Accueil / home ConstanteLe Séjour partie 2

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Afrique du Sud partie 2

Le ciel est pur, la mer est claire dans cette marina que je découvre avec délectation. Enfin un superbe endroit. L’air n’est pas chargé d’humidité ce qui le rend cristallin. Le yacht club est moderne et bien équipé. Cela ne nous coûtera que 10 Rands par jour (1 USD) pour avoir le droit d’utiliser les douches et les locaux du club. Malheureusement, il n’y a pas d’internet disponible. Il me faudra arpenter les cybers café du coin pour communiquer. Le vent augmente durant la journée et souligne la facilité de mon atterrissage sans le moindre souffle d’air un peu plus tôt. J’établis la liste des opérations techniques à réaliser. Un petit tour du côté du chantier me ravit au plus haut degré, il y a tout ce qu’il faut pour réparer Constante ; le traveller est en très bon état et tout à fait adapté pour sortir le bateau en toute sécurité. Il y a même un ship dans l’enceinte du club dont l’employée est très mignonne et, je l’apprendrais plus tard, tout juste enceinte. Mais d’abord, il me faut prendre le train à la petite station de Simon’s town pour me rendre à Cape Town et effectuer ma clairance d’entrée ; c’est débile, mais c’est comme ça. Le petit voyage dure 1 heure durant laquelle j’observe de superbes paysages le long de la mer. Arrivé à la gare, je déambule dans un immense hall mal en point où se croisent des centaines d’Africains ; Je suis probablement le seul blanc posé là comme une mouche dans un bol de lait. Je suis sur mes gardes et balance un mauvais regard féroce à la dérobée histoire de dissuader d’éventuels petits cons désireux de se frotter à mes poings. Je me rends à pied à l’immigration, puis au yacht club de Cape Town où je retrouve Peter et Ginger de Marcy. L’endroit est plutôt sale et mazouté ; je suis heureux de me trouver à Simon’s Town. Il me faut revenir chez moi en train avant la tombée de la nuit pour éviter la sortie des cafards agressifs qui sévissent dans cet endroit. Je reviens au bateau sans problèmes. J’apprendrais plus tard que le train est loin d’être un moyen de transport sécurisé ; en fait, de nombreuses agressions se produisent régulièrement là dedans. Des gens se font proprement éjectés du wagon en route, d’autres sont tués, d’autres simplement volés. Déjà, un employé de la maison North Sail apparaît au détour d’un voilier je lui confie ma grand voile à réparer ; elle commence à montrer des signes de fatigue. Il prend aussi la trinquette pour la réparer ; tout un panneau est à remplacer, puis je lui commande une trinquette neuve. Le tout sera facturé 800 USD ; c’est tellement bon marché que je n’hésite pas un instant. La trinquette est une voile importante ; la nouvelle est capable de résister à des vents de plus de 52 nœuds. Après le coup de vent essuyé entre Durban et East London, j’ai décidé de me doter d’une bôme pour cette nouvelle trinquette, de cette manière, je pourrai donner une forme idéale à la bordure de la voile, elle sera auto-virante, et surtout, je pourrai la maintenir ouverte par grand vent arrière grâce à une retenue sur l’avant du beaupré. Une quotation par Southern Spares évalue cette bôme à 540 USD. C’est trop pour mon budget ; je la fabriquerai moi-même. 5 Jours après mon arrivée, je sors le bateau. La manœuvre est effectuée par 40 nœuds de vents. Tony Bullock, Dieter et une troisième personne sont à bord pour m’aider. Heureusement la dernière phase de l’approche se fait avec le vent parfaitement aligné contre la progression du voilier. Finalement, le traveller est tiré au sec par un gros treuil électrique et ensuite un tracteur prend le relais pour positionner le bateau à son emplacement final. Un employé de Tony passe la coque à l’eau sous pression ; je la regarde, elle est impeccable, pas une bulle d’osmose n’apparaît. L’anti fouling commence à peine à montrer des signes de fatigue. Avec le palier inférieur du safran à réparer, c’est le bon moment pour sortir Constante. Le lendemain, le vent monte à 60 nœuds, j’ai bien peur de voir mon voilier s’effondrer sous la pression du vent, mais les supports tiennent bon. Il me faut démonter ce qui tient lieu de palier inférieur de safran. Rien n’est apparent. L’ensemble est parfaitement noyé sous une couche d’époxy qui ne dévoile rien. Alors je commence à creuser une tranchée au ciseau à bois pour tenter de découvrir un boulon. Après un quadrillage méthodique, je réussis à mettre à jours 6 boulons et écrous. Je nettoie tout et démonte l’ensemble. Il y a les deux lourdes pièces en bronze moulées. Le palier est usé ; il présente 1,5 millimètre de jeu par rapport à l’aiguille de 25 mm du safran. Je fais usiner, et monter en force une bague percée au bon diamètre. Une petite pièce en inox située au fond du palier et sur laquelle s’articule le safran, est complètement détruite par électrolyse ; elle aussi est proprement ré usinée et portée à la bonne dimension. Pendant ce temps, les gars de Tony poncent, préparent et peignent la coque. Je remonte la ferrure. Un bon coup d’époxy redonne d’hydrodynamisme souhaité par l’architecte. Kim, présentée par Tony, emmène tout mon système de bimini et de capot pour remplacer les transparents et ajouter un raban anti UV pour les protéger quand nous ne sommes pas en navigation. Je m’occupe aussi du dinghy et de ses roues rétractables, je renforce et remplace le plancher directement sous l’escalier de la descente ; c’était complètement pourri. Je remplace aussi les prises électriques de pont pour la télé commande de guindeau et de l’alternateur traîné. Les sièges situés au-dessus des bouches d’aération du pont sont remplacés et installés. Je fais usiner une bague montée en force dans le petit safran du régulateur d’allure ; elle avait pris un jeu préoccupant. Je répare l’alarme de pression d’huile moteur qui avait cessé de fonctionner depuis les Maldives, j’en profite aussi pour inspecter les batteries et leurs connections. Je démonte et graisse les deux vannes d’évacuation des toilettes et m’occupe de quelques autres petits travaux. Le bateau retrouve sa santé de jeune fille. Après une semaine et deux jours, je remets le voilier à l’eau. Durant ce temps voué à la réparation du bateau, je passe de bons moments avec Nigel, Elaine et leurs trois enfants. Linda et Bill de Valiam s’occupent aussi de moi de temps en temps car je suis seul depuis presque trois semaines. Heureusement, Meng et les petites reviennent dans trois jours. Je prends contact avec Peter, Sue, Sean et Cathy, nos amis rencontrés aux Seychelles pour savoir s’ils pourraient m’aider à aller chercher ma petite famille à l’aéroport international de Cape Town. Sean et Cathy se proposent de me récupérer à la gare de la ville et de m’emmener ensuite à l’aéroport pour réceptionner la famille. Ensuite, nous irons manger et dormir chez eux. Le retour à Simon’s Town s’effectuera le lendemain dans l’après-midi.
Me voilà enfin avec ma famille réunie. Mes petites sautent dans mes bras, cela me soulage car je craignais qu’elles m’aient oublié après leur séjour à Singapour. Meng est là aussi, radieuse. Elle est heureuse de retrouver son homme. Je ne contiens pas ma joie ; ça part dans tous les sens. Sean et Cathy sont les témoins ravis de nos retrouvailles, il est temps d’aller chez eux pour passer la soirée et la nuit entre amis. Leur maison est très luxueuse et est entretenue par deux domestiques noires. J’apprendrai plus tard que cela constitue un très grand risque en Afrique du Sud d’employer des gens de maison de couleur ; ils collectent des informations qu’ils vendront à des bandits à bon prix, ou seront eux même agressés pour elles, afin d’atteindre avec le maximum d’efficacité ces riches victimes potentielles. La vue est magnifique, nous nous trouvons dans le Hollywood Sud Africain. L’amitié s’installe entre nous et la pression augmente. Sean met à disposition une vielle BMW en très bon état pour notre usage personnel si nous désirons nous installer dans son pays pour un temps. Avec Meng déjà invitée à jouer pour le philarmonique de Cape Town, il se propose de m’aider à trouver un emploi. Les ingénieurs et techniciens désertent le pays massivement avec pour conséquence un manque réel de compétence. De plus, le gouvernement a instauré depuis 1994, un vaste programme destiné à élever la capacité moyenne des noirs sud africains  à acquérir leur propre richesse. Cela s’appelle le BEE (Black Economique empowerment). Un important pourcentage de noirs sud africains doit faire partie de l’entreprise à tous les niveaux de la hiérarchie. Résultat : le tissu économique du pays s’est effondré emportant avec lui la valeur du Rand qui ne pèse plus que 1/13eme d’euro. Grâce à ce programme, de nombreuses personnalités politiques ont ‘’placé’’ un bon nombre de leurs amis au sein des entreprises les plus juteuses et sont devenus millionnaires du jour au lendemain. Le travail est aujourd’hui garanti pour les noirs qui travaillent donc sans réelle motivation. Les taux de productivité et les niveaux de qualité ont chuté de façon drastique. Le ‘’Made in South Africa ‘’ attire de moins en moins les marchés acquéreurs. Suite à la situation critique qui règne au Zimbabwe, un flux massif de réfugiés pénètre l’Afrique du Sud en permanence. D’immenses bidonvilles entourent Cape Town et sa région ; les town ship. Les employeurs excédés par le comportement de leur main d’œuvre locale, se sont tournés vers ces réfugiés car ils travaillent dur et se montrent beaucoup plus fidèles au poste que leurs frères sud africains. On connait le résultat ; des émeutes d’une violence inouïe ont dévasté ces town ships. Les Sud Africains se sont jetés sur ces pauvres bougres échappés du Zimbabwe sous prétexte qu’ils leur volent leurs précieux jobs. Ca s’est calmé depuis, mais les camps ne désemplissent pas, ils enflent au contraire. Toute la région de Cape Town constitue à mon avis une bombe à retardement. Pour cette raison, je décline poliment l’aide que me propose Sean pour nous installer. Ils ne comprennent pas notre réticence à rester dans ce pays pourtant magnifique. Al Gore, dans sont documentaire, ‘’an inconvenient truth’’ explique comment une grenouille jetée dans un bocal d’eau en ébullition, en ressort d’un bond pour éviter la mort. Mais, si cette même grenouille est placée dans un bocal d’eau à température ambiante et qu’un Machiavel élève la température sur un feu doux, elle mourra ébouillantée sans même penser à en sortir. En d’autres termes, quand on est dans la merde, il ne faut pas tenter de ne pas la sentir, il faut s’en extraire... Fameuse philosophie !!
Sean et Cathy, nous ramènent le lendemain à Simon’s Town. Meng découvre, ravie, la beauté du site où se trouve Constante. Les petites montrent du doigt le bateau qu’elles ont reconnu entre mille. Elles sont enchantées de retrouver leur environnement familier et... leur télévision favorite ; soupir. Nous déjeunons au club avec nos amis ainsi qu’une figure connue du nautisme sud africain : Skip Novak. Il est américain mais vit en Afrique du sud. Il possède une société de Charter dont le thème est le voyage mythique de Sir Ernest Shackleton. Deux grands voiliers en aluminium assurent les voyages en Géorgie du Sud, en Antarctique et en Argentine. C’est d’ailleurs à la suite de cette conversation que nous décidons de ne pas nous rendre à Buenos Aires comme nous le projetions initialement. Sa description du Rio de la Plata, de l’humidité ambiante en hiver, de la pollution due à la présence de cette très grande ville et à son coût de vie élevé, ont raison de notre volonté. Nous mettrons le cap sur Rio de Janeiro puis Ilha Grande ensuite. Le climat est chaud et 365 îles nous attendent dans cette seule baie. Les jours s’écoulent très agréablement à Simon’s Town, nous passons de très bonnes soirées avec nos amis tout en terminant les améliorations que j’avais projetées. Ainsi, le Paktor acheté à Richards bay réussit enfin à fonctionner après de nombreux tâtonnements. Les interférences produites par la radio compliquent considérablement l’utilisation de ce modem et de l’ordinateur pour envoyer et recevoir des e-mails par les ondes hertziennes. Malgré tous mes efforts, je ne peux me connecter efficacement que jusqu’à la bande des 7 mégas. Plus haut, l’ordinateur décroche malgré la feuille d’aluminium reliée à la masse du voilier dont je l’enveloppe pour tenter de créer une cage de Faraday. Ensuite, je transforme la table du salon pour qu’un de ses deux rabans repliables, se positionne au niveau des sofas afin de créer une couchette double. Cette transformation se révélera d’une grande utilité en navigation. Je change tous les joints des trois fenêtres d’accès au réservoir d’eau, Entre temps, nous rencontrons Stephen et Dian van Rensburg. Elle, est une Indienne toute menue qui se prend d’amitié pour notre famille. Elle nous présente son mari, un Sud Africain intelligent mais rugueux. Il a passé 9 années à construire son voilier dans son jardin ; une histoire que je connais tres bien. Le bateau est tout simplement magnifique. Leur objectif est de liquider leurs biens pour prendre la mer fin 2010. Ils nous aident considérablement dans notre préparation en nous emmenant en voiture dans tout les coins de CapeTown pour acheter les équipements manquants ou les quelques cartes dont j’ai besoin pour l’atterrissage à Rio de Janeiro. Nous passons un week end chez eux et discutons longuement de nos projets respectifs. L’échange est aussi fructueux pour eux car je les guide dans l’acquisition d’une éolienne, de panneaux  solaires et d’autres équipements notamment électriques qui leur permettront de créer de l’électricité et de la gérer efficacement. Notre expérience commence à porter ses fruits. Dian est une très bonne cuisinière et nous prenons des kilos en trop... J’espère que nous les perdrons en navigation. La date du départ est enfin fixée, après la maintenance du moteur effectuée, les pleins de fuel et d’eau son faits. Il ne nous reste plus qu’à aller à Cape Town une dernière fois pour effectuer notre clairance de sortie.
Lundi 30 Mars, la clairance est faite, nous étudions maintenant de très prés la météo pour prendre la mer avec la meilleure fenêtre possible. Papa est sur le coup ; il nous appelle régulièrement pour nous conseiller, mais sa météo est moins précise que celle à laquelle nous avons accès localement concernant les conditions très particulières et très locales de cette immense baie. Je film en rigolant les conditions présentes à Simon’s Town Jeudi 2 Avril alors que Papa pensait que nous aurions dû partir à cette date ; je peux à peine rester debout sur les pontons tellement le vent est fort. Nous attendons, puis en voilà une qui se présente. Nous décidons de partir samedi 4 Avril dans la matinée. Le vent devrait être nul dans la False baie pour nous permettre d’en sortir et de contourner l’un des caps les plus dangereux du monde : Cape Point dans l’ombre duquel se trouve Bonne Esperance. Nous passons notre dernière soirée en compagnie de Stephen et Dian dans leur bateau :’’Cinamon Girl’’ Ils nous manqueront car leur générosité et leur gentillesse a été sans limite durant ces dernières semaines passées ensemble. C’est un couple hors du commun en Afrique du Sud. Ils sont ensemble mariés depuis 23 ans. Leur union a été célébrée en dépit de l’interdiction existant à cette époque de l’apartheid ; un blanc ne pouvait pas se marier avec une personne de couleur. C’était tout simplement interdit par la loi !!! Incroyable. Puis ça s’est assoupli, mais marié avec une indienne, Stephen ne pouvait pas vivre dans une zone occupée par des blancs !!! Incroyable. Ce qu’il fit malgré tout, se mettant hors la loi. De son côté, Dian fut répudiée par sa famille pour avoir choisi un blanc !!! Ce qui se comprend quand on connaît les préjudices vécus par ces gens en Afrique du Sud. Vraiment ce pays gagne à être connu...
 
 


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