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Mayotte

Nous voici donc à Mayotte; tout est différent, la lumière est plus rasante et ne nous écrase pas de chaleur. Le vent a cessé de souffler. Il règne un calme et une sérénité reposante ici et nous en avons besoin. Nous effectuons les gestes habituels avec lenteur pour en savourer chaque instant. Je prépare le dinghy et Meng range l’intérieur. Le bateau ne bouge plus ; c’est toujours grisant cette immobilité après des jours de navigation. Nous effectuons nos formalités d’arrivée à la capitainerie du port, puis les douanes et enfin l’émigration. Ici, personne ne nous questionne. Je suis Français, Meng est Singapourienne, elle fait partie des pays d’où aucun danger n’émane. Notre entrée est enfin faite sans le moindre problème à part peut être le fait que personne ne savait où se trouvait le bureau de l’émigration. Avec la fatigue de ces derniers jours, je commençais déjà à m’impatienter...
Nous retournons au bateau non sans avoir acheté des morceaux de poulets appétissants cuisinés au barbecue par une Mahoraises au visage barbouillé par une sorte de protection à base de sciure de bois et d’eau. Cela est supposé leur donner une peau douce. Nous apprendrons à nos dépends un peu plus tard, que ces morceaux de poulets ne sont pas toujours propres à la consommation. Enfin une bonne nuit de sommeil ; nous sommes tous heureux de nous trouver ici.
Les jours suivants se passent paisiblement à la recherche des éléments qui vont nous permettre de renflouer le garde manger et de réparer les petits bobos qu’a subit le bateau durant le voyage. Mais je me rends vite à l’évidence ; cela ne sera tout simplement pas possible. Il n’y a presque rien ici pour réparer. Notamment la jonction pont/coque a besoin d’une section en acier inoxydable de 2 mètres de longueur ; à ma grande surprise,  ce matériau n’est pas disponible à Mayotte et ainsi de suite pour de nombreux autres articles. Je m’attaque à la réparation du palier de rotation de la mèche de safran situé dans la crapaudine ; le jeu semble important car les chocs induits par les vagues durant la navigation sont alarmants. Une première plongée en apnée suggère qu’il s’agit bien de ce palier car le bas du safran bouge quand j’imprime des efforts dessus à la main. Mais là encore, la structure de l’opération de sortie et de remise à l’eau du voilier est tout simplement inadaptée à mes besoins. Il faut faire venir une grue payée d’avance 1600 euros, espérer qu’il y aura au moins 4 bateaux à sortir pour partager la somme qui s’élèvera déjà à près de 800 Euros, juste pour une sortie !!! Ensuite il faut prier de nouveau pour qu’il y ait au moins la même quantité de bateaux à remettre à l’eau, sinon, il faut attendre de 15 jours en 15 jours, dates auxquelles les marées sont suffisamment importantes. Une structure donc à géométrie variable qui finit par m’épouvanter au point de ne plus en dormir la nuit. Finalement je décide de soulever le safran de l’intérieur du bateau avec un système de poulies. Je réussis à le décoller de 15 mm ce qui me permet en plongeant de découvrir l’état réel du palier. Je suis tout de suite rassuré car la mèche de safran de diamètre 25 mm à cet endroit ne présente aucun signe de corrosion ou d’électrolyse, et le jeu apparaît en fait mesurer seulement de 1 à 1,5 mm ; pas de problème pour continuer. Nous poussons un immense soupir de soulagement. Alors que nous pensons déjà à explorer la lagune autour de l’île avec notre bateau, une famille de navigateurs est sauvagement attaquée au sud de Mayotte ; des noirs armés de couteaux et de machettes, les attaquent en jetant des pierres sur eux y compris les deux enfants : le père subit une fracture de la mâchoire et sa fille s’en tirera avec une fracture de la jambe avec déplacement des os. Les enfants ont été tenus en otage pendant que le père était emmené en pirogue jusqu’au bateau au mouillage dans cette même baie. Ils ne sauront voler que deux ordinateurs portables (dont un inopérant), et un caméscope. Le reste demeure miraculeusement sur place car la mère de famille restée à bord explique que les appareils électroniques montés sur le panneau de la table à carte, déclencheraient une alerte générale car ils sont reliés par satellites aux PC de gendarmerie de l’île !! Ils ont gobé et sont repartis très vite non sans avoir explosé l’annexe de cette famille à la machette et volé le moteur hors bord. Un mois plus tard, l’enquête n’a toujours pas avancé ; ces malfaiteurs courent toujours.
Pour nous, c’est une douche froide car nous réalisons soudain que la relative sécurité dont nous jouissions jusqu’à présent, s’effrite au fur et à mesure que nous nous approchons de l’Afrique. Nous interrogeons de nombreux navigateurs sur l’ambiance qui règne à Madagascar ; peut être notre prochaine étape, mais là encore, la compilation des témoignages recueillis nous amène à y renoncer. Nous prenons cette décision alors que certains nous encouragent à y aller ; comment traverser l’Océan Indien sans découvrir Madagascar ? Voilà une notion qui nous relègue dans le camp des poltrons sans c... Pourtant, je crois qu’il faudrait tous prendre la décision d’éviter ce pays et pour plusieurs raisons.
D’abord, le sexe se vend bien dans ce pays ; les familles pauvres, (et elles le sont presque toutes) poussent leurs filles vers des blancs de toutes formes et de tout âge afin d’en extraire une subsistance facile mais tellement répugnante dans le concept.
Ensuite, la corruption franchement affichée existe à tous les niveaux ; du simple pseudo gardien qui va organiser le pillage du bateau dont il aura la charge, au policier véreux qui ne lèvera pas le petit doigt en passant par les magistrats ravis de s’occuper de la moindre affaire impliquant des « vasas » (blancs de passage). Toutes les aides internationales sont détournées dans les poches de ceux qui n’en ont pas forcement la première nécessité. Ca sent l’arnaque à plein nez et je rencontre ceux qui se complaisent dans ce bourbier où la loi n’existe pas. Certains parviennent même à s’en enfuir non sans avoir eux même roulé dans la farine de pauvres bougres que la notion de service offert par un blanc à Madagascar avait séduits.
Alors oui, apparemment, il est possible d’y séjourner à condition de se dépouiller de tout ornement y compris une montre, à condition de ranger tout ce qui se tient d’ordinaire à l’extérieur sur le pont, à l’intérieur de la cabine ; sympa de devoir manger dans le carré avec moteur hors bord, nourrice pleine d’essence, par battages, matériel de sécurité divers etc. sous les pieds. Très difficile de jouir de l’île lorsque de l’on se demande si le bateau n’est pas en train de recevoir la visite de quelques truands sans scrupules etc. La liste n’en finit pas et les menus larcins comme les attaques plus sérieuses, en font bien sûr partie.
Non merci, nous renonçons définitivement à ce soi-disant paradis terrestre.
 Reste à découvrir Juan de Nova lorsque nous partirons ; là, il est interdit de s’arrêter car les militaires français s’y trouvent, mais nous tenterons quand même l’expérience car là au moins, c’est beau, et c’est sécurisé. Ensuite nous nous dirigerons vers l’Afrique du Sud, un autre foyer glauque où la pestilence du crime presque gratuit gangrène les rues de ses villes. Au moins, les marinas semblent être protégées. Les témoignages recueillis au fil de nos rencontres avec nos amis Sud Africains nous glacent d’effroi. L’un déplore la mort de sa mère exécutée dans sa maison à Durban par sa femme de ménage aidée par le jardinier du voisin !!! Une mort calculée de sang froid pour quelques bijoux. Une autre amie nous raconte comment son frère s’est miraculeusement sorti vivant d’une attaque à l’arme au poing alors qu’il s’était arrêté à un feu rouge ; un noir lui a tiré une balle dans la tête à bout portant. Le projectile a pénétré la base du cou et est ressorti par la joue droite sans toucher aux parties vitales du cerveau...Tout ça pour une voiture. Un ami rencontré à Mayotte nous raconte comment il s’est retrouvé encerclé par 7 noirs à Durban avec un couteau sous la gorge ; il s’est fait dépouiller sans perdre la vie ; les anges l’ont aidé ce jour là...etc. etc.
Nous tenterons de passer au travers en demeurant à distance des zones dangereuses, même si cela signifie demeurer 24h sur 24h à l’intérieur des marinas.
Mais je me projette peut être prématurément dans le futur ; pour l’instant nous sommes à Mayotte et nous découvrons le club nautique. Le président s’appelle Rémi ; il est charmant. Il y a là un bar, deux cabinets de toilettes, deux douches froides payantes (nous verrons le tarif passer de 80 centimes à 10 centimes ; peut être un encouragement pour certains à se laver plus souvent !!), une table de ping pong et une dizaine d’optimists forment l’ensemble des installations sportives du club ; j’ai battu le grand Cador du tennis de table du club qui m’a demandé de ne pas en parler, réputation oblige, la rencontre a eu lieu tôt le matin sans témoins...
Le tout est disposé sur une dalle de béton entouré d’une terre marron poussiéreuse. Les petites jouent avec des jouets crasseux disposés à l’intérieur d’une cantine militaire ; elles se pourrissent totalement les vêtements et tout le reste chaque fois que nous y allons soit pour prendre une douche, soit pour faire de l’eau avec les jerricans d’eau potable (80 centimes pour 100 litres). Nous partons faire quelques tours en ville en traversant le petit bras de mer qui nous sépare de Mamoudzou grâce à de grosses barges. Il y a 11 ans mes parents s’étaient fait harponnés brutalement durant la nuit par une barge menée par un équipage de marins d’eau douce en état d’ébriété avancé. Heureusement, la STM n’avait pas fait de problèmes pour rembourser les frais de réparation. Tarenne, le voilier familial construit par mon père avait repris sa route avec deux semaines de retard vers l’Afrique du Sud. Nous suivons une trajectoire imaginaire parallèle à celle de mes parents. Comme j’aurais aimé naviguer avec eux, si seulement le temps pouvait se contracter et permettre ce genre de rapprochement... Nous serions ensemble à partager une belle aventure côte à côte. Nous débâterions des routes possibles à suivre, et nous passerions de fabuleux moments dans nos cockpits respectifs. Seulement voilà, je n’ai pas encore appris à maitriser cette composante de l’espace temps. Ces moments de rêve éveillé demeurerons à jamais enfouis au fond des tiroirs poussiéreux de mon imaginaire à la rubrique frustrante de ceux que je n’aurais pas réussi à réaliser. La vie s’écoule tranquillement à Mayotte au rythme ralenti de la population ; ici, on ne s’échine pas au travail. Le stress semble inexistant, absorbé peut être par une nonchalance de toute circonstance. Au registre des contacts humains, et au contraire de nos escales précédentes, nous ne parvenons pas à établir de véritables contacts avec les Mahorais. Seules quelques femmes nous accordent de brefs moments d’attention encouragées peut être par la vitalité communicante de nos petites filles. Les hommes restent à l’ écart et ne semblent pas nous porter en haute estime. Nous nous attendions naïvement à plus de chaleur car enfin, ces gens ont voté massivement pour le maintien de Mayotte au sein des territoires de France. Dans la réalité quotidienne, nous sommes tolérés avec dédain et sans la moindre effusion de reconnaissance. Pour le moment, nous côtoyons régulièrement les propriétaires américains du voilier « West Wind ». Malgré quelques stigmates propres à leur façon de vivre : démarrage d’un générateur portable deux fois par 24 heures pour une durée totale de 6 heures. Installé sur le pont, cet instrument vital au maintien d’un niveau de confort culturellement important, représente une torture dont l’entourage s’accommode en grinçant des dents. Malgré cela, ils demeurent charmants. Voilà un bon résumé de l’Amérique contemporaine : De charmants pollueurs ! Randy et Carole sont donc originaires de l’état de l’Alaska. Au fil de nos rencontres, je me rends compte combien cet homme est remarquable. Sa vie est une cascade d’aventures orchestrée par une volonté et une ouverture d’esprit peu communes. Ensuite, ses talents et compétences induites, acquises au cours de diverses formations, l’ont projeté sur les chemins d’une vie extraordinaire. Pilote à 16 ans, il convoie de vieilles rognes à peine capables de voler en sillonnant l’espace aérien des Etats Unis. Il dirige ensuite la grosse boulangerie de son père. Là, il fait la rencontre inattendue d’un ‘’serial killer’’, un de ses boulangers prenait son pied à descendre de jeunes prostituées qu’il avait attiré dans les sous bois, avec un arc et des flèches. Il violait ensuite les corps sans vie et les enterrait pour les violer de nouveau une semaine plus tard. Une cartographie exacte de l’emplacement de tous les corps qu’il avait enfoui permit de le confondre !! Cette technique ressemble un peu à la façon dont les grands ours bruns d’Alaska tuent leurs victimes. Car des ours, Randy en a côtoyé quelques uns dans les forêts du Nord. Je me régale à l’écouter décrire comment ces ours attaquent un homme ; en général, il vous amoche correctement de quelques baffes griffues ou d’un coup de mâchoire à la tête. Si l’on est encore vivant il reste encore une petite chance de s’en sortir, il faut alors feindre d’être mort. Ensuite, il vous recouvre de branchages et attendra une bonne semaine avant de vous dévorer car ils aiment la viande molle en état de décomposition avancée. Ces témoignages lui sont parvenus de rescapés de ces attaques à qui il a sauvé la vie. En effet, Randy devint ‘’paramedic’’ après son expérience de boulanger. Il fit son internat dans un hôpital de Détroit. Il fallait se faire escorter par la police pour aller chercher des moitiés morts d’overdoses ou de combats de rue dans certains quartiers de la ville car on leur tirait dessus !! Embauché par une grosse compagnie pétrolière basée, comme toutes les autres, au nord de l’Alaska dans la ‘’Prudo bay’’, il s’occupa pendant une quinzaine d’années de toutes les urgences médicales. Ceci lui fit découvrir un autre monstre des contrées de glaces : l’ours polaire. A l’opposé de son confrère brun, l’ours blanc vous dévore immédiatement car la chair se solidifie sous l’action du gel ; eux aussi aiment la viande molle ! Avant cette période de glace il s’était lancé dans le développement immobilier devenant millionnaire, puis perdant presque tout etc. Plongeur expérimenté, il me donne ma première leçon grâce au matériel que j’avais acheté d’occasion sans jamais avoir eu l’opportunité de m’en servir faute de professeur. Randy plonge même dans la glace !! Sa description de la vie quotidienne dans le grand chalet familiale qu’il a construit de ses mains relève aussi de l’aventure aux extrêmes. En Alaska, l’ennemi No 1, c’est le froid ; la moindre erreur, et c’est la mort dans la demi-heure. Je l’écoute avec beaucoup d’attention et me régale de ses histoires venues d’ailleurs. En Alaska, les voitures démarrent à l’approche de l’hiver, et ne s’arrêtent de tourner qu’au début de l’été quand les températures permettent de relancer le moteur. Il ne faut pas se fier au kilométrage du véhicule pour l’acheter d’occasion dans ces parages.
Mais revenons à Mayotte où les températures avoisinent les 29 degrés Celsius. Si du côté des Mahorais, les contacts sont quasi impossibles, ceux que nous tentons avec les navigateurs locaux sont aussi difficiles. Notre façon d’être ressemble peut être un peu trop à celle des Anglo-saxons. Nous nous exprimons en anglais, notre annexe et moteur sont propres et bien rangés, notre bateau est astiqué et la coque est propre. Est ce un comportement typiquement anglo-saxon ? Je ne sais pas vraiment car il existe de nombreux Français organisés et propres, mais nous sentons un fossé qui nous sépare d’un groupe de voiliers miteux, plantés là, soit sur des ancres fossilisées dans le sable ou des corps morts qui portent bien leur nom. La rouille pisse le long de coques aux peintures délavées qui ne ressemblent plus à rien. Les ponts sont encombrés de toutes sortes de trucs recouverts plus ou moins de bâches à moitiés pourries. Des types plus ou moins propres, plus ou moins sobres, vont et viennent sur des annexes pathétiques propulsées par de tout petits moteurs de 2 chevaux. On nous observe au yacht club sans chercher à nous contacter. Il y a pourtant quelques familles avec de jeunes enfants. Nous tentons une approche près d’un joli bateau en acier de fabrication amateur. J’ai bien sûr un grand respect pour ceux qui choisissent de fabriquer eux même leur voilier. L’homme est sur son pont et arbore, malgré un crane bien dégarni, une belle et longue queue de cheval. Avec un grand sourire, nous lui demandons depuis notre annexe, si nous pourrions leur rendre une petite visite. ‘’Pas aujourd’hui’’ fut sa réponse complétée d’un ‘’je vous ferai signe quand le bateau sera prêt’’. Nous n’avons jamais été invités et ils ne se sont jamais arrêtés près de Constante. Heureusement, la famille qui habite sur Pollen : Thierry, Cathy, leur fils Logan 10ans et Nahelou leur petite fille de 7 ans, se montrent, passé le traumatisme de leur agression (c’est la famille dont j’ai parlé plus haut attaquée par des noirs), très sympathique. Nous rencontrons aussi une famille vivant sur Grande Terre ; lui s’appelle Jean-Christophe ; il est vraiment pétri de gentillesse et allie de grandes qualités athlétiques (championnat de France de natation, équipe espoir pour la sélection aux jeux olympiques) avec de grandes qualités humaines. Elle, Claire, est toute aussi charmante voire pétillante ; médecin radiologue de formation, elle élève avec son mari, trois enfants : Guillaume, Romain et la toute dernière, Blanche trois ans. Nous passons de très bons moments ensemble. Ils nous font découvrir la plage de Ngoujat avec les Makis, sorte de Lémuriens avides de bananes. Ils nous les prennent même en venant sur nos épaules. Sur la plage, nous avons la chance extraordinaire d’assister à l’émergence d’une centaine de bébés tortues. Elles apparaissent à trois mètres de notre serviette de bain pour se diriger ensuite vers la mer. Cette fois-ci, aucun prédateur ne s’en régalera avant le grand plongeon car nous formons avec de nombreux autres vacanciers présents ce jour là sur cette plage, une véritable haie d’honneur. Pourtant, seule une tortue atteindra statistiquement sa maturité. Ensuite, Jean-Christophe et moi effectuons quelques apnées dont une au fond, à 21 mètres. La situation se détend, nous commençons à lier des relations amicales et chaleureuses avec plusieurs navigateurs et notre entourage de terriens. Le climat est doux ; nous nous sentons de mieux en mieux à Mayotte. La nourriture, bien que chère, est excellente. Le 23 septembre, nos amis du voilier Par Par décident de nous rendre visite à Mayotte. Ils viennent de Madagascar. Quelle joie pour nous car nous apprécions beaucoup Henry et Tuck, une adorable Thaïlandaise que les enfants aiment. Nous les avons rencontrés aux Chagos pour la première fois. Nous les accueillons avec l’annexe à 1 mile du mouillage. Carmen est avec moi, et vers 18 heures, nous les guidons vers un corps mort libre. Rendez vous est pris pour manger à bord de Constante vers 20 heures. Entre temps, nous avions été invites par Alain et Françoise sur leur voilier en aluminium, Globe. Nous passons un excellent moment avec eux. Leur épopée est fabuleuse ; élever un enfant sur le bateau dans les eaux froides de l’Alaska, la Géorgie du Sud en passant par le cap Horn etc. Encore des marins d’exception.
De retour au bateau nous accueillons Henry et Tuck ; c’est la joie et l’euphorie des retrouvailles. Nous parlons et échangeons nos expériences jusqu’à une heure du matin et nous nous endormons heureux de vivre. Dans la nuit, je me lève pour fermer les écoutilles car le vent du nord s’est levé, et il pleut. Un clapot formé par le fetch important du lagon tambourine sur la coque. L’éolienne ronfle aussi, mais au matin du 24 Septembre, tout est rentré dans l’ordre ; le ciel est bleu, la mer est plate et... notre annexe a disparu !! Stupeur et consternation ! Nous contemplons stupidement l’endroit où se trouvait l’annexe sur ses bossoirs. Maintenant, il ne reste que les moignons de câbles rendus mous par l’absence obstinée de ce qui fut l’une des pièces vitales de notre voyage. Elle est partie, et avec elle, le moteur 9,9 Yamaha, la nourrice pleine d’essence et sa housse de protection. Nous sommes seuls sur le pont Meng et moi, les enfants jouent et ne se soucient pas le moins du monde de cette perte et de ses conséquences. Ces hommes sont montés à bord, ont actionné le mécanisme de mise à l’eau et ont tout tranché pour partir avec l’annexe. Heureusement, nous n’avons rien entendu, car si j’étais sorti durant leur présence, l’issue aurait pu être très incertaine voir dramatique. Nous sommes sonnés et immensément déçus. Mon cœur se resserre tandis que défile dans ma tête la somme impressionnante des heures de travail que j’ai fourni pour préparer, réparer et entretenir cette annexe ; moteur entièrement démonté sur le ponton de la marina à Singapour et complètement reconditionné, un filtre décanteur installé sur le tableau arrière afin de fournir une excellente qualité d’essence à cette mécanique fragile. Je revois les recollages des boudins sur la coque en aluminium ; des heures à préparer les surfaces, frotter, nettoyer, poncer, re-nettoyer, etc. J’ai mal pour notre annexe que nous avions appris à aimer et qui nous le rendait bien.
Les amis nous aident. Patrice de Ylang Ylang nous prête une grosse annexe rigide en plastique rouge avec les rames adaptées. Les avis convergent sur le fait que nous retrouverons au moins l’annexe :’’ca ne les intéresse pas, seul le moteur constitue l’objet de leur convoitise’’. Mais malgré des heures à passer la mangrove environnante au peigne fin, l’annexe ne réapparaitra jamais. Nous savons aujourd’hui que l’aluminium de la coque a certainement été découpé et fondu pour en faire des poêles et cocottes. Le moteur est certainement parti sur l’ile voisine d’Anjouan. Nous déposons plainte auprès de la citadelle flambant neuve de la gendarmerie à Pamandzi, mais, en pure perte ; rien n’aboutira, comme le reste des délits dont nous avons été témoins durant notre présence à Mayotte. Les conséquences financières sont désastreuses pour notre budget. Le ship local appelé ‘’gros mérou’’, nous fait une offre : 5999 Euros pour un matériel similaire !! Le propriétaire s’appelle Alain Tellier. Je ne sens pas la moindre once de sympathie dans sa voix, il devint même presque méprisant quand je lui demandai du matériel d’occasion, notre bourse étant limitée ; ‘’encore un voileux pouilleux sans le sou qui vient m’importuner’’. Mon cœur se resserre encore plus. C’est vrai, il serait plus facile d’être assuré ou d’avoir plus d’argent, mais... y a pas de mais, circulez, au suivant.
Nous ramons, l’air sombre, silencieux. Nos esprits sont hantés par le spectre de ces cafards à forme humaine qui n’ont pas hésité à nous dépouiller malgré la présence de nos enfants à 50 cm de leurs agissements criminels. ‘’Elle était trop bien ton annexe...’’ me dit-on, comme pour railler ma tendance à la propreté et aux choses bien faites. Le côté obscur de Mayotte m’apparaît soudain aussi clairement que la baffe que nous venons de recevoir en plein visage. Personne n’osait vraiment nous prévenir, peut être parce que tous les autres étaient hors de danger. Je comprends maintenant pourquoi les autres bateaux présentent des allures quasi minables et pourquoi les annexes sont petites, rigides en bois ou fibre non peinte avec des tout petits moteurs poussifs pétaradants leur mauvaise santé sur la surface du mouillage. Les témoignages affluent en réponse à mes questions. Pas un membre du yacht club n’a échappé au vol à un moment ou à un autre. J’élargis ma recherche aux personnes vivant à terre ; le constat est pire. La fréquence des cambriolages est incroyable ; ils n’épargnent personne. C’est la stupeur. Les gens vivent ici avec la certitude fataliste qu’un jour, ils seront victimes d’une agression. Pourtant, la violence accompagne de plus en plus souvent le larcin banal. Le malheureux propriétaire de la maison des livres à Mamoudzou en est un exemple criant ; trois moteurs hors-bord volés en trois ans à bord de son voilier et un cambriolage chez lui, à terre avec une agression à coups de parpaing sur la tête qui le laissa entre la vie et la mort pendant une semaine. C’était il y a 4 mois ! J’interroge les gendarmes des vedettes rapides de la police aux frontières et de la gendarmerie maritime qui m’avouent se faire eux-mêmes voler des moteurs hors bord et subir des cambriolages à leur domicile personnel ; un comble ! Je décide d’écrire une lettre au préfet de l’île et, sur les conseils de mon père, au président de la république française, Nicholas Sarkozy et à Mme Aliot Marie au ministère de l’intérieur. La voici :
 
Voilier Constante                                                                  A Mayotte le 28 sept. 08
 
 
 
                                                                                  Mr IBANEZ Franck
                                                                                  Voilier Constante
                                                                                  À
                                                                                  Monsieur Nicolas SARKOZY
                                                                                  Président de la république Française
                                                                                  Palais de l’Elysée
                                                                                  55 rue du Faubourg Saint Honoré
                                                                                  75008 Paris
                                                                                 
 
 
Objet : Insécurité à Mayotte
 
 
            Parti de Singapour avec ma famille (épouse et deux fillettes de 4 et 3 ans) à bord de notre voilier, j’ai quitté cet état où je travaillais, pour rejoindre mon pays, la France. De passage à Mayotte, j’ai été victime d’un vol d’équipement par effraction. Alors que nous dormions, dans la nuit du 23 au 24 Septembre, des malfaiteurs sont montés à bord, ont actionné (section des drisses) le mécanisme de mise à l’eau de l’annexe équipée d’un moteur hors bord (9.9 CV) et se sont enfuis dans la plus grande discrétion. Au petit matin, c’est avec stupeur et consternation que nous avons découvert l’emplacement vide du canot. Ce dernier est l’un des moyens vitaux de notre sécurité pour le programme de notre circumnavigation. Après information, il s’avère que les agressions sur l’île de Mayotte sont en constante progression et atteignent un niveau inquiétant de criminalité.
 
            Il y a quelques jours, sur la plage appelée Saziley, une famille de navigateurs a été sauvagement agressée par des hommes de couleur. Cependant que les deux enfants étaient gardés en otages sur la plage, le père a été contraint d’accompagner ces criminels jusqu’au voilier pour le piller. Il endure une fracture de la mâchoire et a nécessité cinq points de suture au visage. Sa fille âgée de 7 ans souffre d’une fracture du tibia. Ces assassins courent toujours à ce jour. Le traumatisme subit par cette famille est inqualifiable. De sources insulaires, chaque jour des cambriolages par attaques quelquefois d’une sauvagerie à peine soutenable  se perpétuent. L’exemple de cet homme d’affaire Français résidant à Mayotte depuis 22 ans, attaqué à coups de parpaings dans sa demeure pour se faire piller, confirme cette violence. La fréquence des vols et agressions sur les propriétaires de bateaux locaux ou de passage est telle, qu’à la suite de ma déposition, les gendarmes ont parfaitement su m’expliquer, qui, comment, où et pourquoi ils sont commis. Est ce donc une volonté politique, dont je ne saisi ni les tenants, ni les aboutissants, qui plonge l’appareil exécutif de l’île dans une torpeur incompréhensible face au niveau d’agressions atteint ? Est ce un manque de moyens ou de compétence ?
 
 Au ponton de la marina locale, des vedettes rapides flambant neuves de la gendarmerie nationale, de la police, de la police aux frontières, de la douane ainsi que des bâtiments plus lourds de la gendarmerie maritime dressent fièrement leur étrave puissante en forme d’avertissement contre les agissements d’éventuels malfaiteurs. La présence de la gendarmerie est importante dans les rues et les transports en commun comme les barges de transport public. La colline qui surplombe la baie, abrite même un régiment de légionnaires
 
Et pourtant, Mayotte est gangrenée par une pègre rampante que rien ne semble pouvoir ni même vouloir inquiéter. En deux mois de présence, je n’ai jamais vu un bateau du maintien de l’ordre effectuer la moindre ronde de surveillance à l’intérieur du mouillage où se trouvent des dizaines de bateaux. Il faut enchainer, cadenasser, souder et verrouiller ce que nous avons eu tant de mal à acquérir. Nous en sommes même réduits à monter la garde à tour de rôle la nuit venue pour tenter d’écarter le risque d’une nouvelle agression.
 
La force tranquille et la puissance sécurisante de mon propre pays, la France, ne sont que valeurs usurpées sur cette île ; elles n’existent pas dans les faits.
Nous voulions éviter Madagascar où bien les côtes de l’Afrique de l’Est classées sur une liste de destinations touristiques dangereuses par mon gouvernement, mais c’est dans un piège que nous sommes tombés à Mayotte.
 
            C’est pourquoi j’ai l’honneur d’appeler votre attention sur cette dérive criminelle qui porte atteinte à la crédibilité de la France et qui est dommageable au tourisme de l’île. Être pauvre ne donne pas droit à l’agression et au manque de respect à autrui. Faire preuve de mansuétude à ce type de comportement, c’est accepter de disparaître lâchement. Il vous appartient d’apporter la solution que vous jugerez la plus appropriée. Plus de fermeté dans l’immédiat et un désengagement de ce territoire qui ouvre la porte à la délinquance, au crime et au terrorisme seraient salutaire à notre pays.
             Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République à l'expression de mes sentiments respectueux.
 
Dans le même temps, j’alerte les sites Web anglo-saxons comme noonsite.com ou sailtheworld.com ; ma lettre en anglais sera publiée intégralement. J’affiche aussi la lettre en français sur le panneau du yacht club et, fait intéressant, un petit groupe de membres désapprouve et finit même par la retirer de l’affichage ! J’y reviendrai. En attendant, la vie reprend son cours. Les enfants n’éprouvent aucune peine vis à vis de feu notre annexe et s’accommodent très bien de la nouvelle barge en plastique sur laquelle je joue des avirons. Un moniteur de voile affilié au club me propose de l’accompagner avec l’un de ses amis pour aller pêcher au fusil harpon sur le tombant extérieur du lagon. J’accepte avec joie. Il y a Loïc et Guillaume ; deux pros de ce genre de pêche. Le zodiac est recouvert d’un tapis de jardin vert pour protéger les boudins de l’annexe quand un gros poisson aux caudales dangereuses est remonté à bord ; il s’agit du fameux ‘’pélagique’’ comme les pros appellent la catégorie de poissons dans laquelle ils pêchent. On est loin du petit sar de Méditerranée. Ca promet ! Une fois à l’eau, je dois me rendre à l’évidence ; j’ai encore une bonne marge de progression par rapport à ces gars là. Ils possèdent des fusils énormes à trois tendeurs, la flèche à pointe détachable après impact est reliée à une bouée en surface par un fil flottant de 35 mètres de long. Les palmes sont en fibre de carbone et développent une belle puissance. Chaque apnée est impressionnante tant en profondeur qu’en durée. Je les vois disparaitre dans l’abîme bleu foncé de l’océan, puis ils remontent tranquillement alors que j’étais sur le point d’alerter les secours, les croyants à l’agonie, coincés sous quelque branche de corail vengeresse. Malgré ces performances impressionnantes, Guillaume est le seul à ramener un petit mérou qu’il m’offrira gentiment. J’aurai l’occasion de ressortir deux fois supplémentaires pour pêcher à l’extérieur, mais mon matériel est trop limité et demeure dangereux à ces profondeurs sans connexion à une bouée de surface. C’est d’ailleurs à cause de cela que j’ai perdu mon premier fusil aux Chagos. Je modifierai tout ça pour mes prochaines pêches. Je me résous à pêcher en tandem avec Guillaume afin d’utiliser son fusil équipé d’un moulinet. Heureusement car le premier poisson que je ramène est un petit mérou que je tire à 18 mètres de profondeur ; il se réfugie immédiatement sous une tête de corail. Si j’avais eu mon fusil, j’aurais dû l’abandonner au fond avec beaucoup de difficulté pour le retrouver ensuite compte tenu de la mauvaise visibilité et du courant de surface qui déplace le plongeur. Je remonte la prise et m’étonne de ne point voir de requins malgré les belles prises que mes potes ramènent ensuite. Deux beaux mérous sont ainsi tirés à plus de 20 mètres !! Cette expérience me permet de franchir une marche supplémentaire sur l’échelle évolutive du pêcheur en apnée. Mais je ne m’enthousiasme pas trop car le 11 Octobre 2008, je fête mes 45 ans... Je sens bien qu’il s’agit là d’une augmentation très sensible de l’angle de descente. Il me faut deux journées pour récupérer de ces séances de chasse sous-marine. Ma vue baisse également de façon drastique ; impossible de lire ou écrire sans lunettes désormais. Bref, je vieillis à un rythme qui semble s’accélérer. Mon dos me fait souffrir de plus en plus avec des élancements dans la hanche et le long de la jambe gauche à chaque chargement de jerrican de fuel ou d’eau. Ma petite Carmen est de plus en plus lourde à porter ; conséquence inexorable de deux courbes qui se croisent : celle de son poids et celle de ma force. Meng est magnifique. Pour mon anniversaire, elle m’offre un petit tour en ULM, l’occasion pour moi de découvrir Dzaoudzi par la voie des airs. Je suis un peu triste cependant d’avoir été le seul à jouir de ce bref moment de plaisir aérien. Je me sens tellement proche de ma petite famille que j’ai l’impression de la trahir en ne partageant pas ce vol avec elle ; mais un ULM, c’est trop petit. Les jours passent tranquillement, nous effectuons de petits voyages à Mamoudzou sur Grande terre pour nous ravitailler. Le club nautique nous reçoit en fin d’après-midi pour la douche familiale et quelques échanges avec les gens présents.
Un Dimanche après-midi, nous sommes convoqués par l’adjudant chef de la gendarmerie. Curieux de découvrir ce qu’il me veut, nous nous y rendons. Le ton est froid, le geste sec ; ils ont reçu la lettre... Au fil de la conversation, je comprends qu’il ne cherche qu’à se couvrir car les informations, dont j’ai écrit qu’elles émanaient de la bouche même des gendarmes et policiers en activité concernant la situation à Mayotte, l’incrimine directement (comme si expliquer la vérité à des victimes relevait de la faute...). J’accepte de signer un compte rendu d’audition certifiant que ce n’est pas le jour de ma prise de déposition que les gendarmes m’ont informé (en effet ce jour là il était présent), mais plutôt après lors de conversations personnelles avec ceux qui travaillaient sur les vedettes rapides et/ou ailleurs. Apparemment, il ne serait pas de bon ton de divulguer trop d’éléments relatifs à la véritable situation à Mayotte, même si tout le monde semble savoir que tout le monde se fait ou se fera cambrioler, ou arnaquer à un moment du séjour à Mayotte. Quant au mépris et l’antagonisme du Mahorais ou Comorien envers la France, ils sont généralisés et se ressentent à tous les niveaux, mais n’en parlons pas surtout. L’Adjudant chef dira :’’ce n’est pas moi qui ai parlé’’. Discrétion ou bien volonté de dissimulation ? Tout s’éclaircit au fil des jours à Mayotte. Un délit touche une victime qui porte plainte. Scenario No1, la police fait son travail, appréhende les malfaiteurs, la justice tranche et une peine juste et appropriée est choisie ; les malfaiteurs sont condamnés et dissuadent par leur exemple ceux qui seraient tentés d’emprunter la même voie. Cela ne fonctionne, cependant, que lorsque la communauté qui forme la trame et toile de fond de cet exemple classique coopère et approuve l’élimination des crimes qui empoisonnent  l’existence paisible de leur quotidien. Mais ici, une application juste et systématique de la loi, est interprétée comme une agression ethnique dont les motivations sont racistes. Au mieux, c’est le mécontentement permanent et une adhésion officieuse aux agissements criminels pourvu qu’ils  touchent les blancs, au pire, on assiste à des soulèvements de population locale avec émeutes violentes et destruction de tout ce qui se trouve sur son passage comme cela s’est passé il y a 6 mois à Mayotte. Quelle serait la réponse immédiate à apporter ? Une intervention musclée des forces de l’ordre pour étouffer la vague dans l’œuf ? On croit rêver, non, c’est le scenario No2 qui est choisi par les autorités locales ; la non-action, l’immobilisme complet tandis que mes compatriotes détachés à Mayotte subissaient une attaque généralisée en véritable chasse aux blancs. Cela a duré une douzaine d’heures durant lesquelles nombreux sont ceux qui ne donnaient plus très cher de leur vie. Alors qu’est ce qu’on attend ? Faut-il vivre l’explosion finale qui jettera dans la haine et la jalousie des différences les Mahorais sur les Français ? (car je ne me fais guère d’illusions sur leur attachement à la France, d’où la différenciation, Mahorais / Français) Faut-il accepter de se faire dépouiller chez soi pour combler ces différences en attendant ce jour ?
Il n’y a ici que des profs, des administrateurs, des commerçants et autres civils en mission Outremer qui subissent au quotidien ce harcèlement ; voitures volées, détruites, saccagées, cambriolages, vol à l’arrachée, viols et agressions en tout genre ; personne n’est épargné. Avec eux, les forces de l’ordre qui déplorent la même situation mais qui ne peuvent rien faire.
Je ne le cache pas : nous serons très heureux de quitter cet endroit en espérant partir sans encombre et en passant au travers du rideau constant des possibles délits. D’ailleurs, le jour du départ est fixé au Lundi 25 Octobre. La marée haute s’établira à 14 heures, nous pourrons ainsi emprunter la passe Bandrelee à 15 heures, marée descendante. Nous avons déjà effectué notre plein de fuel avec 100 litres supplémentaires en jerricans installés dans le cockpit pour nous aider à passer au travers d’éventuelles zones de calmes.
Nous avons rencontré récemment au club nautique, une femme, son nom : Isabelle. Quel dommage de ne pas l’avoir fréquentée ainsi que son mari Jacques, plus tôt. J’ai rarement rencontré une telle générosité. Très engagés sur les questions de l’environnement, je me régale des conversations et échanges que nous avons avec eux pendant ces quelques derniers jours. A leur contact, je m’aperçois que la chaleur de l’amitié nous manque cruellement. Loin de nos familles respectives, l’amitié devient le liant nécessaire au bonheur de notre existence nomade. Mais ici encore, elle sera rarement au rendez-vous donnant encore plus de saveur aux instant privilégiés que nous vivons avec Isabelle, Jacques et Mitsio, leur petite fille.
Les poux, quant à eux, se sont frayés un chemin de tête en tête pour atterrir sur celle de Carmen, puis sur celle de Julie et pour finir, sur la mienne. Ce rendez-vous là, nous ne l’avons pas manqué !
Nos derniers moments à Mayotte sont magiques. Nous passons du temps avec Isabelle et sa famille. Grâce à elle et une de ses amies, Dominique, nous découvrons le cratère d’un ancien volcan à Pamandzi. La balade nous remplit les yeux d’images magnifiques. Carmen sera courageuse jusqu’au bout ; elle marche sans faiblir. Julie passera le plus gros du trajet sur mes épaules ; la chanceuse !
Le jour du départ est finalisé. Nous effectuons notre sortie et déjeunons une dernière fois avec Isabelle et Mitsio. J’ai le cœur gros car je me suis réellement lié d’amitié avec eux ; ils vont me manquer. Nous disons au revoir à tout le monde sauf aux amis de Pollen qui ne sont pas là au moment de notre départ. Au revoir Jean-Christophe, Claire et les enfants ; eux aussi vont nous manquer. Je leur souhaite bonne chance pour leur projet de catamaran.
 
 A 14heure 30, en ce Lundi 27 Octobre 2008, nous larguons l’amarre du corps mort et partons en direction de la passe de Bandrelee.
 
 
 



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