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Saint Hélène

Nous arrivons à St Hélène le 18 Avril 2009
 
Par 20 mètres de fond, je mouille en général 60 mètres de chaine ; ça ira. Les Américains du voilier Estrella (un cotre bermudien de 10 mètres pour 10 tonnes) sont dans leur annexe et viennent nous souhaiter la bienvenue avec un broc de café (seule Meng en boit, mais c’est l’intention qui compte) ; ils sont charmants. Il y a une dizaine de bateaux sur le mouillage. A notre grande surprise, beaucoup partis de Cape Town bien avant nous sont encore là. Cet endroit magnifique séduit décidément tout le monde malgré le coût prohibitif des formalités. Voilà une des aberrations de notre monde moderne. Les Anglais font pourtant partie des pays les plus riches de la planète, mais ils ne donnent rien pour rien. Partout où ils administrent, il faut payer. Ils obligent même les navigateurs à prendre une assurance payante : 1.28 Pounds par personne par jour pour couvrir les frais d’une évacuation en urgence de l’île. Nous échappons à cette arnaque en écrivant une lettre déchargeant l’île de toute responsabilité. Par curiosité, je demande à l’officier de l’immigration, une plantureuse St Hélénienne, de m’expliquer la procédure en place en cas d’urgence médicale nécessitant un transfert vers un autre hôpital. Malheureusement cela s’est déjà présenté pour des locaux ; les autorités tentent alors de dérouter un cargo pour récupérer la personne gravement malade et l’emmener soit à Ascension, soit à CapeTown en fonction de la trajectoire initiale du navire. Autant vous dire, personne n’a survécu à ce genre d’évacuation. Il n’y a pas d’aéroport sur l’île même s’il est question depuis des années d’en construire un. Les habitants de St Hélène s’y opposent à juste titre car la beauté et la tranquillité de leur vie sur l’île dépend beaucoup de son isolation.
Les amis nous indiquent un hôtel ‘’The consulate Hôtel’’. La propriétaire est une dame magnifique, la cinquantaine, elle nous accueille et nous offre une douche chaude sans pour cela réclamer la moindre participation financière. Nous sommes ravis. Une fois bien propres, nous retournons au bateau. Un autre soulagement réside dans la possibilité d’utiliser notre annexe pour les vas et viens de Constante au minuscule débarcadère. Il y a 11 ans, mes parents nous avaient décrit l’endroit doté d’une obligation d’utiliser le ferry service. Mais à 1.2 pounds par personne aller et retour et des manœuvres très rudes pour accoster nos bateaux, nous décidons de tenter notre chance par nos propres moyens. Après avoir déchargé ma petite famille à terre, je mouille un grappin avec chaine plus poulie plus orin (car fond de roche) et une longue amarre double à laquelle est raccordée le bout du dinghy. Une fois l’ancre mouillée, j’amène l’annexe au débarcadère, y monte au bon moment car les mouvements imprimés par la grande houle de l’Atlantique sont impressionnants parfois. Je renvoie ensuite l’annexe vers le large grâce au système de poulie. Ca marche très bien. De retour au bateau, nous signalons à Papa par radio que nous sommes bien arrivés. Nous sommes tous très heureux. Nous sommes samedi et la dame du port à la VHF nous demande d’effectuer nos formalités mardi prochain (c’est très relax ici). Nous nous reposons durant le week end, puis nous rencontrons l’épouse du premier secrétaire de l’île ; elle est chinoise de Hong Kong et est ravie de pouvoir s’exprimer avec Meng en cantonnais. Une fois les formalités faites (27 pounds pour le ‘’port control’’ et 14 pounds par personne, sauf les petites qui sont en dessous de 12 ans, et ce pour un séjour de 10 jours), nous retournons au bateau. Le transfert est dangereux, mais nous maîtrisons bien la technique maintenant. Nous recevons une invitation formelle, remise en main propre par la navette : la femme du premier secrétaire (vous avez lu, je le redis encore car ça sonne plutôt bien...) nous invite à prendre le thé chez elle. Elle indique sur une très belle carte, le jour, l’heure et la tenue ‘’casual’’ ; nous sommes très impressionnés. Son chauffeur vient nous chercher à 14 heures. Encore du bonheur. L’amitié semble provenir beaucoup plus facilement des gens qui vivent dans les pays traversés que des autres navigateurs. Nous faisons aussi la connaissance de son mari qui arrive du bureau à temps pour échanger quelques mots. C’est un personnage d’une grande culture parlant couramment mandarin, cantonnais, arabe, un peu de français et d’autres langages que j’ai oublié depuis... rendez vous est pris pour pique-niquer et nager autour du bateau samedi.
 
Jeudi 23 Avril, nous partons en famille avec un tour opérateur (35 pounds au total) ; nous allons visiter les ‘’Napoleonic sites’’. Car tout le monde le sait, c’est ici, sur cette île du bout du monde, et précisément pour cela, que le général Napoléon Bonaparte (les anglais ne lui reconnurent que ce titre) a terminé sa vie. L’empereur quant à lui ne vécu ici que dans le labyrinthe mouvementé de ses souvenirs. Mais au-delà de la querelle des titres qui, à cause d’elle résulta en une sépulture simple où rien ne fut inscrit, demeure le génie incontournable d’un homme immense.
Moi, je débarque à St Hélène à presque l’âge de 46 ans, exactement l’âge de Napoléon le jour où il foula cette terre oubliée du temps. Le même âge ; je ne peux m’empêcher de comparer au risque de l’insulter peut être, c’est humain. Tous les deux, côte à côte, 46 ans...Qu’ai-je accompli ? Rien semble t-il, ou si peu. Lui, là, si proche de moi, à 46 ans, il a remodelé le visage de toute l’Europe, créé la structure mère de notre société, inventé la monnaie de papier, refoulé les prédateurs au-delà de nos frontières et plus loin encore, administré des pays entiers et que sais-je encore ? Il faut de multiples historiens pour faire le tour de son œuvre. Nos chemins se croisent à 200 ans près mais au bilan, je suis bien pâlot par contraste. Briars, puis Longwood et enfin sa tombe dans un jardin naturel somptueux (encore son choix du terrain), défilent lentement au rythme de notre promenade. Nous survolons brièvement les 6 années passées par Napoléon à St Hélène. Le grand livre de sa vie se referme ici, sur un masque, une empreinte en plastique de son visage éteint. Je suis heureux et la fois fier de me trouver ici avec ma femme et mes enfants sur ce sol. Il y a 11 ans, cette même émotion étreignait mon Père et ma Mère au chevet de ce petit lit, celui de la dernière nuit... Je ressens encore plus intensément leur présence en ces lieux, car ici, tout le monde passe par les mêmes rues, les mêmes monuments, les mêmes vallées.
Nous rencontrons aussi Michel Martineau, le seul Français vivant à St Hélène ; il connaît bien l’histoire de cette île et une quantité impressionnante d’autres choses ; expression bien simpliste mais qui s’impose face à la volonté constante de cet homme différent pour conserver intimité et une certaine forme de pudeur existentielle.
 
Samedi 25 Avril Comme prévu, à 13 heures, la famille du premier secrétaire se profile au loin près du débarcadère. Je vais les chercher en annexe et profite du ferry pour faciliter l’embarquement toujours délicat pour des gens qui se situent à des années lumières de ce genre d’activité. Le transfert de l’annexe au bateau me donne quelques frissons, mais tout se passe relativement bien. La fille du couple et sa copine ainsi qu’Andrew sont dans l’eau en maillot de bain au bout de 15 minutes. Les filles y resteront deux heures ; quelle santé ! On discute de tout et surtout de la politique de l’île, des différents projets ; l’aéroport, les travaux destinés à améliorer le débarcadère et l’atterrissage des petites embarcations et autre navette. Puis vers 16 heures 30 je réembarque tout ce petit monde (note au passage, j’ai dû débarquer la baby Sitter au bout de 20 minutes seulement, sinon c’était la fusée assurée). Au loin se trouve une navette à quai. Tant mieux, cela facilitera la manœuvre. Mais à l’approche du quai, le pilote l’a déplacée et amarrée à un corps mort. Je vais vers lui et lui demande de se replacer au quai. Il obtempère, mais ne le fait pas tout de suite. Au bout de 3 minutes d’attente, Andrew me fait signe de tenter l’atterrissage sans l’aide du moribond. J’hésite un peu, puis m’y résous...à tort. Contre le quai, la houle de l’Atlantique fait monter et descendre l’annexe de plus d’un mètre et malheureusement, je ne suis pas celui qui applique le dinghy contre le mur gluant, mais Andrew ; question de placement initial... Son épouse et les deux enfants (12 ans) passent correctement, mais une montée brutale de l’annexe suivie d’une poussée trop importante du flux vers l’avant propulse la frêle embarcation vers la falaise rocheuse ; Andrew perd le contrôle. L’annexe se dérobe sous ses pieds et pivote brutalement, moi je tombe à la renverse, et lui se retrouve en habit du dimanche accroché à un gros pneu gluant contre le quai. Heureusement il garde son calme et parvient à sortir de l’eau avec un peu d’aide. Je crois que désormais, la question des travaux à réaliser dans le cadre de l’amélioration du débarcadère sera plus que jamais au goût du jour...
 
Lundi 27 Avril Nous passons à la radio locale ; Saint FM. Une charmante dame nous interviewe. Les petites jouent en arrière plan, l’atmosphère est détendue. Rien à voir avec les interviews très préparées auxquelles nous avons participé à Singapour. Meng se régale et exprime avec chaleur et enthousiasme le bonheur de vivre à bord d’un voilier de croisière hauturière.
Les amis partent les uns après les autres. Planeta Azul nous avait rejoints ; nous voyons maintenant leurs voiles à l’horizon. Julie et moi avons attrapé une espèce de grippe. Cela nous rend faible avec les poumons chargés. Nous attendons quelques jours supplémentaires. Pour 4 pounds, nous allongeons notre séjour à 21 jours au total ce qui nous donne suffisamment de temps pour préparer le bateau et nous remettre d’aplomb.
Une navette nous amène 80 litres de fuel en trois jerricans que je transfère facilement. Le fuel est très propre ainsi que les conteneurs (0.83 pounds par litre plus 7 pounds pour le service). Nous sommes presque prêts, il ne me reste plus qu’à inspecter le gréement, et contrôler le moteur. Les provisions sont faites. Nous nous ennuyons un peu ici car les locaux ne nous ont pas vraiment ouvert leurs portes. Le premier secrétaire dont nous avons apprécié la famille a peut être été refroidi par son plongeon car il ne donne pas de suite à notre dernière entrevue. C’est la vie. De plus, le transfert du voilier à terre est périlleux. J’aimerais me sentir mieux aussi. La lassitude liée à cette grippe qui n’en fini pas me contrarie. Je serais beaucoup plus souvent dans cette eau magnifique, mais même les douches froides que nous prenons chaque soir aux locaux miséreux du port m’ont fait trembler de la tête au pied hier après-midi. Par bonheur, les petites s’en accommodent bien. Voilà, nous regardons de nouveau cette vaste étendue d’eau, celle qui nous sépare de notre destination. Papa a bien préparé notre route pour rallier Rio. Heureusement car l’étude des mouvements de dépressions à cette époque de l’année montre quelles remontent très au nord avec des vents contraires à leur périphérie qui nous retarderaient considérablement si nous décidions d’adopter une ligne directe entre St Hélène et Rio. La trajectoire proposée par Papa et adoptée par Estrella nous fait remonter au nord en une trajectoire en arc de cercle pour ensuite redescendre vers Cabo Frio et Rio. Encore une fois, l’expérience montre qu’une traversée doit être préparée même si elle apparaît simple au premier abord.  

Je décide de prendre des antibiotiques pour éliminer le risque de s’éterniser à St Hélène. En effet, la vie quotidienne prend une tournure qui ne nous plaît guère. Nous sommes dans l’obligation d’utiliser notre annexe pour nos allers et venues, mais, trois jours avant notre départ, des jeunes décident de relever le grappin de notre annexe, puis ramènent celle-ci au quai en jetant l’imbroglio de ligne, chaîne, ancre et poulie près du mur. Des témoins ont vu la scène mais ne font rien. C’est la fille de Mike et Karen, Jessica qui m’informe de la situation. Nous sommes au Consulate Hôtel. Je laisse tout tomber et me rue en courant vers le débarcadère. Jessica a eu le temps de m’expliquer comment un groupe de jeunes, y compris des filles (au cas où l’on penserait qu’elles seraient moins canaille par nature) sautaient à pieds joints dans l’annexe. Je déboule comme un taureau (un peu poussif vu l’âge et la grippe). Erreur ! J’aurais dû m’embusquer et les prendre en flagrant délit, mais non, j’arrive essoufflé et ne découvre personne dans notre précieuse annexe. Par contre, celle ci se trouve effectivement tout près du quai, ballotée durement par la houle puissante de l’Atlantique. Heureusement, les cordages se sont emmêlés et l’ont empêchée d’aller se fracasser sur les roches situées seulement à une dizaine de mètres. A cet instant, je ne connais pas la raison pour laquelle l’annexe n’est plus sur son ancre à bonne distance du quai. J’imagine même que l’ancre a peut être décroché et qu’une âme charitable s’est occupée de sauver l’embarcation en danger. Il y a là quelques jeunes qui se baignent et à qui je demande des explications, mais personne ne me renseigne. Je monte à bord, vérifie que tout fonctionne correctement, ramasse et réorganise l’ensemble. A une centaine de mètres de là se trouve une des navettes attachée à son corps mort avec son équipage à bord. Ils me font signe de venir les voir. Je m’exécute, curieux de ce qu’ils ont à m’apprendre. Ils m’expliquent que les jeunes à qui je viens de m’adresser à l’instant, sont ceux qui ont relevé l’ancre et approche l’annexe près du quai pour s’en servir comme plongeoir. J’enrage, démarre le moteur et avec toute la puissance de ses 2 Cv, me rue vers eux. Peine perdue, ils détalent tous. Le soir même nous établissons un rapport au commissariat local et contactons le chef du port par VHF. Au ton de la voix, nous savons qu’il se moque éperdument de notre affaire. Je décèle même une certaine forme de dédain dans l’intonation employée ; comme s’il était mesquin de notre part de nous plaindre pour si peu. Cet incident nous attriste car nous pensions St Hélène épargnée par le vandalisme et l’arrogance notoire qui sévit chez de nombreux adolescents désœuvrés, mais non, nous n’échapperons pas à cette plaie. Deux jours plus tard, nous sommes prêts pour prendre la mer le lendemain. Nous nous rendons une dernière fois à terre via le fameux quai, en famille. La houle est très forte et m’oblige à effectuer une approche très prudente. Un des jeunes présents sur le quai s’élance à l’avant de notre trajectoire et effectue un plongeon grotesque dont le but évident est de nous asperger d’eau de mer ce qu’il réussit parfaitement. Comme à Mayotte, je l’engueule copieusement ; les autres rigolent. Le débarquement des filles est acrobatique. Tandis que Meng remplit les deux jerricans qui servent de réserve d’eau à installer dans le radeau de survie en cas d’urgence, je me débats contre la houle pour établir l’ancre à la bonne distance et amener l’annexe au quai pour m’en extraire et la renvoyer au large. Il y a là une quinzaine de jeunes qui ricanent bêtement au moindre faux pas, à la moindre difficulté. Alors que je me débats avec mes cordages et tente de rester en équilibre, la houle me met en situation périlleuse ; redoublement d’éclats de rire. Les commentaires moqueurs et autre raillerie proférés en un anglais qui n’y ressemble plus, fusent et font rire de plus belle. Personne n’effectue le moindre geste pour nous aider. Moi, je m’entête malgré la haine qui m’envahit et c’est Meng qui finalement me ramène à la raison. Elle me propose fort intelligemment de récupérer les jerricans, et de repartir au bateau, remonter l’annexe sur les bossoirs, transférer le moteur sur sa chaise, et revenir en navette. Elle a raison et je le sais ; l’annexe serait la cible de ces jeunes c... dès que nous aurions le dos tourné. Ecœuré, j’embarque les jerricans et retourne au bateau seul. Là, je désarme l’annexe et utilise la VHF pour, et c’est la première fois, utiliser les services de la navette afin de me rendre à terre. Je suis révolté par ces jeunes qui même au bout du monde nous jettent en pleine figure l’expression de leur racisme primaire. J’avais demandé au maître du port, ou de ce qui en tient lieu, de consulter les opérateurs des deux navettes toujours présents près du débarcadère pour au moins l’alerter des agissements dégradants de la part de ces jeunes sur les matériels d’autrui, mais encore une fois, je dois me résoudre à écrire le mot ‘’évidemment’’, rien n’a été communiqué ni même mentionné. Ici aussi, les annexes ne sont pas en sécurité à cause de la délinquance locale, contre laquelle il n’est pas jugé utile d’agir. Les propriétaires du voilier Faith ont retrouvé leur annexe, qu’ils avaient remontée sur le quai, avec un boudin complètement dégonflé ; une soudure avait éclaté sous la pression des jeunes sautant dessus comme sur un trampoline. Notre image presque idyllique de cette île paisible s’en trouve ternie. Nous aurons toujours à l’esprit ces regards narquois lancés à la dérobée par certains des jeunes de l’île. La casquette posée a l’envers, le short tombant sur un slip foncé dont un quart est exposé, les bras ballants à peine retenus par des épaules basses et introverties, ces jeunes îliens semblent sortir tout droit du Bronx. Même Saint Hélène, ce joyau perdu au centre de l’océan voit ces jeunes pousses gangrénées par ce qui pourrit l’Occident depuis longtemps déjà. Quel dommage ! Heureusement, nos amis nous accompagnent pour notre dernier transfert vers Constante. Hazel et Peter sont là ainsi que le premier secrétaire et sont épouse (pour eux ce fut une coïncidence...). Nous nous disons au revoir et montons dans la navette. Une fois à bord, nous finissons de ranger l’intérieur. Le pont est prêt, l’intérieur organisé et rangé et la navigation préparée. Le premier point d’une route spécialement étudiée par notre routeur préféré ; Papa nous mènera en arc de cercle vers Rio de Janeiro au bout d’une course de plus de 2300 miles nautiques
 



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