox à l’autre bout. Ils déposent avec dextérité deux ou trois grappins sur de longues distances. Quand plusieurs bateaux mouillent au même endroit, les lignes de mouillage rendent les mouvements très difficiles car ces cordages flottent... Pas de problèmes pour eux car la forme de leur coque permet de passer sur les lignes sans souci pour l’hélice. L’avantage de ce système est uniquement économique ; Pas de chaine, donc pas de guindeau, pas d’installation électrique ou hydraulique. Seuls trois ou quatre gaillards costauds se mettent à l’avant et remontent un mouillage tandis qu’un autre donne du mou à celui qui est encore dans l’eau. C’est simple et ca fonctionne. Nous voici donc à bord de ce bateau de pêche qui n’y ressemble pas du tout ; pas de filets, pas de treuils ou autres grues, pas de trucs incompréhensibles et innombrables entassés sur le pont comme cela serait le cas sur des bateaux européens. Alors on se demande tous comment diable peuvent-ils pêcher du poisson avec si peu d’équipement visible ? Le bateau se dirige vers un endroit situé à 12 miles nautiques de l’ile. Première question ; pourquoi là et pas ailleurs ? Réponse : Le gouvernement a étudié grâce à des observations satellites les différents lieux de passage des thons à travers les Maldives. Ensuite, de grosses bouées rouges ont été installées à ces endroits avec un filet accroché à la surface. Une colonie de poissons se forme et attire les thons qui s’en nourrissent. Voilà la question du lieu élucidée. Au bout d’une demi-heure, l’activité du bateau monte d’un cran, des trappes sont ouvertes sur le pont et nous découvrons qu’un quart du bateau contient de l’eau de mer et une grande concentration de petits poissons. Ces alevins sont ramassés au filet la nuit ; ils n’ont pas une vie facile ces marins ! La grosse bouée rouge apparait ; déjà, nous n’existons plus, les hommes sont entièrement focalisés sur leurs tâches qui demeurent complètement mystérieuses. Ma caméra est prête et filme déjà une rangée de 10 pêcheurs alignés tout à l’arrière. Chaque marin a une canne à pêche très basique dans ses mains : un roseau, un fil et un hameçon plume. Puis, deux personnes se mettent à balancer des épuisettes pleines d’alevins dans l’eau. Immédiatement, la surface de la mer se met à bouillonner ; c’est rempli de thons ici ! Puis la danse des hommes commence : le premier voit sa canne se tordre, il tire et jette par dessus sa tête le premier thon sur le pont. La forme spéciale de l’hameçon permet un décrochage en plein vol, si j’ose dire. Le thon, quant à lui (en général 3 à 6 kilos), atterrit sur le pont et est stoppé dans sa course par un filet genre filet de tennis en plus haut. La canne est déjà de retour dans l’eau et ramasse aussitôt un autre thon qui à son tour est projeté par dessus la tête du pêcheur et ça n’arrête pas. Tout ça multiplié par dix, car il y en a dix alignés à l’arrière et vous avez une pluie de thons qui s’abat sur l’arrière du bateau à chacun de ses passages près de la bouée. Je comprends pourquoi les gars son jeunes et costauds !! Après une vingtaine de passages, il n’y a plus beaucoup de thons de petite taille, c’est maintenant au tour des gros de se faire prendre. Trois marins se munissent d’une canne chacun, mais leur ligne est reliée à un hameçon unique. L’attente est plus longue, mais au bout de trois minutes, un thon de 25 kilos s’abat lourdement sur le pont. Aussitôt, un bourreau l’assomme avec une petite batte en bois en frappant sur la tête, juste au dessus des yeux ; la gueule du malheureux s’ouvre alors en grand tandis que le corps se crispe en une ultime convulsion. L’hameçon est promptement décroché, et ça recommence. 6 bêtes de belle taille seront ainsi pêchées aujourd’hui. Les cales reçoivent beaucoup de thons et le sang couvre un bonne partie de la surface du pont, mais les quelques deux tonnes pêchées aujourd’hui, ne s’approchent pas des moyennes qu’ils atteindront pendant la saison, après Avril. Cela tournera alors aux alentours des 18 tonnes par jours. Une journée inoubliable, mais en même temps le cœur se serre à la vue de cette tuerie bien organisée. Pour nous, il faut plusieurs jours à surveiller notre ligne de traîne pour sortir un thon de son élément afin de nourrir la petite famille, mais ici...
Veymandu constitue un véritable retour à la source de la vie. Ismail nous emmène voir les petits champs où ils font pousser toute sorte de légumes. Nous qui avons passé la majeure partie de nos existences dans les villes, nous découvrons avec émerveillement les supports de légumes que nous ne connaissions que dans des emballages : poivrons verts, pastèques, melons, concombres, tomates, haricots, mangues, arbre à pain etc. révèlent enfin le secret de leur origine. 
Ici, pas de voitures, pas de trafic, rien de la monstrueuse organisation urbaine de nos pays n’apparait. Seules quelques télévisions disséminées ici ou là ouvrent de petites fenêtres sur le monde extérieur. Ismail nous invite une fois de plus chez lui ; sa femme a préparé un repas très basique : du riz, du thon et du carry. Sa maison est sale ; des toiles d’araignées couvrent tous les coins de murs. Le toit est constitué de tôles ondulées, rouillées, qui irradient une chaleur étouffante à l’intérieur de la baraque. Sa femme ne semble ni courageuse ni motivée pour tenter d’améliorer leur environnement de vie. Peut être en attendait-elle plus de sa condition d’épouse du chef...
Le lendemain (encore une fois !) nous invitons Rolf et Yolanda à bord pour un déjeuner. Carmen est malade ; elle a mal à l’estomac. Je ne peux pas avoir une conversation posée avec mes convives car elle pleure et chouine constamment. En plein repas, Carmen envoie une belle fusée sur le sofa ; j’enrage, pourquoi aujourd’hui ?? Les invités attendent patiemment que nous ayons nettoyé et que l’odeur se soit estompée, puis nous continuons notre repas. Nous ne sommes pas arrivés au dessert que Carmen renvoie une seconde fusée. Re-branle bas de combat, re-nettoyage etc. J’abandonne et renvoie mes invités chez eux ; impossible de passer un moment tranquille avec Carmen dans cet état. Elle vomira 4 fois aujourd’hui. Nous lui donnons de l’eau sucrée en toute petite quantité pour la maintenir hydratée. Le lendemain, tout rentre dans l’ordre ; j’espère que nos problèmes de santé vont enfin s’arrêter.
Il est maintenant temps de penser au départ. Tous les bateaux partent aujourd’hui sauf Crimpson Tide et nous ; la météo sera plus favorable dans deux jours. Finalement, après de chaleureux adieux à Ismail et aux gens de ce village, nous partons pour l’atoll de Huvadu pour rejoindre le reste de la flotte ancrée à l’île de Thinadu. Nous sommes le 27 Mars 2008. Le vent est plein arrière ce qui me permet d’établir le spinnaker. Il tirera le voilier toute la journée et toute la nuit. Nous arrivons à Thinadu le 28 Mars à 11heure 40.
 
28 Mars 2008. 
Le village est plus grand et le lagon est bien protégé. Très vite, Meng sympathise avec un dénommé Ibrahim qui l’emmène, ainsi que les enfants, à la décharge publique. Ce n’est pas un endroit idéal pour une promenade touristique, mais elle est importante quand on a une somme importante de déchets à évacuer. Il nous emmène ensuite chez lui pour nous présenter sa famille ; encore des gens absolument charmants. Grâce à eux, nous refaisons nos pleins d’eau.
Les adolescents du village sont moins bien élevés ici qu’ailleurs ; on sent dans leur regard un air narquois et railleur qui frise l’insolence.
Nous sommes obligés de faire attention car ils viennent à la nage pour nous observer et demander des boissons sans la moindre formule de politesse. A terre, notre dinghy leur sert de plate-forme de plongeon... Nous restons ici en tout 5 jours, mais au 4ème jour, alors que Carmen, Julie et moi jouons sur le pont, une petite vedette blanche se dirige droit sur nous. Carmen et Julie leur font de grands signes de la main. Ils accostent et je leur demande quel est l’objet de leur visite ? La réponse me glace les os : « Custom and émigration » Le gars ne porte aucun uniforme, mais sa carte atteste sa fonction. Ils demandent à voir nos documents et se rendent bien sûr compte que nous sommes en situation irrégulière. Après une bonne petite remontrance, ils promettent de revenir le soir mê
me et nous demandent de quitter les lieux dès le lendemain. Décidément les autorités maldiviennes nous auront rejetées jusqu’au bout de leur territoire.
Ils reviennent en effet et visitent les autres voiliers dont un seul est en situation régulière (Moana qui possède un permis de croisière inter atoll). Ils ne se montrent pas agressifs et la confiance renait ; nous ne verrons vraisemblablement pas débarquer la marine national pour nous expulser.
3 Avril 2008. 
Nous partons avec Azimut et Crimpson Tide pour naviguer à l’intérieur de l’atoll. Moana et Erin Brie sortent et partent directement vers Addu.
Vers 12h30, alors que je viens de démarrer le moteur faute de vent, je m’aperçois que l’eau de refroidissement ne s’écoule pas de l’échappement. Heureusement que je contrôle à chaque fois... Le moteur n’a pas eu le temps de monter en température et je l’arrête immédiatement.
Je descends la grand voile en vrac et plonge dans la salle machine ; La situation est critique car nous sommes à l’intérieur de l’atoll avec de nombreux massifs coralliens aux alentours ; j’en aperçois un sur tribord. Il faut aussi impérativement soit sortir de l’atoll, soit mouiller au sud près d’un village appelé Fares avant 17 heures. Je suis stressé car de nouveau, ma famille se trouve en danger à cause d’un truc qui m’échappe.
Les questions se bousculent dans ma tête et j’espère qu’il ne s’agit que de l’engrenage en caoutchouc de la pompe à eau de mer qui est mort. Mais si cela est le cas, pourquoi le serait-il alors que je l’ai changé il y a seulement 4 mois ? Ai-je oublié d’ouvrir la vanne ? Ai-je commis une erreur ? Y aurait-il une autre cause ?
Le démontage du couvercle de la pompe révèle un engrenage presque entièrement détruit. Cela va mieux car je sais d’ou vient le problème maintenant. Avec beaucoup d’efforts et d’acharnement je parviens enfin à extraire la pièce endommagée. Il fait très chaud là dedans et je transpire à grosses gouttes ; elles dégoulinent le long de mon visage et tombent sur les verres de mes lunettes. Je suis toujours dans ma position favorite du prieur musulman : la tête en bas et le cul en l’air... Une lamelle de caoutchouc est coincée à la sortie de la pompe et je ne parviens pas à l’enlever ; elle tombe dans la tubulure rigide. Tant pis ! Je démonterai l’ensemble plus tard pour récupérer ce bout de caoutchouc. Je surveillerai la température de très près.
Enfin, et après une heure et demie de travail, je redémarre le moteur ; tout va bien, la température est normale. Nous repartons et arrivons au sud de l’atoll où nous mouillons. Le cadre est superbe, l’eau est claire mais remplie d’algues flottantes.
Immédiatement, un petit boutre arabe à voile unique se déroute et vient nous rendre une visite. 4 jeunes garçons sont à bord. Ils jettent une ancre rudimentaire tout près de Constante et se mettent à nous observer sans vergogne. Nous ne décelons pourtant pas les mêmes attitudes désobligeantes.
Ces gars là sont sympathiques mais nous ne les invitons pas à bord. Au bout d’une heure, ils partent et nous nous retrouvons enfin libres de nos mouvements. Azimut est ancré juste à côté et je lui rends visite avec Carmen et Julie. Eckard me propose d’aller à Fua Mula au lieu de pousser directement sur Addu ; excellente suggestion, je ne savais pas que près de 9000 personnes habitent sur cette île et qu’un port de commerce a été construit au sud est de l’île.
 
Le 4/4/8, nous partons pour Fua Mula. Crimpson Tide a décidé hier de continuer sur Addu sans s’arrêter. Nous sommes maintenant seuls avec Azimut sur notre tribord en direction de l’île mystérieuse. Iolea qui se trouvait sur un mouillage à quelques 8 miles nautiques plus à l’est de notre position, décide de nous y rejoindre.
J’envoie notre spinnaker, mais il faut se rendre à l’évidence ; il n’y a pas assez de vent. Nous arrivons donc au moteur après une journée de navigation très tranquille. L’entrée du port est facile d’accès. Nous mouillons une ancre à l’avant et frappons une amarre sur le quai. Nous serons bien à l’abri ici avec en prime, pas d’autorités gouvernementales. En revanche, les moustiques pullulent et nous sommes obligés de nous protéger au maximum. Immédiatement après notre arrivée, Ibrahim (encore un), se propose de nous aider. Nous sommes sur nos gardes car ses intentions sont peut être moins altruistes qu’elles en ont l’air. Mais non, il s’occupe de nous et fournit de l’eau en quantité. Meng se rend avec lui sur son scooter dans plusieurs fermes où elle se ravitaille en légumes et fruits pour notre traversée et séjour aux Chagos. Près de Constante se trouve un bateau affrété par le gouvernement maldivien pour collecter les thons pêchés dans la région. Carmen et Julie découvrent avec intérêt comment les thons fraichement pêchés sont transférés dans des cuves d’eau à 0 degré au sein de ce bateau. Toute la fin d’après-midi et soirée, les thoniers se succèdent à couple du collecteur.
Quelques fois, il y en a quatre ou cinq à couple attendant leur tour. Nous restons à Fua Mula trois jours. Azimut et Iolea sont partis le matin du troisième jour car ils veulent passer une nuit à Gan situé à 25 miles nautiques de notre position.
Nous, nous ne désirons pas de rencontre avec les douanes et autre agent d’immigration ; une fois suffit.
Comme tous les matins, Rolf sur Moana nous donne la météo ;
Nous prenons la décision de partir le
7/4/8 vers midi afin de bénéficier d’un peu de vent semi favorable. Après les derniers au revoir avec la famille d’Ibrahim, nous partons vers les Chagos. C’est un grand moment car cette destination mythique pour les navigateurs s’aligne enfin au bout de notre route. Seuls quelques voiliers par an sont tolérés dans cet endroit inhabité. Nous attendons beaucoup de cette escale ou la nature règne en maitresse incontestée.
 
 
 



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