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Les Seychelles

Nous sommes donc à l’ancre en ce matin du 24 Mai 2008 dans la zone de quarantaine en face d’imposantes montagnes et de falaises magnifiques. Ici, pas de hauts bâtiments hideux ou de développement anarchique d’immobilier. C’est le vert qui saute aux yeux en cette matinée magnifique. Nous sommes arrivés, le voilier ne roule plus et nous sommes en sécurité. Je pense à mes enfants et à mon épouse qui me suivent dans cette aventure ; elles sont belles et la vivent à fond sans regarder en arrière. Je suis tellement heureux de les observer dans cet univers étranger. Les préoccupations de Meng ne concernent jamais notre mode de vie ou bien la validité des choix qui nous y ont conduit, mais beaucoup plus simplement, elle se demande quand je lui ramènerai le prochain poisson, ou bien quand aurons nous la chance d’être abondamment arrosés de pluies torrentielles afin de remplir notre réservoir d’eau douce, ou bien quelle sera la prochaine destination car elle commence à s’impatienter et désire découvrir de nouveaux rivages... Si j’avais de sombres doutes quant à sa capacité à encaisser les exigences de notre nouvelle vie sur la mer, ils se sont graduellement évaporés. Tout va bien...
 
Les autorités contactées par VHF vers 5 heures du matin, arrivent comme promis à 10h00. Ils se montrent sympathiques et respectueux. Leurs chaussures ne sont pas trop dégueulasses. La dame de l’émigration nous envoie une fusée sur le plat bord ; merci du cadeau ! Je peux observer à loisir, et sous son regard légèrement embarrassé, la vague composition du petit déjeuner qu’elle a pris il n’y a pas très longtemps. Pourtant, le voilier ne bouge presque pas. Voilà, ils sont partis et nous sommes autorisés à pénétrer légalement aux Seychelles. Alors que nous nous apprêtons à lever l’ancre pour entrer au vieux port de Victoria, nous recevons un appel VHF ; il s’agit de la voix familière de Jean Yves sur Erias. Ils sont ici depuis 3 mois ; ils nous avaient quitté à Male aux Maldives. Ils se trouvent en fait juste derrière nous dans le chenal car, pour eux maintenant, c’est le fonctionnement en société qui régit leurs mouvements. Manu et Titou vont à l’école ; ils sortent donc leur maison flottante le week end. Jean-Yves nous propose, malgré les 1020 miles nautiques que nous venons de parcourir, de venir avec eux au nord de l’île à Beau Vallon pour y passer le week end. C’est à 10 miles nautiques. Nous sommes enchantés de les retrouver avec, en prime, une belle daurade à partager. Nous levons le mouillage à la main et les suivons.
La baie est très grande et roule légèrement, mais cela n’est rien en comparaison des 9 jours passés en mer. Nous savourons le calme de cet endroit malgré les touristes qui se déchaînent sur leur jet ski, planche à voile, ski nautique, bananes flottantes tirées à grande vitesse, et autres parachutes ascensionnels...
Nous nous retrouvons tous et échangeons nos impressions sur les Chagos etc. Le séjour à Beau Vallon me permet de nettoyer la coque couverte de petits anatifes. Nous revenons avec Erias à Victoria le dimanche soir non sans avoir essuyé un beau grain sur toute la distance. Nous entrons dans le port à la tombée du jour. Il y a là de nombreux voiliers au mouillage mais nous trouvons notre petit trou.
Nous passons les journées suivantes à bien nous reposer de la traversée et à rencontrer de nouveaux amis. Le yacht club semble à première vue accueillant, mais les équipements sont pratiquement inexistants et le peu que nous y trouvons tombe en désuétude. Malgré les apparences peu flatteuses, le Yacht club se drape d’une multitude de règles et codes vestimentaires et de comportement, comme seule la volonté farouche purement british de s’extirper de la masse en une élite choisie, est capable d’imposer. Très vite, nos enfants deviennent une source de problèmes. Les « membres » de ce club pointent du doigt Carmen et Julie parce qu’elles se poursuivent, rient ou pleurent en émettant des sons bien caractéristiques d’enfants de leur âge. Nous recevons bientôt les réprimandes du manager de l’endroit, que j’encaisse comme un écolier dans le bureau du maître il me reproche même les fois où Meng s’est brossée les cheveux à l’extérieur des douches, il a trouvé de long cheveux noirs sur le sol ; l’expression du visage, qu’il ne tente même pas de dissimuler, montre le dégoût. Les dents serrées, je réprime à grand peine l’envie que je ressens de lui balancer mon poing dans la gueule.
Une fois de plus, nous sommes de véritables parias que l’on accepte à peine et sous de multiples conditions dans ces pays où le grand tourisme fait loi et où nos petits bateaux n’intéressent personne, ou presque. Je continue d’observer un décalage énorme entre les directions que semblent montrer la majorité des grands dirigeants des pays développés, et la base des pyramides du sommet desquels ils prêchent la bonne parole ; nous consommons beaucoup trop, nous polluons sans vergogne, nous détruisons la planète entière et nous la réchauffons au point de menacer ses équilibres devenus fragiles. Des espèces entières de plantes et d’animaux disparaissent chaque année sans altérer nos consciences ou générer la moindre réaction... Et pourtant, nous prenons le risque de faire quelque chose : ces bateaux à voiles sur lesquels nous naviguons, consomment très peu d’énergie. Le vent demeure notre principale source de vie car il propulse le bateau dans presque toutes les directions et active une éolienne efficace même au mouillage. La simplicité de notre mode d’existence représente une forme de solution qu’il faut encourager car elle préserve, conserve et harmonise la nature dans laquelle nous évoluons. Au lieu de cela, nous sommes le plus souvent reçus avec une politesse et une chaleur directement proportionnelles à la quantité d’argent dont nous serions potentiellement prêts à nous séparer. Evidemment, de l’argent, nous n’en avons pas beaucoup à dépenser avec pour conséquences directe, les accueils qui nous sont réservés. L’argent est la seule donnée tangible qui intéresse ces gens là. Alors nous y voici, mouillés à Victoria ; un seul point d’eau disponible pour les navigateurs, nous le payons 300 roupies par mois, il est situé dans les douches de ce yacht club. L’eau y est froide car nous entrons dans l’hiver. Chaque fois que les enfants prennent leur douche, elles pleurent car cela n’est pas très agréable, et lorsqu’une personne lave son linge à la main, l’eau s’arrête de couler aux douches, il faut attendre. Les enfants doivent être surveillées et muselées en permanence pour ne pas déranger les « membres » de ce yacht club planté au centre d’un immense égout où se déversent tous les immondices de la ville, mais aussi ceux de l’usine de traitement des thons située à l’entrée du port. Ca pue en permanence mais « les membres » s’en accommodent mieux que des rires d’enfants qui jouent. Heureusement, nous rencontrons compréhension et intérêt chez quelques locaux qui deviennent nos amis. Nous sommes invités à leur rendre visite à Cerf Island où ils résident principalement. Doris, Gabi et leur petite fille Amina viennent nous chercher en petit bateau à moteur pour nous y emmener car évidemment il s’agit d’un parc payant ; nous ne pouvons y séjourner avec notre bateau qu’à condition de payer 10 euro par personne et par jour... Et oui, ils se sont mis à l’euro aux Seychelles ! Nous vivons des moments de détente et de bonheur inoubliables en compagnie de ces gens chaleureux sur leur île qui nous sourit malgré tout.  
Nous retrouvons aussi Jennifer ; la jeune philipino que nous employions à Singapour pour s’occuper de nos enfants en notre absence. Nous l’avions placée à bord de Planeta Azul, un superbe 60 pieds en aluminium avec lequel les propriétaires espagnols, Daniel et Piedad, font un tour du monde. Nous les rencontrons à Beau Vallon après leur avoir donné rendez-vous par téléphone. Une autre occasion de nettoyer la coque pour moi car pas question de plonger dans l’eau pourrie de Victoria. Je suis effaré par la vitesse à laquelle se sont développés les divers parasites ; je découvre de véritables plantes à l’entrée de mes passes -coque !!! Nous restons quelques jours en leur compagnie (plus avec celle des plantes...) avec en conclusion, un barbecue sur la plage organisé par Piedad ; un régal... Evidemment, Beau Vallon est une très belle plage que fréquentent les touristes ; en particulier, les catamarans des compagnies de charter abondent. Avec la fréquentation des touristes, les rats des sous- bassements de toutes sociétés sont là eux aussi ; il est impossible de laisser le dinghy sans surveillance sur la plage et nous ne pouvons pas laisser le bateau au mouillage seul dès la tombée de la nuit. De nombreux cas de vols sont à déplorer surtout dans les endroits prisés par les touristes. Les annexes disparaissent, même quand les propriétaires sont à bord ; il faut les sortir de l’eau et les sécuriser sur leur support. La liste est longue et montre avec quelle régularité, les frontières de l’audace sont repoussées dans ce domaine. Nous repartons à Victoria pour finaliser les réparations que je dois réaliser sur le bateau. La liste est réduite au stricte minimum car, l’incompétence doublée parfois d’une malhonnêteté outrageante qualifient les quelques tentatives que j’effectue pour faire appel aux services de pseudo professionnels. J’ai voulu faire réparer le moteur électrique de mon guindeau et suis tombé sur un farfelu absolument grotesque dans sa manière de traiter le sujet. Il m’a rendu le moteur avec une liste de pièces qui avaient été changées et une facture d’un montant de 600 roupies. J’ai tout démonté pour contrôler ce qui avait été fait ; RIEN !! Rien n’avait été ni modifié, réparé, ou remplacé ; l’intérieur du moteur était exactement le même y compris les saletés qu’ils n’avaient même pas pris la peine de nettoyer J’ai finalement trouvé moi-même la panne et ai réparé l’ensemble qui fonctionne à merveille depuis...
Nous avons acheté un ST 1000 supplémentaire (pilote automatique qui se branche sur le petit safran du régulateur d’allure à l’arrière du voilier et qui remplace l’aérien) ainsi que deux kits de réparation des courroies de transmissions. Tout cela a été commandé chez mes amis de Oceantalk à Singapour.
Nous avons entamé notre deuxième mois de présence aux Seychelles en partant pour Praslin situé à 25 miles nautiques au nord est de Mahe. Après une navigation assez musclée, nous sommes arrivés à l’Anse Lazio ; un endroit absolument magnifique. L’alizé du sud est est puissamment installé créant des conditions assez dures. L’atterrissage à la plage se pratique grâce à l’annexe, sans le moteur car de gros rouleaux nous arrosent copieusement à l’issue de manœuvres dont la coordination entre Meng et moi demeure, on va dire, plutôt imprécise. Les filles, cramponnées dans le fond de l’annexe se demandent parfois s’il faut rire ou hurler d’effroi. Au retour d’une de nos incursions dans l’intérieur de l’île, nous trouvons une plage ou l’embarquement dans l’annexe de toute la famille ainsi que des vivres que nous avons acheté en ville est tout simplement impossible. Il nous faudra ancrer l’annexe au delà de la zone où la mer brise, et tout transférer dans un sac étanche et en plusieurs voyages à la nage. Heureusement des amis sud africains rencontrés dans cet endroit, viennent à notre secours pour amener les enfants à la nage sur l’annexe. Ca fait partie des joies de la navigation. Nous rencontrons en tout, trois familles sud africaines en vacance sur des catamarans de charter. Ils nous régalent par leur joie de vivre et la chaleur de leur amitié immédiate ; comme nous, ils ont de jeunes enfants à bord ; nous sympathisons rapidement. Rendez-vous est donné pour nous rencontrer de nouveau, en Afrique du Sud cette fois-ci. Carmen et Julie sont aux anges ; nous nous régalons de les voir jouer avec ces gosses sur les catamarans et sur cette superbe plage. Finalement, nous utilisons un grand matelas pneumatique gonflable avec les deux filles dessus et Meng et moi à l’eau avec des palmes. De cette manière, les atterrissages deviennent beaucoup moins dangereux ; Carmen sait nager, et Julie est équipée de brassières, et surtout, la coordination devient plus efficace quant au moment à choisir pour turbiner au niveau des palmes et sur la plage avant le prochain rouleau...Toute une affaire !
Apres 4 jours de relaxation à l’anse Lazio, nous levons l’ancre pour nous rendre sous le vent de l’île vers une autre île appelée La Digue. Malgré une ligne de traîne installée pendant la durée de la petite croisière vers l’île (3 heures de navigation) nous n’attraperons que des touffes d’algues ... Nous entrons dans un tout petit port encadré par trois épis de roches. L’intérieur est plein de voiliers et de catamarans serrés les uns contre les autres, une ancre à l’avant et deux longues amarres frappées sur un quai à l’arrière. Impossible d’effectuer la manœuvre seul ; il faudrait une annexe à l’eau pour aller sécuriser l’amarre à quai pendant que j’effectuerai une manœuvre en marche arrière avec Meng à l’ancre pour me donner du mou, le tout sous ce vent fort transversal. Je renonce à tenter quoi que ce soit sans aide. Nous ressortons du port et jetons la pioche à l’extérieur ; c’est vite très inconfortable car le vent nous positionne exactement perpendiculaires à la houle du large. Le bateau se met à rouler fortement... il me faut retourner au port en annexe pour tenter de trouver une solution pour pouvoir s’amarrer à l’intérieur. Après un entretien avec Alex, le maitre du port, nous pourrons nous mettre à la place d’une barge qui est supposée partir vers 18 heures, ensuite nous nous positionnerons à la place de deux monocoques de location qui doivent partir le lendemain. Mais la barge ne décolle pas avant la nuit et nous passons par voie de conséquence une nuit très inconfortable à l’extérieur du port. Le lendemain matin nous sommes à l’intérieur avant tout le monde ; il y a 5 catamarans qui attendent tout comme nous à l’extérieur. Nous sommes à peine ancrés que déjà les autres se ruent à l’entrée, motivés pour la plupart par une très mauvaise nuit. Un Allemand sachant à peine manœuvrer son cata de location, est à deux doigts de me rentrer dedans ; il me faut intervenir, les deux jambes sur sa coque et mes deux bras en appui sur la mienne pour tenter d’éviter l’accrochage. Je lui crie en anglais que si il continue dans ce registre de manœuvres, je vais me fâcher. Il repart mais cette fois-ci, nous levons l’ancre et préférons attendre que la place se libère pour nous replacer. Finalement, un monocoque s’en va et la manœuvre d’ancrage s’opère sans problème, il faudra, l’annexe de nos amis sud africains pour aller frapper très loin une amarre sur un arbre du quai, et deux autres annexes de voisins bien intentionnés pour pousser le voilier contre le vent afin que ma marche arrière puisse nous insérer  dans l’espace très restreint qui nous a été alloué sans me vautrer sur le bateau d’à-côté. Après quelques millilitres d’adrénaline produits sous stress intense et quelques gouttes de sueur, nous sommes enfin installés dans cet abri. C’est calme et l’ambiance est bon enfant. Nous avons bataillé contre le vent pour nous installer dans une position moins qu’évidente sous le regard un peu blasé et parfois moqueur des habitants de cette île, habitués semble t-il, au spectacle rocambolesque de ces atterrissages quelquefois complètement ratés. Nous découvrons nos voisins eux aussi sud africains avec lesquels nous sympathisons également. Décidément, les ressortissants de ce pays semblent bien s’entendre avec nous.
Nous passons 4 jours à nous balader à pied ou bien à vélo ; pour Meng il faudra louer un gros tricycle... et encore, j’ai bien cru que nous ne dépasserions pas le quart de kilomètre depuis l’endroit où nous avons perçu les vélos. Mais elle fini par prendre l’engin en main et nous découvrons l’île dans toute sa beauté. Julie, que nous avons installée sur des coussins dans un gros panier métallique à l’arrière du tricycle, s’endort au bout de quelques minutes. Moi j’ai Carmen sur une chaise située sur la barre du vélo entre le guidon et la selle ; je lui fais faire quelques pointes de vitesse dans les descentes ; elle s’éclate. Les paysages sont magnifiques mais les plages restent difficiles. L’eau est maintenant suffisamment froide pour ne pas nous encourager à la baignade et le vent souffle avec force levant des rouleaux inhospitaliers. Nous partageons de très bons moments avec nos amis sud africains ; ils viennent de Durban. Cependant, il se lit sur leur visage une tristesse indéfinissable, ils ont pourtant trois filles absolument magnifiques : Jessica, 15 ans est une petite jeune fille superbe de beauté, puis il y a Victoria, pétillante d’intelligence qui nous adore et enfin Geneviève qui à 7 ans, toute blonde, est belle comme ses sœurs. Nous apprenons de la bouche de Jessica que leur famille comptait en fait quatre enfants ; leur sœur âgée de 9 ans est décédée il y a 3 mois, d’un cancer. Nous n’abordons pas ce sujet et tentons de projeter ce que nous avons de plus chaleureux en nous. Puis tous les vacanciers repartent. Nous restons une matinée seuls au milieu du plan d’eau maintenant désert, mais il me faut plonger pour vérifier l’état de la quille car nous avons talonné plusieurs fois sous l’action de la marée basse. Théoriquement le bateau s’est posé sur du sable. Mais je vais quand même voir. Et ce que je vois ne me plaît pas du tout. Je suis contrarié par les égratignures que je découvre sous la quille ; quelques unes d’entre elles ont atteint la fibre de verre ; merde ! Ma foi, je me fais une raison, mais décide de partir le jour même alors que nous voulions rester un peu plus longtemps. Nous levons l’ancre dans l’heure qui suit et faisons route vers Beau Vallon au nord de Mahe. La petite traversée se pratique sans encombre et nous permet même de capturer un joli thon aux nageoires jaunes. Il pèse aux alentours de 7 kg. Meng, évidemment est très heureuse à la perspective de préparer le poisson. Nous arrivons à 20 heures dans la grande baie et passons une bonne nuit malgré le roulis et les fortes rafales de vent qu’accélèrent les pans abruptes de la montagne en face. La baie est sympa, car l’atterrissage en annexe est possible. Nos enfants se régalent dans l’eau où leurs parents de plus en plus frileux s’aventurent de moins en moins. Nous observons les énormes tortues qui végètent dans un petit enclos puant, près d’un des hôtels de la plage. Carmen et Julie ne se lassent pas de leur offrir les feuilles vertes disposées tout autour à cette intention. Elles observent la mastication lente et méthodique de ces êtres préhistoriques sur lesquels le temps ne semble pas avoir eu d’effet. Les monstres ventrus se traînent lourdement dans la boue de leurs propres excréments tendant leur long cou vers les petites mains de mes filles. Leurs yeux chassieux n’expriment rien ou peut être, une double détresse ; celle d’être à la fois prisonnières des hommes et de leur propre carapace. Nous quittons cet endroit rapidement car les moustiques attirés par la vermine ambiante pullulent. De retour au bateau, nous nous préparons à accueillir Henry et Touk ; ils vont déguster le thon avec nous. Leur bateau se trouve à Victoria. Nous discutons des stratégies possibles pour atteindre Madagascar ou bien Mayotte. Le voyage est pour dans deux jours pour eux. Pour nous, une bonne semaine est encore nécessaire afin de recevoir les pièces manquantes pour les deux ST 1000 que nous possédons. La traversée vers Mayotte est difficile à cause du vent fort et de la mer importante qui règne dans ces parages ; de plus, l’angle du vent par rapport au bateau est très proche du pré serré avec tout ce que cette allure comporte comme inconvénients. Le bateau travaille durement et les équipages souffrent. Kind of Blue nous rejoint à Beau Vallon, après une soirée de détente, ils partent le lendemain pour Madagascar. 5 jours plus tard, ils devront faire demi-tour pour cause de rupture de leur bas hauban bâbord, celui qui se trouve au vent bien sûr. Ils reviennent sur Mahe pour charger le côté du voilier encore valide. Nous sommes de retour à l’ancrage situé près d’Eden Island. Là nous utilisons gratuitement les douches de cette base nautique destinée à l’accueil des utilisateurs de bateaux de location. Pas de yacht club, mais des gens sympa qui se réjouissent de la présence de notre famille ; les douches, quant à elles, sont chaudes...
L’annonce à la radio du demi-tour de Kind of Blue fait naitre en moi la sourde inquiétude habituelle des veilles de grands départs. Je m’inquiète... Je monte dans la mature avec mes lunettes de vue pour bien inspecter le gréement et en particulier les sertissages et attaches de haubans. Tout à l’air correct sur les deux mats ; mais je ne peux m’empêcher d’imaginer le pire. Tout cela passe avec les jours qui se déroulent tranquillement. Je prépare le bateau et effectue les dernières taches ; la vidange se fait de façon impeccable cette fois-ci ; pas une goutte d’huile renversée. Il a fallu que je fasse une connerie malgré tout : je n’ai pas rempli le nouveau filtre à huile d’huile fraiche avant de l’installer sur le moteur...4 secondes au démarrage du moteur où les organes tournants n’ont pas reçu d’huile ; je ferai mieux la prochaine fois. Les filtres à gasoil sont aussi changés et le joint cardan graissé ; tout semble OK du côté de la mécanique. Je change la balancine de l’artimon dont j’ai découvert l’état critique lors de mes dernières ascensions. En mer ce n’est pas la joie ; elle est forte et le vent de 25 à 30 nœuds souffle plein sud. Pas question de partir maintenant. Je reprends contact avec ma famille car le départ est maintenant imminent.
Enfin, le Jeudi 24 Juillet 2008, une fenêtre météo se dessine a l’horizon ; décision est prise de partir le Dimanche 27 Juillet.
Papa confirme les données météo par téléphone. Nous effectuerons notre sortie demain Vendredi. Meng un peu prise de cours par la soudaineté de notre décision, envoie de multiples au revoirs par SMS. Deux mois de présence aux Seychelles nous ont liés profondément à des gens extra ; nous les regretterons. Carmen et Julie dorment, je leur ai coupé la frange dans les douches ce soir. Je pense à elles en cette veille de départ ; que les anges de la mer et des vents les protègent.
           
 



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