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Séjour à Rio

Dimanche 24 Mai 2009 Ruben m’emmène régler les formalités d’entrée. Nous prenons un taxi car il ne sait pas où se trouve le département de la santé d’abord, l’immigration ensuite, puis la douane et le capitaine du port pour finir. 55 Rias (27 USD environ) plus tard, nous n’avons pu accomplir qu’une seule formalité, celle de la santé. Nous effectuerons le reste avec la voiture personnelle de Ruben demain.


Lundi 24 Mai 2009 A ce moment de notre arrivée, je continuerai la narration des faits qui suivirent par le biais d’une lettre ouverte que j’ai écrite à l’intention de :’’Monsieur le bureaucrate brésilien’’


Monsieur le bureaucrate, il est de mon devoir de vous informer de faits préoccupants relatifs à l’entrée de touristes étrangers sur le territoire du Brésil.


Je navigue sur un voilier de 12 mètres acheté et affrété à Singapour pour un voyage que nous avons entrepris en famille. Mon épouse est une Singapourienne, musicienne de son état, et mère de mes deux enfants, Carmen 5 ans, et Julie 3 ans et demi. Nous sommes partis de ce pays en Novembre 2007 et naviguons ensemble depuis.
Notre objectif est de regagner la France, mon pays d’origine, par la voie maritime, en passant par l’Afrique du Sud, le Brésil, les Caraïbes et les Açores pour finir. Partis de Cape Town le 4 Avril 2009, nous sommes arrivés à Rio de Janeiro le 23 Mai au terme de 50 jours de voyage dont 33 passés en mer. Nous étions soulagés d’avoir réussi sans problèmes particuliers cette longue traversée. Nous ressentions une joie intense à l’idée de découvrir ce grand et beau pays dont nous avions si souvent rêvé.

Dès notre arrivée, nous avons entrepris, avec l’aide de notre ami brésilien basé a Rio de Janeiro, de déclarer notre arrivée aux différentes instances officielles ; la santé d’abord puis la Polizia Federale ensuite (immigration). Si tout se passa bien pour moi et mes deux filles titulaires de passeports français, il n’en fut pas de même pour mon épouse dont la nationalité est Singapourienne.

Le système informatique de votre administration refusait de saisir ses coordonnées. Les officiels à qui nous avions affaire ne savaient pas, comme nous, que les citoyens en provenance de Singapour ont besoin d’un visa d’entrée. Nous avions pourtant contrôlé en Afrique du Sud sur internet, et surtout, le guide de croisière que nous possédons sur le Brésil (actualisé en 2008) stipule qu’il est de toute manière possible de s’en procurer un sur place.


De toute évidence, nous ne savions pas qu’il en fallait un. Notre erreur, sans conséquences, fut celle commise par d’honnêtes gens ne représentant aucune menace à l’intégrité nationale de votre pays. Nous allions certainement pouvoir trouver une solution, mais, à notre grande stupéfaction, les officiers de votre immigration nous intimèrent l’ordre de regagner la pleine mer et de sortir du territoire sans escale !


Face à notre indignation, ils consentirent à laisser mon épouse sortir du Brésil en avion pour rejoindre Buenos Aires en Argentine afin d’obtenir un visa à l’Ambassade brésilienne. Aucune négociation ne fut possible ; nous avions affaire à une sorte de robot à forme humaine, arborant un souverain mépris pour ce que nous représentions.


Consternés par l’accueil glacial dont nous faisions l’objet, nous reçûmes une lettre officielle permettant à mon épouse de quitter le Brésil. Fatigués par 19 jours de navigation, résignés devant l’intransigeance incompréhensible de ces gens supposés accueillants, humiliés par une loi discriminante touchant directement un membre de ma famille, nous partîmes des locaux de la Polizia Federale. Dans l’après-midi, nous avions acheté les billets d’avions et réservé l’hôtel à Buenos Aires pour une durée de deux jours. Nous abandonnâmes mon épouse à l’aéroport accompagnée des pleurs de mes filles séparées de leur mère pour la première fois depuis leur naissance.


A minuit, allongé dans la cabine avant de notre voilier, et sur le point de m’endormir malgré le stress, j’entendis la voix familière de mon épouse ; elle était de retour !!


Lors du changement d’avion à Porto Alegre, Une femme officier d’immigration refusa de la laisser embarquer à destination de Buenos Aires malgré la lettre officielle écrite à Rio de Janeiro. Elle ne voulut pas reconnaitre sa validité et renvoya mon épouse à la case départ. Le rêve brésilien tournait au cauchemar.


Le lendemain, nous nous présentâmes de nouveau à l’immigration de Rio. Nous dûmes attendre 15h30 que l’officier revienne de son déjeuner. Nous avions avec nous un ami bilingue pour éliminer tout problème de communication. Cette fois-ci, nous nous mîmes à genou pour implorer un peu de compréhension, mais rien n’y fit. Mon épouse fondit en larmes quand elle comprit, qu’une fois encore, il lui faudrait reprendre le chemin de Buenos Aires.


L’officier ne présenta aucune explication, aucune compassion, aucune forme de flexibilité. Il nous montrait la direction de la porte. Quand je lui demandai combien me faudrait-il acheter de billets d’avion pour réussir à sortir du territoire, il me rétorqua en portugais, traduit par notre ami, « si vous n’êtes pas heureux, repartez chez vous ». Son visage pétri de mépris, ricanait devant notre infortune. Un dernier regard vers cet individu, alors que nous sortions de ses locaux, nous fit découvrir l’inconcevable ; il riait avec deux de ses collègues.


Il nous fallut acheter un deuxième billet d’avion et réserver de nouveau l’hôtel.


Au Consulat du Brésil à Buenos Aires, le parcours du combattant continua pour mon épouse, elle s’effondra en pleurs de nouveau. Ce sont des clients argentins présents au consulat qui lui vinrent en aide ; la préposée brésilienne refusait de délivrer un visa sous 48 heures, durée que nous avions prévue pour son séjour en Argentine. Nous étions un Jeudi matin, il lui fallait attendre jusqu’au Lundi suivant. L’employée comprit enfin qu’il était temps de redevenir un être humain. Mon épouse obtint son visa en début d’après-midi ce même jour, en échange d’un paiement de 85 Pesos soit l’équivalent de 23 dollars US et d’un bouquet de fleurs pour montrer sa gratitude envers une femme qui fut la seule capable de flexibilité.


Pour un petit bout de papier collé sur le passeport de mon épouse Singapourienne, nous avons dû dépenser plus de 2300 rias (1150 USD), et l’avons vue embarquer sur pas moins de 4 avions ; une prise de risques intolérable et parfaitement inutile.


Pourquoi cette réaction Monsieur le bureaucrate ?


Les petits cerveaux lobotomisés du contrôle de vos frontières se sont tous refugiés derrière une petite phrase « il lui fallait un visa... ». Sans nul doute conclurez-vous de la même manière en nous insultant par l’absurde de cette petite phrase têtue. Pourtant, Monsieur le bureaucrate, en y regardant d’un peu plus près, ma conclusion est autre. Les règles qui régissent les flux de touristes vers le Brésil sont complètement inadaptées et surtout, totalement inefficaces.


Vous vous trompez de cible et vous le savez. Ceux qui se présentent de leur plein gré devant l’autorité brésilienne avec de jeunes enfants, le sourire naïf aux lèvres, avec pour seule intention celle de vous rendre visite et d’injecter de l’argent dans le circuit de votre industrie touristique, sont d’honnêtes gens, parfaitement inoffensifs. Les vrais criminels gardent leurs distances vis à vis de l’autorité et vous infiltrent de toute part, la nuit, par les brousses, par les côtes, partout.


Mais il est tellement plus facile de s’acharner sur un touriste, une mère de famille en provenance d’un pays pacifique, en brandissant la bannière de la règle ; absolution bien pratique sous le couvert de laquelle, l’homme vil et étroit, répand sa pestilence à coup de formalités, tampons et papiers de toutes sortes.


De tous les pays traversés durant notre voyage, le Brésil remporte, haut la main, la Palme de l’intolérance débile, caractéristique des pays à gouvernements immatures. Vous présentez à la face du monde une armée d’employés gouvernementaux, gonflés d’une importance minable dont l’intransigeance aveugle ne traduit que trop clairement, un fort complexe d’infériorité.


Quelle impressionnante démonstration d’autorité Monsieur le bureaucrate ! Votre gouvernement se sent-il ainsi plus viril ? Vous sentez vous mieux protégé contre les invasions de touristes curieux ou de dangereuses mères de famille ?


Une fois la barrière des sourcils froncés et des doigts accusateurs, nous allions certainement découvrir un havre de paix où douceur et joie de vivre prévaudraient. Là encore : désillusion !


En une semaine de présence dans la baie de Rio, trois moteurs hors bord étaient déjà subtilisés sur trois voiliers amis par des voleurs opérants la nuit durant leur sommeil. Un autre couple subissait en plein jour, à la montée dans un bus, le vol à l’arrachée de leur caméra vidéo. Notre ami brésilien fut récemment obligé, sous la menace d’une arme à feu, d’abandonner sa motocyclette (une BMW 650cm3), son casque et son sac à dos à un voleur alors qu’il se rendait sur son lieu de travail.


Nos amis brésiliens entreprirent de nous mettre en garde contre la menace sérieuse des agressions à Rio de Janeiro, mais aussi ailleurs. Nous subîmes un véritable briefing militaire et dressâmes une carte de mouvements et stratégies à suivre à la lettre sur toutes nos prochaines destinations au Brésil.


Le niveau de criminalité y est 4 fois supérieur à celui des USA ; c’est un chiffre énorme qui souligne l’aberrante attitude des fonctionnaires en postes aux frontières de votre pays.


Meurtris financièrement, humiliés et touchés dans nos cœurs, nous avons enfin rencontré compréhension et support moral chez les Brésiliens à qui nous nous sommes confiés. Tous se sont montrés indignés par l’attitude révoltante de vos chiens de garde. A l’évidence, Monsieur le bureaucrate, vous n’avez rien compris ; vous finirez par décourager les touristes de venir vous rendre visite.


Peut être apprendrez vous, pas le biais de vos ambassades, à accueillir humainement un touriste étranger. Je pense en particulier à Singapour où jamais, un voyageur brésilien ne subira pareil traitement.


Veuillez recevoir, Monsieur le bureaucrate brésilien, l’expression de ma profonde indignation.


Franck Ibanez

Vendredi 29 Mai 2009 Meng est de retour parmi nous. Il pleut, mais nous sommes heureux qu’elle nous soit revenue saine et sauve avec son visa en prime. Nous ressentons un sentiment mixte de joie et d’amertume. Malgré nos efforts pour demeurer positifs, le regard que nous portons sur le Brésil est noirci par une rancœur tenace. Comme lors de la perte de notre annexe et moteur à Mayotte, les pensées négatives s’infiltrent dans notre esprit en permanence et nous empêchent d’appréhender sereinement notre visite en cette terre. Le Dimanche 31 Mai, 2 jours après le retour de Meng, le vol Air France en partance de Rio de Janeiro pour Paris s’abîme en mer en broyant tous ses passagers. Nous sommes tous consternés. L’implacable vague de tristesse qui submerge les familles et amis des victimes de cette tragédie, balaye définitivement notre amertume et la relègue au rang du sans importance. Je prends Meng dans mes bras ; nous nous serrons très fort en remerciant nos anges de nous accorder l’immense mais simple privilège d’être ensemble. Nous sommes à Rio, mais nous y sommes fatigués. Nous nous reposons agréablement dans les locaux luxueux et confortables du Yacht Club de Rio de Janeiro. Nous découvrons progressivement la texture raffinée et élégante des membres du club. Le contraste doit être autant saisissant qu’embarrassant car nous déambulons avec nos filles bruyantes et nos sacs chargés de linge à laver (à la sauvette, dans une douche ou un lavabo ...) et de divers ustensiles pour la douche quotidienne. Nous sommes chargés de cette manière afin d’éviter trop d’allers et retours du bateau au club en utilisant la très pratique navette. La moyenne d’âge des membres du club se situe aux alentours de 70 ans. La plupart nous regarde un peu de travers en prenant soin de ne pas attirer notre attention. Notre garde robe du bord ne nous donne pas vraiment le look RSA (Réussite Sociale Affichée ; ca vient de sortir je viens juste de l’inventer...) malgré nos effort pour ne pas trop jaillir hors du code vestimentaire chic de l’endroit. Par contre, quel bonheur de profiter gratuitement de la générosité de nos hôtes ; Internet, piscine à température régulée, douche chaude à volonté, café servi à la demande et lui aussi gratuitement, multiples jardins d’enfants qui régalent nos petites, restaurants pas chers, 5 dollars pour une coupe de cheveux intramuros, etc. Nous nous aventurons prudemment hors de l’enceinte sécurisée du club pour faire des courses ou bien nous rendre à la petite plage toute près sur la face atlantique. A notre grande surprise, l’eau y est claire et le sable ressemble à s’y méprendre à du sucre de canne. Je réprime l’envie pressante de m’en fourrer plein la bouche ! Il ne nous est pas permis de nager car la houle de l’océan conjuguée à un courant portant au large rend cette plage dangereuse. Des panneaux ainsi que des maitres nageurs, interdisent strictement de s’y baigner. A côté, c’est Copacabana, mais nous n’irons pas nous y allonger cette fois-ci. Malgré le coût prohibitif du téléphérique mythique qui nous surplombe, nous passons une bonne après-midi à visiter le pain de sucre. Les petites sont ravies et les sourires illuminent nos visages. Vue de cette hauteur, la baie et la ville de Rio sont absolument magnifiques. Nous repérons Constante ; petit fuseau blanc perdu dans la myriade de voiliers au mouillage. Je le remercie silencieusement pour nous avoir emmenés ici. Constante a besoin d’un bon nettoyage ; des coulures de rouille provenant de nombreuses pièces en acier inoxydable sur le pont ternissent l’allure du voilier qui apparaît ainsi fatigué. Nous devons trouver une marina raisonnablement bon marché pour lui rendre sa fraicheur. Rio est au dessus de nos moyens financiers. Rubem et Marcia, se montrent extraordinaires et se décarcassent pour nous aider. Les enfants adorent Marcia dont la douceur et la gentillesse ont conquis leur cœur. Nous vivons de magnifiques moments d’amitié en leur compagnie. Une semaine et demi après notre arrivée, nous partons dans la soirée du  Mardi 9 Juin 2009 après avoir fait le plein d’eau au quai d’accueil du club. La famille de Rubem nous retrouvera à Saco de Ceu (Ilha Grande) vendredi prochain avec Camaiura, le voilier familial. Nous passerons le weekend ensemble. Nous sortons de la baie de nuit, la météo annonce un front froid pour le lendemain en soirée. Les petites gagnent leur cabine et s’endorment rapidement. Meng et moi méditons dans le cockpit alors que défilent les plages de Copacabana, Ipanima etc.
Les favelas tapissent d’étoiles électriques les flancs sombres des montagnes qui encerclent la riche baie de Rio. Bientôt, ce fourmillement de vie s’écrase inexorablement sur la surface houleuse de l’océan. Le vent apparaît vers une heure du matin et me permet de faire route à la voile. Puis il tombe à cinq heures du matin alors que nous sommes en face de l’extrémité Est de Ilha Grande. J’enroule le Génois et arrête le bateau. Nous flottons calmement sur la glace ondulée de l’Atlantique sud. Au rythme de mes tranches de sommeil, la fin de nuit s’écoule paisiblement.
Vers sept heures du matin, le vent revient secteur Ouest, dans le nez ; nous tirons des bords jusqu’à 9h15, puis le vent tombe complètement.
Nous arrivons à Saco de Ceu vers 11 heures. Nous voici dans la mystérieuse Bahia da Ilha Grande



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