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Saint Hélène - Rio

5 Mai 2009, Le moteur tourne nous levons l’ancre à 09h30 heures locales mais aussi GMT. Un dernier regard sur cette île, puis Constante oriente à l’Ouest Nord Ouest. La proximité de l’île nous pousse à utiliser le moteur durant deux heures car le vent est contraire. Enfin, un petit souffle d’air s’installe dans la bonne direction. C’est tellement faible que j’envoie le spinnaker. Nous effectuerons seulement 70 miles nautiques les premières 24 heures. J’utilise pour la première fois le ST 1000 de chez Ray marine commandé en Juin à Singapour. Reçu aux Seychelles, je l’avais remisé sur une étagère sous la rubrique :’’petit pilote de rechange’’. Durant le passage de Simon’s Town à St Hélène le No2 de mes pilotes se déconnectait et passait sur stand by, en conséquence de quoi nous avions dû utiliser le pilote principal avec obligation de faire tourner le moteur une fois par jour faute d’énergie. En effet, j’avais oublié de calibrer le nouveau pilote ; opération devant être menée à bien en eau calme. Impossible donc de le mettre en service  jusqu’à St Hélène. Nous l’avons donc calibré sur les eaux houleuses mais suffisamment calmes de la baie, en face de St James à St Hélène. Dès la première journée après notre départ, un grincement strident se fait déjà entendre à l’intérieur du pilote fraîchement installé à l’arrière de Constante sur le safran du régulateur d’allure ; cela ne présage rien de bon.
La navigation est tranquille, les enfants jouent comme d’habitude. La routine des grandes traversées s’installe gentiment cette fois-ci. La forte houle de St Hélène a conservé la capacité de mon équipage à lutter contre le mal de mer ; personne n’en souffre. Le ciel présente les nuages épars en forme de boules de coton caractéristiques de l’Alizé ; il fait bon vivre. Les moustiquaires ont regagné leur espace de rangement. Ici, la vermine terrestre ne nous harcelle plus. Même Julie et moi finissons de nous rétablir de la grippe tenace qui nous a pourri le séjour à St Hélène.
 
9 Mai 2009. 5eme jour de navigation. Le pilote a rendu l’âme. Seulement 5 jours après sa mise en service ; je suis déçu. Le voilier s’est retrouvé au travers en pleine nuit. J’ai dû enclencher le pilote principal. Heureusement, les conditions étaient très calmes. Ce matin, je démonte le ST 1000 tout neuf et découvre la nature du problème. Les employés des chaines de montage de cette mécanique précise, mais fragile à ce que je vois, ont tout simplement oublié de graisser les deux paliers en bronze d’un engrenage planétaire. Son axe en inox a littéralement creusé une tranchée à travers son palier jusqu’à ce que la distance inter axiale n’autorise plus l’engrènement des pignons via une courroie maintenant complètement détendue. Seule solution : orienter le palier. J’insère un petit tournevis plat dans la tranchée causée par l’usure par absence de lubrification, et tourne le palier de 180 degrés. Heureusement, il n’est ni collé ni monté en force ; il tourne sur lui même. C’est du temporaire, mais cela devrait fonctionner. Je graisse bien les paliers malades et remonte le tout ; ça fonctionne très bien, on verra pour combien de temps.
 
10 Mai 2009 Le ciel est bleu, la mer tranquille, nous décidons d’installer la petite piscine gonflable pour les petites et de les laisser patauger et jouer avec leurs tonnes de trucs en plastiques : râteaux, sceaux, pelles, dauphins, tortues etc. Puis tout le monde prend une douche à l’eau de mer contenue dans la piscine, suivie d’un rinçage rapide à l’eau douce. Nous surveillons de très près notre consommation. C’est notre première douche en 5 jours !!! Puis, un don de la mer : notre première daurade (5 kg) se prend à notre ligne de traîne. C’est la fête des Mères chez les Anglo-Saxons ; Meng est heureuse.
 
11 Mai 2009 Vers 5 heures du matin, le vent augmente à 30 nœuds et oriente SE. Il me faut enrouler le génois et le passer sur l’autre bord. C’est une manœuvre simple qui normalement ne pose aucun problème, sauf que là... Impossible d’enrouler la voile ; quelque chose coince sur l’enrouleur. Muni de ma lampe frontale, je me rends à l’avant et observe le tambour emmagasineur de la commande. Le bout présente des circonvolutions malsaines qui créent certainement le problème du blocage. Le vent est maintenant dangereusement fort, la mer se forme, et moi je bataille avec un tournevis pour essayer de débloquer le système sans succès. L’écoute libre du génois fouette l’air et se pose le temps d’une demie seconde sur mon épaule droite, à la base de mon cou. Je n’ai pas le temps de réagir, elle se tend en un claquement sec et m’entaille la peau en arrachant au passage ma si précieuse lampe frontale. Je la vois à 5 bons mètres du bateau. Elle continue d’éclairer l’abîme sans fond de l’océan alors que nous nous éloignons rapidement. Je suis tout à l’avant à quatre pattes sur le beaupré. Je prends conscience avec encore plus d’acuité de la fragilité de nos existences en mer. Cette pointe de lumière qui s’évanouit là-bas au loin ; cela pourrait être moi, bêtement projeté à l’eau. Le temps d’un frisson, je me re-concentre sur le problème. Je n’y comprends rien. J’appelle Meng pour qu’elle enroule et déroule à partir du cockpit. J’espère de cette manière déceler la cause du blocage. Armé d’une lampe torche dans une main, et d’un tournevis dans l’autre, je suis parfaitement incapable de décoincer le merdier. Heureusement, le vent n’augmente pas plus et j’ai orienté le bateau plein vent arrière pour alléger la charge sur les voiles. J’attends le lever du jour pour y voir plus clair. Une heure et demie plus tard, je découvre enfin la cause du blocage. Il me suffisait de lever le nez. C’est le roulement supérieur de l’enrouleur qui s’est figé. Quand la commande est actionnée, pour enrouler le génois, la drisse suit le mouvement en tête de mât, s’enroule 2 fois et bloque l’ensemble. C’est très ennuyeux et souligne une fois de plus la fragilité de ces systèmes. Je tente de mettre le bateau face au vent pour mesurer la faisabilité de la première solution qui consisterait à descendre la voile, débloquer la pièce qui se trouverait alors au niveau du pont au point de drisse, puis renvoyer le génois. En quelques secondes, la voile se met à battre furieusement. La descendre oui, avec de grandes difficultés, mais il apparaît impossible de la réinstaller avec ce vent. J’opte donc pour la deuxième solution qui m’oblige à grimper au mât via les échelons installés à cet effet, injecter une bonne dose d’huile dans le roulement situé à 16 mètres du niveau de la mer, débloquer le mécanisme à la main, puis redescendre par le même chemin, si possible.
L’opération est délicate car l’état de la mer et la position du voilier par rapport au vent imprime des mouvements de balancier dont la violence et l’amplitude vont crescendo au fur et à mesure que l’on s’élève en altitude. Heureusement, je ne suis pas encore trop cadavre (expression familière de nos amis parachutistes). Muni de mon harnais de sécurité et d’une burette d’huile, j’escalade le mât rapidement sans m’attacher, jusqu’à la tête. Là, je me sécurise avec le harnais et injecte l’huile plusieurs fois sur le roulement. D’en haut, je demande à Meng d’enrouler et de dérouler l’enrouleur de quelques tours seulement pendant que je maintiens la pièce maintenant huileuse d’une main, et que je me cramponne avec le reste de mon corps au mât. Après quelques vas et viens, le roulement se débloque et retrouve, grâce au lubrifiant, son agilité originelle. Je ne prends même pas le temps d’admirer le paysage de cette hauteur, je redescends prestement secoué par les mains puissantes d’un géant des mers.
Arrivé sur le pont, un grand sourire m’éclaire le visage. Je suis épuisé par l’effort et la dose d’adrénaline qui m’a galvanisé pour l’accomplir. Je suis surtout immensément heureux de me retrouver au sein des miens. La cellule familiale demeure intègre et le bateau a retrouvé toute sa manœuvrabilité.
Une heure plus tard, une vague importante balaye le pont arrière. Une quantité détestable d’eau de mer pénètre par la bouche d’aération que j’ai oublié de boucher. Il faudra toute la journée pour assécher le lit et les coussins de la cabine arrière où, bien évidemment, Carmen, Julie et moi dormons toutes les nuits. Mais ce n’est pas grave, tout rentre dans l’ordre en fin de journée.
 
La vie s’écoule tranquillement à bord de Constante. Nous continuons de tisser dans l’intimité absolue de notre cocon, les liens d’amour qui doivent nous unir à jamais. Prendre le temps de vivre sa famille ; quel privilège ! Nous en sommes très conscients donnant ainsi un sens profond à nos existences. L’évolution de nos enfants, bien que lente, ne l’est pas suffisamment pour la masquer à nos yeux. Un peu comme la lumière du soleil qui tarde de plus en plus à venir chaque matin tandis que nous progressons lentement vers l’Ouest sur cette immensité liquide. Nos sens perçoivent ces changements subtils et s’en réjouissent. Nos petites grandissent à vue d’œil, chaque jour, elles nous étonnent par l’expression de capacités nouvelles dont elles ne possédaient rien la veille. Carmen est presque capable d’écrire son nom, bientôt elle le fera sans aide. Julie...quant à elle, s’oriente timidement, à l’horizon de ses 3 ans et demi, vers un contrôle plus exact de sa vessie. Voici une étape de son évolution que nous souhaitons qu’elle franchisse avec la plus grande impatience...surtout moi. Meng est superbe, elle s’est très bien adaptée à ce rythme d’existence naturel. Pour elle, la famille est tout, et pourquoi pas donc sur l’eau ? Elle a découvert, ayant décidé de s’ouvrir à ce concept de vie, que l’existence à bord d’un voilier regroupait chaque membre de sa famille autour d’elle en une structure à mailles serrées. Nous imaginons souvent nos pairs qui, à nos âges, ne peuvent que constater en une poignante impuissance, la fuite de leur essentiel. Le temps pour soi, pour ses enfants, pour son conjoint, pour ses parents, ses amis... il s’envole en volutes de fumée, carbonisé dans les hauts fourneaux des exigences de notre vie en société.
 
15 Mai 2009 Papa nous annonce une ligne frontale entre l’anticyclone en place et une grosse dépression qui se déplace au sud en direction de l’Afrique du Sud. Le front passera sur nous dans deux jours. Le vent faiblit graduellement. Nous nous offrons notre deuxième douche grâce à la piscine gonflable des enfants le 16 mai. Bien propres, notre moral est au plus haut. Meng nous passe un CD de musique d’opéra et nous chantons tous y compris les petites ravies. Au répertoire : le Barbier de Séville, la flûte enchantée de Mozart et Carmen de Bizet. Nous en faisons une parodie bien malheureusement, mais quelle joie de chanter à tue tête en plein océan.   
 
17 Mai 2009 Nous sommes obligés d’envoyer la mécanique ; elle tournera une dizaine d’heures aujourd’hui car le vent tombe complètement. En fin d’après-midi, l’horizon se charge de lourds nuages gonflés de pluie. Le front est sur nous à 18 heure GMT, mais toujours pas de vent...et de pluie. Celle-ci nous épargne ; Constante s’infiltre entre deux énormes amas de nuages sombres qui se répandent en rayons sombres sur la surface de la mer. Il pleut fort là dessous. Mais nous atterrissons de l’autre côté en zone semi-dégagée. Ce n’est que vers 22h30 qu’un léger souffle d’air nous permet d’arrêter le moteur et d’envoyer toute la toile (génois, trinquette, grand voile, artimon). J’entame mes tranches de sommeil, mais me réveille en sursaut vers minuit ; le vent atteint 17 nœuds projetant le bateau au petit largue à plus de 7 nœuds. J’observe avec Meng, puis décide de prendre deux ris dans la grand voile. Action sur l’interrupteur du projecteur de pont pour y voir clair durant la manœuvre, mais, en un flash bref et ultime, l’ampoule rend son dernier soupir et grossit la liste des réparations à effectuer à terre. J’effectue la manœuvre dans le noir avec ciré et harnais de sécurité. A deux heures du matin, le vent passe à 28 nœuds. J’enroule le génois complètement, mais son écoute libre se projette de l’autre côté du bateau en s’enroulant avec l’écoute tribord. Je démêle tant bien que mal, et me résous à la replacer à son poste le lendemain. Si j’avais fait un nœud de huit à son extrémité, cela ne serait pas arrivé. La mer devient très agitée et balaye le pont ; impossible de dormir. Je veille en permanence pour réagir vite en cas d’urgence. Au petit matin, je découvre qu’en fouettant l’ère de la plage avant, l’écoute folle a aussi ouvert les deux mousquetons du bas de la trinquette. Je remets tout ça en ordre et ça va mieux. Pas pour longtemps ; le vent passe à 30 nœuds sur l’avant. Nous marchons au près bon plein. Les vagues commencent à exploser sur le flanc bâbord du voilier et terminent leur course en lourds embruns sur la capote ou le cockpit. Comme toujours durant nos coups de chien, la famille se regroupe dans le carré. Les petites jouent tranquillement sans trop se déplacer car les mouvements du voilier sont importants, elles le sentent et réduisent leurs déplacements en conséquence. Je suis fatigué et commets quelques erreurs. J’oublie par exemple de fermer le capot de la descente qui ouvre l’accès à une vague dont quelques uns des membres qui la composent réussissent à atterrir sur la table à carte. Je m’injurie tout en épongeant le mini-désastre. Puis cela se calme en fin d’après-midi. Sous trinquette, grand voile à deux ris et artimon, nous taillons notre route à 6 nœuds de moyenne en 24 heures.
 
La journée du 19 Mai 2009 nous réconcilie avec la mer ; le soleil réapparait enfin, et le vent se stabilise à 18 nœuds le matin pour mollir à 15 nœuds l’après-midi. Je me suis bien reposé la nuit dernière sans manœuvres à effectuer. Meng me permet de dormir pendant le début de matinée. A mon réveil, une daurade de 9 kg se prend à la ligne installée au lever du jour. Comme d’habitude, l’atterrissage de cette bête racée au fond du cockpit crée un événement. Les filles l’observent timidement à bonne distance car ses mouvements puissants forcent crainte et respect. Puis elles me regardent découper notre prise en beaux filets bien propres dont nous nous régalerons dès notre déjeuner. Après avoir tout nettoyé et rincé, nous réalisons que ce don de la mer nous a fait vivre deux heures à la vitesse de la lumière. Nous sommes ravis. Comme tous les soirs, je lave les dents de mes filles, l’une assise sur le frigo situé à côté du lavabo, et l’autre debout sur le capot des toilettes. Elles insistent maintenant pour se laver les dents elles mêmes. Bien sûr, je dois encore effectuer quelques gestes de finition pour que le brossage soit réellement efficace. Puis vient le moment du pipi ; je les installe ensuite sur le lit, là, je leur nettoie les parties sensibles ainsi que le visage, les mains et les pliures de chaque articulation. Au total, j’utilise deux lingettes par petite. Julie enfile sa couche, et Maman prend le relais pour l’endormissement.
La lune, dont il ne reste plus qu’un tout petit croissant, ne se lèvera pas avant 1 ou 2 heures du matin. J’observe le ciel envahi par une infinité d’étoiles. Elles portent toutes un nom et font partie de systèmes et de constellations qui en portent d’autres. Je n’y comprends rien, mais il faudra que je m’intéresse au sujet. Pour le moment, je laisse la beauté de ce ciel aussi magnifique qu’incompréhensible, m’envelopper d’un bonheur simple. A cet instant, seul éveillé, je me sens aussi insignifiant qu’un misérable grain de poussière à cheval sur une coquille de cacahouète perdue entre deux immensités.
 
Durant les deux prochains jours, le vent s’établit entre 20 et 25 nœuds puis 15 et 20 nœuds secteur SSE. Nous marchons donc au près bon plein, voire petit largue avec même quelques moments de bonheur au travers. Constante établit de très bonnes moyennes à 6 nœuds soit 140 miles nautiques par 24 heures. L’éolienne produit très bien et nous autorise ainsi l’utilisation du pilote principal, et le cinéma du bord passe deux à trois films par jour ; un vrai régal. Meng déploie des trésors d’énergie et de créativité pour nous cuisiner de succulents plats, pains, pizza, tartes gâteaux etc. Elle a superbement géré cette longue traversée car nous avons toujours mangé des légumes et de la salade (tomates et concombres) jusqu’à la veille de notre arrivée.
 
22 Mai 2009 Nous passons une zone très dense de plateformes de forage. De grandes flammes orange forment des halos semi-circulaires bien visibles sur l’horizon. Nous passons prudemment à plus de 6 miles au large. Au lever du jour, il est temps d’orienter le voilier vers Cabo Frio qui ne se trouve qu’à 120 miles de notre position. Rio nous attend à 60 miles derrière ce cap, vers l’Ouest. Le vent est faible, mais suffisant pour gonfler le spinnaker. Vers 10 heures GMT, il est installé avec la grand voile ; nous marchons tranquillement à 5 nœuds. La journée s’écoule paisiblement avec les enfants qui jouent. Quelques énormes plateformes défilent encore lentement sur notre tribord au loin. Ce sont les premiers signes de l’activité humaine depuis 18 jours. J’avais relégué au fond des oubliettes de ma mémoire jusqu’à l’existence même de mes semblables. Nous sommes presque surpris de les découvrir ici, besognant comme d’habitude là où ils ne devraient pas se trouver.
J’entends les rires clairs de mes filles ; elles sont dans le carré et soufflent dans un harmonica. Le vent s’intensifie à l’instant, Constante est à 7.2 nœuds sous spi ; je pars contrôler.
Il est temps de l’amener. Cette manœuvre est effectuée rapidement grâce au système génial de la chaussette à spi. Je relâche le bras, amène le point d’écoute vers le cockpit pour bien déventer le spinnaker derrière la grand voile, puis je descends la chaussette. Merci Eric Tabarly. Le vent oriente au Nord, ce qui me permet d’avancer au travers toutes voiles dessus. Le ST 1000 réparé fonctionne toujours parfaitement. Nous sommes maintenant proches de Cabo Frio et le trafic est intense. Je veille toute la nuit. Au petit matin, le cap est passé ; nous sommes maintenant hors du rail des cargos, je peux enfin me reposer.
 
23 Mai 2009 Le ciel est clair, le soleil brille, le vent parfait est de travers 15 à 18 nœuds. Les voiles nous propulsent vers Rio à plus de 6.5 nœuds. Déjà, la mer d’un bleu magnifique jusqu’à présent, passe à un vert pas très sain ; les hommes ne sont pas loin. Meng et moi flottons sur un nuage de bonheur. A droite défile la côte brésilienne. Nous sommes si heureux d’avoir accompli cette grande traversée dans de si bonnes conditions. 4000 miles en 33 jours, pas de mal de mer, pas de problèmes majeurs. Merci à Papa pour l’assistance précieuse qu’il nous a apportée sur le plan de la météo notamment. La trajectoire qu’il nous a proposée s’est révélée parfaite. Nous sommes arrivés seulement deux jours après un catamaran de 46 pieds qui avait choisi la ligne droite entre St Hélène et Rio.
Vers midi, le vent tombe complètement ; je démarre le moteur. Au loin se dessine le pain de sucre, puis le Christ aux bras écartés apparaît lui aussi. Nous ne sommes qu’un immense sourire. J’ai allumé la VHF au cas où ; miracle ! Quelqu’un appelle Constante en anglais sur le 16. Je réponds et découvre qu’il s’agit de Ruben, notre ami rencontré à Singapour il y a 4 ans. Il reprend rendez-vous sur le canal 68 dans une heure ; nous exultons. Vers 16 heures locales, nous entrons enfin dans la grande baie de Rio, puis orientons sur bâbord en direction de Botafogo et du Yacht Club de Rio de Janeiro. Ruben est sur un zodiac emprunté au club. Il monte à bord et nous guide vers le corps mort qui nous a été assigné. Les petites sont fascinées par ces grandes montagnes qui nous entourent. La baie est sillonnée par une multitude d’embarcations de toutes sortes. Nous sommes samedi ; c’est très vivant. Une navette appelée Cocoroca nous emmène avec Ruben à terre, au débarcadère d’un Yacht club immense et très luxueux ; nous y serons très certainement à l’aise... Nous partageons un rafraichissement à la terrasse d’un des trois restaurants, complètement hors du coup. Nous nous regardons Meng et moi, tout ceci semble irréel. La fatigue accumulée nous envahit lentement ; nous donnons congé à nos hôtes et nous dirigeons ensuite vers le complexe des douches.
Quel délice suprême de se laver à grande eau chaude ! Les enfants sont heureuses, bien propres. Il est temps de regagner le bord pour notre première nuit calme et ininterrompue. Cette première nuit constitue toujours la récompense délicieuse qui couronne chacune de nos traversées. Une bonne douche et une bonne nuit de sommeil ; nous n’en demandons pas plus pour atteindre le Nirvana.
 

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