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2 Novembre 2007

Voila cinq années que nous nous apprêtons à cet instant. Encore trois semaines de labeur pour préparer le bateau et notre petite famille... et nous serons prêts...mais l'est on jamais ?

Preparatifs





Mise a l eau

Je suis face à mon ordinateur, fatigué. Voila près d’un mois et demi que nous sommes hors de l’eau à bosser comme des damnés pour préparer le grand voyage, celui dont je n’ai cessé de rêver pendant de nombreuses années.
Il est tard, Meng dort avec Carmen et Julie dans la grande cabine arrière. Il semble que cela devienne la structure nocturne de notre famille. Moi, je dormirai dans quelques instants dans la cabine avant à l’autre bout du bateau.
Demain, nous remettons Constante dans son élément pour un départ prévu Dimanche 4 Novembre

Ibanez Family 




Derniers regards vers Singapour



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Dimanche 4 Novembre 2007

Nous avons remis le bateau à l’eau hier. J’ai travaillé très tard pour tenter de tout remettre en ordre à l’intérieur, mais la liste innombrable des trucs indispensables à installer sur un voilier semble interminable. Nous sommes fatigués et à bout de nerfs. Meng s’occupe des enfants et organise sa partie à bord: Les vêtements, la nourriture, l’eau, les jouets, et les médicaments tombent sous sa juridiction. Moi, je me débats avec les cartes, les outils et les pièces détachées. Nous décidons de partir malgré la fatigue et le stress qui m’a envahi. Je ne me sens pas prêt, le bateau n’est pas encore aménagé, de nombreux objets n’ont toujours pas trouvés leur place, mais il faut partir. Nos amis ont pris leur bateau et nous attendent à l’extérieur afin de nous prendre en photo et nous souhaiter un ultime au revoir. Alors nous décollons vers la pompe à diesel pour remplir le réservoir. Je sais que le voyage sera long jusqu’à Phuket avec des vents irréguliers, souvent contraires voire inexistants en cette saison.
Déjà j’effectue mes premières bourdes: pour ne pas avoir à sortir les jerricans de fuel de leur logement dans le fond d’un coffre immense, je tente de les remplir in situ. Sauf que ça déborde et que j’en mets partout… Me voilà rageant et pestant contre ma stupidité, le chiffon et l’éponge savonneuse à la main pour tout nettoyer, après avoir bien sûr, dû tout enlever du coffre. Les pleins faits, Meng me regarde bien et me propose gentiment de reporter notre départ au lendemain. Il est des moments comme celui là où un coup de pouce s’impose pour enfin voir clair. Je ne pouvais tout simplement pas accepter le fait de n’être pas prêt. C’est avec soulagement que je m’empresse d’accepter sa suggestion. Nous nous relaxons une dernière fois dans la somptueuse piscine de Raffles marina avant de finaliser la préparation de notre départ du lendemain.

Lundi 5 Novembre 2007

Nous ne devons plus dire au revoir à personne: les adieux ont été échangés hier. C’est donc l’esprit entièrement focalisé sur ce que nous devons faire que nous larguons les amarres. Le phare de la marina est dans notre sillage à onze heures. Il ne me reste plus qu’à calibrer le pilote que je viens d’installer. Pour ce faire, il me faut effectuer les traditionnels ronds dans l’eau. Mais à ma grande surprise, je ne peux plus entrer dans le mode calibration. Je téléphone à Zainal, puis à Thomas Beck de chez Oceantalk qui me confirme que quelque chose est anormal et que mon compas doit être monté à 180 degrés pour que je puisse au moins utiliser le mode track.
Pour le moment, le pilote fonctionne normalement, mais je ne peux pas le connecter aux données provenant du GPS car le compas est monté à l’envers en quelque sorte, et sans calibration, il n’est pas possible de corriger cette différence de positionnement électroniquement. Je suis extrêmement contrarié.
Le vent est assez fort et Meng développe les premiers symptômes du mal de mer. Elle en souffre en silence dans le cockpit tandis que les enfants regardent un film à la télévision.
Moi je monte et descends dans la cabine, le téléphone à la main pour donner le maximum d’infos au spécialiste. Je remonte après un court instant dans la cabine, nous sommes sous pilote en direction du Détroit de Malacca.
Horreur !!! La proue d’un grand cargo se trouve sur mon arrière bâbord à environ 20 mètres, nos trajectoires sont concurrentes et il avance sur nous à grande vitesse. Je me précipite sur la touche “stand by” du pilote pour pouvoir reprendre le contrôle de la barre à roue, puis me rue sur celle-ci pour tenter de virer sur la droite avant l’impact. Je me retourne sur la gauche pétrifié par ce que je vois. Le cargo est maintenant sur nous. Il n’est plus qu’un mur d’acier de couleur verte, des hauts parleurs de pont invectivent les membres d’équipages pour les diriger vers des tâches quotidiennes, complètement indifférents à la bulle de plastique qui se trouve si près d’eux. J’entends leurs énoncés laconiques alors que nous ne nous trouvons plus qu’à 5 mètres de l’immense mur de métal. Le drame est imminent. Mon cœur s’est arrêté de battre, Meng n’a pas le temps de comprendre que, si tôt, notre voyage est déjà sur le point de s’achever. Constante est maintenant parallèle au monstre, qui défile sur notre flanc; nous pourrions presque le toucher. Je pousse un peu plus la barre sur tribord, mais pas trop pour que l’arrière de notre voilier ne touche pas le cargo. Le voilà qui s’en éloigne. Personne sur la passerelle, les marins vaquent à leurs taches sans un regard sur nous. Ils ne nous ont pas vus! Un dernier coup d’œil au cargo qui est déjà passé et j’oriente la barre à bâbord pour reprendre notre route… elle est encore longue.
Meng me regarde et me dit: “that was close”. La haut, ils m’ont donné une chance supplémentaire; merci encore… du fond de mon âme.
Je laisse tomber mes problèmes d’électronique et me refocalise complètement sur la navigation. Cela doit me servir de leçon.
Dieu que ce départ est dur, le stress est toujours présent car le vent s’est levé droit dans le nez contre un fort courant et lève une mer courte et très hachée. Constante se lève à 45 degrés et retombe lourdement sur la vague suivante, presque stoppée nette. Notre progression est laborieuse. Nous décidons de nous arrêter pour la nuit sous le vent d’une île appelée Pisang. Mais l’approche est rendue difficile par des hauts fonds et nous ne pouvons pas trop nous en approcher. Je mouille finalement par 3.6 mètres d’eau et fait courir une quarantaine de mètres de chaîne pour être tranquille.
Mais rien n’y fait, le vent et de courtes vagues font lentement déraper Constante; ça ne tient pas et ne tiendra pas.
Je remonte le mouillage et reprends le détroit. Tant pis, je ne dormirai pas encore cette fois-ci. En effet, la nuit est longue et la fatigue accumulée depuis les derniers jours de cette préparation m’assaille sans relâche pour me plonger dans ce délicieux sommeil auquel je ne peux pourtant pas m’abandonner. Chaque minute est une torture; il faut résister coûte que coûte, ne pas s’assoupir.
Le détroit est l’un des plus emprunté du monde et les cargos y défilent en une procession ininterrompue. Nous naviguons de nuit à l’intérieur du rail car à l’extérieur, ce sont les filets et leurs pêcheurs qui nous attendent.
Vers trois heures du matin, un cargo nous arrive encore par l’arrière; je suis obligé d’effectuer un 360 degrés pour l’éviter et reprendre ma course sur son sillage après son passage. Cela a le mérite de me dynamiser. Puis deux grains violents se succèdent, l’un à 4 heures et l’autre à 6 heures. Je suis trempé car je n’ai préparé ni harnais de sécurité ni cirés !! Décidément il y a longtemps que je n’ai pas navigué et ça se voit.
Meng et les enfants se réveillent vers 7 heures. Ca va mieux avec la lumière du jour. Je découvre qu’une bonne partie de ma plate-forme en bois située tout à l’avant sur le beaupré a été arrachée durant la nuit.
Nous arrivons enfin à Port Dixon vers 16 heures, un peu crispés à cause des innombrables hauts fonds qui ceinturent l’entrée de la marina.
 


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