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Saco de Ceu à Ilha Grande

L’endroit est très beau et très protégé. Cette baie est complètement encastrée dans l’antre de l’île. On y accède par un étroit goulet garantissant ainsi un calme absolu à l’intérieur. Il y a des corps morts et bouées en face d’un petit restaurant, mais je jette mon ancre ne sachant rien de leur accessibilité (payant ou non). Nous nous reposons sur ce plan d’eau calme. Nous sommes entourés d’une lourde végétation dense de laquelle s’échappe ici et là de fines colonnes de fumée.
On entend quelques aboiements de chien, quelques chants de coqs qui déchirent le silence de ce tombeau naturel. J’emmène les petites vers le restaurant, il y a une petite piscine nichée entre plusieurs rocs arrondis par des millénaires d’érosion ; elles s’y baignent sans la moindre hésitation. Un regard en coin au staff de l’établissement ne révèle aucune désapprobation naissante, donc je les laisse faire en les surveillant de près. Au bout d’une demi-heure, mes chevilles subissent une attaque en règle de petites saloperies ailées. Ce ne sont pas des moustiques, mais ca se nourrit goulument de la même substance et ça démange encore plus. Nous apprendrons plus tard qu’il s’agit de nonos. Les piqûres s’infectent et démangent à en rendre fou. Nous effectuons un repli stratégique rapide vers le bateau et passons une nuit merveilleuse, sans bruit, sans mouvement, sans soucis...

Jeudi 11 Juin 2009, j’enfile ma combinaison de plongée et passe 4 heures à nettoyer la coque ; impossible de le faire dans le cloaque infectieux de la baie de Rio. Je ressors de l’eau couvert de petits crustacés. Carmen et Julie les observent se tortiller avec une grande curiosité alors que je me débarrasse de l’encombrante combinaison. Avec l’âge, je rentre de moins en moins facilement dedans. Heureusement que je l’ai cette combinaison car l’eau est froide dans ces parages. Elle m’accompagne depuis près de 10 ans ; un superbe présent de Geneviève. Le ciel se couvre progressivement ; il va bientôt pleuvoir. Vers 11 heures, Camaiura, le voilier de Rubem arrive et prend immédiatement un corps mort. Il nous invite à faire de même car ils sont de bonne qualité et totalement gratuit. C’est la joie des retrouvailles. Marcia est très vite assaillie par mes filles qui l’aiment énormément. Nous levons le mouillage et nous plaçons sur un corps mort à notre tour ; tout va bien. Mr Jazz, un 411 de chez Bénéteau et ami de Rubem, nous rejoint. D’autres bateaux brésiliens arrivent aussi avec des rires et de la musique. C’est la fête et l’ambiance nous plaît. Malheureusement, la pluie et le froid nous tombent dessus Jeudi après-midi et toute la journée du lendemain.

Samedi 13 Juin 2009, nous partons en convoi de Saco de Ceu pour rejoindre le port d’attache de Camaiura et Mr Jazz à Bracuhy. Le soleil est revenu, la brise est belle et nous rivalisons, toutes voiles dehors, avec le 411, surpris des performances inattendues de Constante. Les îles de la Bahia da Ilha Grande sont partout. Le décor est superbe ; ici, la planète respire au rythme de la pluie et du soleil. Chaque parcelle de terre croule sous une végétation somptueuse. De superbes plages s’imposent ici et là en poussant des épaules cette verdure gorgée de vie. Nous passons très près en glissant sur une mer plate, toutes voiles établies. Constante se promène au près bon plein dans ce dédale d’îles multiformes. Même la mer présente une couleur vert sombre qui contraste magnifiquement avec l’orange sucré des roches et sable fin. Nous arrivons en vue de Bracuhy, un complexe résidentiel niché au creux de montagnes, elles aussi, vertes à s’en empiffrer le regard. De lourds nuages nous surplombent et s’éventrent en torrent sur nos têtes alors que nous effectuons notre manœuvre d’accostage au quai d’accueil. Je dois m’y reprendre à deux fois à cause de la difficulté à évaluer le bon angle du bateau par rapport au quai ; une ancre à l’avant et deux aussières à l’arrière doivent assurer une position plus ou moins perpendiculaire au ponton. Pas facile sous les trombes d’eau et le crépuscule.



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Bracuhy

Le lendemain Dimanche 14 Juin 2009, Rubem et sa famille doivent nous quitter tôt car de bons amis à eux sont morts dans la nuit, tués dans un accident de voiture. Ils laissent deux enfants orphelins. Rubem est accablé ; il explique que la conduite au Brésil constitue une cause de mortalité inacceptable à cause, en particulier, de la consommation d’alcool.

Des amis rencontrés sur les pontons nous aident à obtenir un transfert de Constante vers un quai flottant. Nous retrouvons avec délice le confort d’une marina. Les trois premiers jours sont gratuits ‘’La Courtesia’’. Ensuite, nous négocions 26 Rias par jour pour 10 jours supplémentaires.
Nous y resterons en tout 17 jours dont 7 gratuits. Pendant ce temps, nous découvrons Paraty, Angra dos Reis et Frade en bus. J’en profite pour réparer de nombreux petits bobos, pour supprimer toute trace de rouille et polir tous les inox, laver la coque et le pont. Le bateau redevient beau. Les 50 jours passés en mer, ainsi que le séjour sous la pollution crasseuse de la ville, avaient achevé de ruiner l’esthétique de Constante. Heureusement, l’acide phosphorique, des dégraissants puissants et un nettoyant WC super décapant ont raison de toutes ces saloperies. Le voilier brille de nouveau et fait plaisir à regarder.
Werner, un Brésilien d’origine autrichienne se lie d’amitié avec nous et nous prend sous son aile. Il nous aide dans nos déplacements grâce à sa coccinelle de couleur bleu ciel. Il possède un bateau en acier qui devait l’emmener en famille autour du monde. Résultat, son épouse l’a quitté et après un voyage en solitaire jusqu’à Fernando da Noronia, Werner a réalisé simplement que la navigation hauturière en voilier représentait une somme d’efforts, d’énergie et de stress peu compatibles avec sa nature paisible. Aujourd’hui, le voilier pourrit lentement sur son ponton (une très bonne affaire à prendre car, à part un peu de travail de soudure sur le pont à effectuer, le reste est en bon état, y compris les fonds).
Il est temps de partir. Nous sortons de la marina et ancrons à l’entrée dans une baie très protégée. Nous attendons que la météo s’améliore car il pleut et il fait un peu froid dehors. Nous profitons toujours des douches chaudes de la marina ; le staff est relax et ne s’en offusque pas.

Marc, mon frère, a rencontré un Français vivant au Brésil sur les pontons de sa marina en France. Il me communique ses coordonnées car ce dernier désire nous aider lors de son retour au pays. Il habite à Sao Paulo et compte parmi ses amis, une Française propriétaire d’une marina tout près de Santos. C’est un peu plus dans le Sud, mais si nous pouvions y rester à très bon prix ou bien gratuitement (A titre de l’entre aide entre Français), cela nous encouragerait à effectuer le voyage pour compléter l’entretien du voilier avec eau et électricité à volonté. De plus nous pourrions visiter Sao Paulo. Nous prenons contact avec l’ami de Marc qui est de retour au Brésil, puis je téléphone à son amie propriétaire de la marina. Je déchante vite, elle me propose de nous accueillir pour la modique somme de 45 Rias par jour... C’est bien trop cher pour notre budget. Elle s’est pourtant montrée charmante au téléphone et je ne doute pas un instant de la qualité de sa personne. Malheureusement, nous sommes confrontés à un phénomène de société, peut être lié à la crise qui frappe la planète, qui ne facilite pas les mouvements des gens de grand voyage.

D’abord il y a  l’intransigeance parfois débile des officiels de l’immigration. Ensuite, partout où nous tentons de nous arrêter, la structure de l’industrie nautique est la même. Les points où nous pouvons nous connecter à de l’électricité et de l’eau, se trouvent dans des marinas qui abritent les propriétaires de bateaux quel que soit le type. Ils sont intégrés au système de fonctionnement de notre société, avec de l’argent qui rentre tous les mois, mais peu de temps pour en jouir. Pour eux, pas de problèmes pour consommer les services et protection proposés par une marina aux tarifs du marché.

Pour nous qui sommes en dehors, pour un temps, cette structure est impossible, ou bien pour très peu de temps. Aux Seychelles, nous n’avons passé qu’une journée en marina après 6 mois de voyage et lavé très rapidement notre réservoir d’eau. En Afrique du Sud, il n’est pas possible, en raison des conditions climatiques extrêmes, d’être ailleurs qu’en marina. Notre chance fut qu’à l’époque de notre passage, 1 dollars US valait 10 rands sud africains. Nous sommes restés en marina pendant deux mois pour 150 USD par mois (300 rias, 10 rias par jours).  Nous ne sommes pas très bien perçus, un peu comme des vagabonds. Tout cela est bien compréhensible en regard des difficultés que les gens éprouvent à maintenir le niveau de vie auquel ils aspirent. Du temps de Moitessier, c’étaient des gens de mer qui accueillaient les navigateurs (les marinas pour plaisanciers n’existaient pas), et ça se passait plutôt bien à en croire ses livres. Aujourd’hui, il faut franchir l’étape du port et du littoral pour rencontrer l’intérêt des gens que le voyage en bateau fait encore rêver.
L’argent supplante tout. Partout où la beauté sauvage d’un site est capable d’éveiller la curiosité d’un touriste, un émetteur de factures se positionne la main tendue sur son passage, et le notre par voie de conséquence. Ainsi, les parcs nationaux de toutes sortes se développent en Thaïlande, aux Maldives, aux Seychelles etc. Bien sur, il faut payer pour avoir le droit de les découvrir (souvent très cher). Ceux qui arrivent par avion sont proprement matraqués, mais ils le savent et s’en accommodent en regard de la courte période qu’ils vont y passer. Les voiliers comme nous, plus difficiles à contrôler, sont traqués à l’entrée de chaque pays. Il faut montrer patte blanche, indiquer notre position à tout moment, obtenir des permis et droits de passage de toutes formes, se plier au contrôle des bâtiments des gardes côtes, établir des périodes de présence et les respecter en indiquant la prochaine destination aux dates prévues... Jeter l’ancre dans un site paradisiaque à l’eau cristalline et aller se baigner parmi les poissons multicolores, c’est superbe et c’était gratuit, jusqu’au moment où ceux qui font payer 250 USD la nuit dans le resort établi sur la plage d’en face, ce sont dit que le voilier là bas, au milieu de la baie, pourrait aussi contribuer à enfler leurs livres de comptes. Et oui, c’est un peu triste, mais c’est une réalité qui se répète sous diverses formes pratiquement partout où un intérêt touristique existe



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Abrao

Le 6 juillet 2009, nous levons l’ancre pour aller à Angra dos Reis. Nous faisons le plein de fuel sur une plateforme flottante du groupe Esso (2.25 Rias le litre). Nous allons à Pirata’s mall ; c’est gratuit sur un grand et beau quai d’accueil pendant trois heures par jour. Nous en profitons pour prendre une douche froide et compléter nos provisions. Je fais fabriquer aussi un adaptateur en bronze dont l’objectif est de nous permettre de transférer par gravité, du gaz brésilien dans nos bouteilles n’ayant pu trouver d’organisme capable de remplir nos bouteilles étrangères. Le soir, durant les deux jours passés à Angra, nous ancrons en face d’une petite plage entourée de résidences chics. Il y a là un policier permanent qui nous interdit courtoisement de sortir de la plage, seul endroit public sur lequel nous avons le droit d’atterrir. Je lui demande timidement s’il pourrait nous autoriser à utiliser un tuyau d’eau pour laver les petites, mais il refuse de la même manière ne comprenant pas, dans sa petite tête, que le don d’eau est probablement le plus noble, celui qu’il ne faut jamais refuser.
La veille, un chalutier nous a demandé de lever le mouillage car il désirait chaluter exactement où nous nous trouvions à l’ancre ! Il est loin le temps où les pêcheurs voyaient d’un bon œil la plaisance. Aujourd’hui, c’est plutôt du mépris que l’on peut lire sur les visages fermés de ces marins quand on les croise. Heureusement, nous en rencontrerons de sympas qui sourirons largement à la vue de nos rias quand nous leur achèterons à bon prix du poisson ou des grosses crevettes (Camarao).
 
Le 8 Juillet 2009, nous allons à Abrao, situé sur Ilha Grande car nos amis Américains restés à Rio durant ce temps, doivent nous y rejoindre. Nous nous faisons une joie de les revoir, car nos filles, en particulier, adorent les leurs. Nous arrivons dans la baie d’Abrao à 14h00 et sommes agréablement surpris par l’endroit. Il fait beau enfin, face au mouillage se cachent, sous de lourdes frondaisons, deux petites plages où lézardent quelques touristes. Dès notre descente de dinghy, nous découvrons de l’eau douce coulant sur le sable de canne à sucre grâce à de longs bambous servant de canalisation. C’est beau, c’est simple ; nous sommes ravis. Meng en profite pour faire la lessive et puis nous nous lavons. L’eau est glaciale mais tellement vivifiante que nous n’hésitons pas à affronter la piqure initiale de l’eau froide sur la peau. Carmen et Julie brayent et se débâtent avec l’énergie du désespoir, mais rien n’y fait ; il faut rester propre.
Le soir même, Estrella, le petit bateau américain arrive ; c’est la joie. Meng les invite spontanément et nous passons une agréable soirée à bord de Constante. Nous décidons d’un commun accord d’aller à Las Palmas car la baie est belle, mais surtout, un sentier étroit traverse l’île très mince à cet endroit pour rejoindre la plage de Lopes Mendes de l’autre côté. Cette plage est classée par le National Geographic parmi les 7 plus belles plages du monde...
 



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Las palmas

Le 10 Juillet 2009, nous nous rendons à Las Palmas et y retrouvons Picola, nos amis Sud Africains rencontrés à St Hélène. Estrella, la petite famille américaine doit nous y rejoindre le lendemain. Ils sont très occupés par la remise à niveau de leurs deux filles en vue d’une prochaine réintégration scolaire aux USA. Mais dimanche, ils ne travaillent pas et projettent de passer un peu de temps avec nous. En attendant, nous débarquons avec l’annexe sur la belle plage de Las Palmas en ce matin du 11 juillet et empruntons le petit sentier qui mène de l’autre côté à la plage de Lopes Mendes. Nous marchons pendant une demi-heure à travers la jungle, pour voir cette fameuse plage. Pour moi, une plage est une plage ; pas de quoi s’extasier, mais là, j’en ai presque le souffle coupé !! Nous débouchons du sentier sur une immense plage au sable tellement fin qu’il émet un son sous le frottement de nos plantes de pied. L’eau est très claire ; c’est magnifique ! Les petites courent en riant sur ce grand tapis humide. De longues cordes ont été installées très haut à la cime de grands cocotiers. Carmen se régale sur ces balançoires improvisées. Nous sommes heureux. Meng a préparé un piquenique. La matinée passe vite ; il est temps de revenir. De retour au bateau, nous passons un peu de temps avec nos amis de Picola. Il y a d’ailleurs pas moins de quatre bateaux sud africains sur cette baie. En fin d’après-midi les Américains arrivent sur Estrella mais s’ancrent très loin du groupe ???

Le lendemain 12 Juillet 2009, je culbute comme un bleu dans le fossé culturel qui sépare les nations. Je m’y ratatine le nez sans cérémonie avec, peint sur le visage, l’expression naïve du parfait ahuri cueilli à froid par les conséquences inéluctables de mon manque de prévoyance et de jugement.
Je décide vers 10 heures du matin en ce dimanche venteux (20 nœuds au mouillage) de rendre visite à Estrella, les Américains. Les petites, éclatent de joie à l’annonce de notre visite, elles sont impatientes de retrouver leurs amies et de jouer avec le chaton qu’elles ont recueilli à Rio. Je prends la précaution tout de même de les appeler par VHF sur le canal convenu pour les communications personnelles entre nos deux familles, mais ils ne l’ont pas allumée... Donc, j’y vais à la rame avec Carmen et Julie. A l’aller, pas de problèmes, le vent porte puissamment vers eux. Arrivé à leur niveau, je m’annonce en agrippant leur annexe. La dame sort de la cabine avec un sourire. Je lui demande poliment si nous pouvons leur rendre une petite visite ? Il est 10 heures du matin un dimanche, seul jour ouvert en ce qui les concerne pour l’interaction sociale. De plus, ils se sont déplacés pour nous rejoindre, mais, à ma grande surprise, elle refuse !!!
Carmen est déjà dans leur annexe prête à monter à bord du voilier, alors qu’apparaissent les visages souriants de toute la famille. Le refus est catégorique, Carmen est repoussée et je suis contraint de la ramener à bord de notre dinghy. Une vague excuse est proférée ; c’est l’heure de leur petit déjeuner, les filles sont en pyjama... Je ne peux même pas la regarder dans les yeux. J’arbore une parodie de sourire et commence à ramer contre le vent pour refaire en sens inverse le chemin du retour. Elle me souhaite bonne chance en une amorce de plaisanterie vaseuse qui les fait rire nerveusement ; elle sait déjà que l’irréparable vient d’être commis.
Alors que je sens la résistance du vent sur les pales des rames avant qu’elles ne pénètrent dans l’eau, mon esprit bouillonne, le feu dévore l’amitié naissante qui commençait seulement à unir nos deux familles. De retour sur Constante, il n’en reste rien. Mes deux petites sont en pleurs, nous les consolons du mieux possible et organisons une seconde promenade vers la superbe plage de Lopes Mendes.
 
Deux vérités viennent de s’affronter. C’est un processus pénible et très frustrant auquel j’ai été très souvent confronté. Il ne trouve jamais d’issue car implique de grands groupes d’individus adhérant aux mêmes idées. Même si le concept auquel un groupe adhère est faux ou mauvais, la taille du groupe lui confère crédibilité et respectabilité ; il devient, par voie de conséquence, une vérité. Deux vérités, la leur et la notre. Chez nous, on s’arrête de faire l’amour dans la cabine quand des amis frappent à notre coque pour nous dire bonjour ; on se déconnecte et on les accueille.
 
L’Américain préserve à tout prix sa petite bulle de confort et son cercle d’intimité familial. Aucune concession n’est admise ; c’est comme ça. S’ils pouvaient atteindre cette prouesse technique, l’Amérique serait placée sous un dôme de protection imperméable aux germes, aux microbes, aux bactéries, aux missiles, aux islamistes, aux moustiques, aux Français (devenus indésirables après l’Irak) et au ‘’Made in China’’.
Une perméabilité partielle serait admise pour les chats et chiens qui passeraient au travers en laissant derrière eux, griffes, poils et couilles...No comment...
 
Alors, nous reprenons la relation amicale qui fut la notre jusqu’à présent et qui, elle seule, semble ne pas poser de problèmes : la virtuelle. Nous échangeons des SMS courtois voire utiles, des e-mails instructifs, parfois un coup de téléphone et la BLU pour les grandes distances. De cette manière nous ne perturberons plus l’harmonie fragile de leur univers ; une combinaison espace/temps à laquelle je ne tenterai plus jamais de m’associer.



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2eme séjour à Bracuhy

Le lendemain 13 juillet 2009, nous repartons vers Abrao en compagnie de Picola. Ce couple se montre charmant et nous décidons de faire un bout de chemin ensemble. Nous nous régalons à nouveau des plages sympas de cette petite bourgade touristique. Nous discutons sur la plage avec des jeunes en sac à dos qui se promènent après leurs études avant de rentrer dans la vie active. Un après-midi, nous arrivons en annexe sur la plage de l’église. Meng part faire quelques courses, moi je reste avec les petites près du dinghy pour jouer avec elles tout en gardant un œil sur notre bien.
Il y a là un petit groupe de jeunes : trois garçons et une jeune fille de 18 ans. Je les observe du coin de l’œil puis m’extasie d’un bloc quand, avec la plus grande simplicité, la jeune fille se renverse sur ses deux mains en un équilibre vertical parfait. Elle est superbe. Ils sont fils et filles d’employés du groupe Air France. Ils se baladent ici grâce au comité d’entreprise. J’établis le dialogue, l’écoute, discute un peu avec les autres, reviens vers elle, fasciné ; elle est superbe, bien dans sa peau. Je sens l’énergie chaleureuse et sereine qui fluidifie avec grâce sa façon d’être. Elle est un exemple, une vision magnifique de ce que mes filles pourraient devenir. On peut toujours rêver !
 
Le 20 juillet 2009, nous partons pour Saco de Ceu pour faire le plein d’eau douce. Trois jours plus tard, nous allons à Lagoa Azul, réputée très jolie, mais le vent repousse d’innombrables saletés vers la côte, nous faisons le tour de la petite presqu’ile et ancrons dans un très beau coin appelé Friguesia.
La manœuvre se passe très mal avec pour conséquence la mise au silence de toute communication entre Meng et moi... du moins pour quelques heures. Elle me fait la tête ce soir, et à juste titre, car je l'ai engueulée en arrivant dans cette baie. J'aurai dû lui expliquer plus clairement, qu'avec notre système d'accélération et d'engagement inverseur séparé avec deux manettes; l'une pour l'accélération et l'autre pour l'inverseur, il ne faut jamais enclencher une marche avant ou, dans le cas de notre manœuvre d'ancrage, une marche arrière lorsque le moteur est accéléré. La boîte a fait entendre un affreux grincement lorsqu'elle a enclenché la marche arrière. Heureusement, elle a remis le levier au point mort immédiatement (bon reflexe). Mais moi...il a fallu que ça sorte plutôt durement. J'étais rouge à l'idée d'avoir explosé l'inverseur. Au Brésil, il ne faut pas tomber en panne grave... Ma foi, je vais laisser passer la chaleur et ça ira mieux demain.
Le temps tourne à la pluie, un autre front froid nous passe dessus. Nous sommes toujours avec Picola, Gottfried s’éclate avec sa belle annexe et son 15 CV Mercury presque neuf. Gottfried est un chef de cuisine. Autant dire que nous apprécions les supers diners qu’il nous prépare à bord du catamaran. Sa compagne éprouve un peu de mal à trouver sa place auprès d’un homme qui sait presque tout faire et bien faire...
Le 26 Juillet, nous les emmenons à Angra dos Reis que nous connaissons bien maintenant, puis nous en repartons pour aller passer la nuit sur un mouillage bien protégé au Nord de Gipoia. Le lendemain, nous arrivons à la marina Bracuhy. Je les guide à l’intérieur vers le ponton des visiteurs où ils jouiront de leurs 3 jours de courtoisie gratuits. Nous, nous ressortons de la marina sous la pluie et le vent pour ancrer à l’extérieur. La grosse goélette de Philippe, l’ancien correspondant d’Antenne 2 en Amérique du sud, est au mouillage aussi. Je jette l’ancre dans 3.5 mètres d’eau vaseuse et dérape aussitôt sous la poussée du vent. Il fait gris, je suis trempé. Allez, on recommence, relève les 40 mètres de chaîne qu’il faut nettoyer au jet d’eau de mer, mètre par mètre, refais un tour, choisis un autre endroit et rebalance la pioche sous des trombes d’eau. Ouf ! Cette fois-ci, l’ancre accroche. Nous passons une nuit agréable car le vent et la pluie ont cessé. Tout va bien. Le lendemain, le ciel est superbement bleu, l’eau est plate. Philippe me rend visite avec son énorme dinghy qui flotte encore grâce à l’aide bénévole de la Sainte Rita. Il doit effectuer des réparations sérieuses sur ses trois moteurs. Un groupe électrogène a explosé, l’autre mélange l’eau de mer à l’huile et une fuite d’huile s’est déclarée à la sortie de l’inverseur de la machine principale. Il m’annonce calmement qu’il va nettoyer sa coque ; il ne l’a pas touchée depuis 6 mois, et dans cette marina, les vagues d’immigration clandestine de bernicles indésirables envahissent les coques à vue d’œil. J’hallucine ! Il doit profiter de la marée haute dans deux heures pour rentrer dans la rivière ! Je lui propose mon aide ; il accepte gentiment tout en me faisant comprendre qu’il n’en a pas vraiment besoin. Je ne saisi pas bien car, pour réaliser un bon travail de nettoyage sur ma coque, il me faut 4 heures de travail en apnées successives. Bien sûr, je n’attends jamais que les bernicles apparaissent ou dépassent la taille critique de 2 mm de diamètre. Un premier coup d’œil sous l’eau me fait découvrir une coque qui semble s’étendre à l’infini, couverte de gros bernicles bien installés. Je regarde la spatule que m’a donnée Philippe ; elle est ridiculement petite. J’ai oublié de prendre des gants et ne trouve pas un mm2 de surface non couvert de ces damnés mollusques à coquille tranchante. Je m’attelle à la tâche et décide de m’occuper du safran, de l’hélice et de sa cage. Avec la petite spatule je pourrai lui détailler correctement cette zone. Un coup d’œil sur la silhouette de Philippe ; il racle comme un tracteur de larges zones de coque grâce à une énorme spatule en inox à gros manche renforcé. Il demeure immergé en permanence grâce à un flexible alimenté en air par un compresseur et un petit groupe électrogène. Je suis admiratif car Philippe n’est plus tout jeune. Marié pour la deuxième fois à une Brésilienne, père de deux jeunes garçons de 12 et 10 ans, il mène de front un restaurant à la marina, la construction d’un hôtel sur une des îles de la région, la reprise de tournages pour l’industrie et l’entretien de cette énorme goélette en bois de 115 tonnes.
Le travail cesse au bout de deux heures. Je suis fatigué et remonte avec lui, j’ai les mains en sang. La coque est semi-propre car sur de telles dimensions, les limites de tolérances sont plus larges... Pour la première fois de ma vie, j’assiste à la manœuvre d’appareillage et d’accostage d’un gros voilier. Philippe m’offre même la barre pendant 10 minutes. Son fils aîné nous suit sur la grosse annexe à flottabilité douteuse. Il pousse la proue ou la poupe selon les instructions de son père ; cette symbiose entre père et fils est belle à voir. Le bateau se loge dans un espace à peine suffisant entre deux autres bateaux. Il faudra un chausse pied pour l’en sortir ! Philippe, un ancien de la télé, est un ami de Georges Pernoud et d’autres personnages connus. Il est sympa, mais il va vite et passe rapidement d’une chose à l’autre. Je ne l’intéresserai pas d’avantage... Son fils me ramène au mouillage de Constante puis, c’est fini.
 
Dans l’après-midi, nous décidons de prendre le taureau par les cornes et d’effectuer les démarches nécessaires auprès de l’immigration (nos grands amis) et de la douane, afin d’obtenir une extension de 3 mois pour notre visa. Picola se joint à nous. Après de multiples allers et retours entre différents bureaux, la banque (ça nous coûte 67 rias par personne y compris les enfants), la photocopieuse etc. nous revenons à Bracuhy triomphants ; nous pouvons rester au Brésil trois mois supplémentaires et en prime, les fonctionnaires à Angra se sont montrés efficaces et sympathiques à l’opposé de leurs confrères de Rio.
Il est temps de rentrer à bord de Constante. L’annexe est cadenassée sur un ponton à l’intérieur de la marina. Il pleut, il fait froid, l’air contenu dans les boudins s’est contracté et rend l’annexe trempée inconfortable. Est ce le stress des papiers à obtenir ? Est ce le froid, la pluie, la nuit d’encre, les enfants qui chouinent ? Meng commence à bouillir. En route vers Constante sous le crachin, elle commence à m’envoyer des exocets sous forme de reproches :’’Pourquoi ne veux-tu pas dépenser un peu d’argent pour passer un peu de temps en marina ?’’.
Réponse passablement irritée :’’On est bien à l’ancre, soit patiente, ça ira mieux demain’’. Deuxième exocet :’’ Tu ne pense qu’à toi, regarde les enfants, elles ont froids bla bla bla...’’. Le ton monte ; au lieu d’apaiser, et selon une technique toute personnelle que mon frère et ma sœur connaissent bien, j’attise sa colère à grands coups de soufflets ironiques :’’Quelques gouttes d’eau et tu t’effondres...’’. Ca monte, ça boue, ça commence à déborder, le couvercle de la marmite cède sous la pression. Arrivés au bateau, c’est l’irruption volcanique en un fatras de gaz, lave et explosion de roches incandescentes. Ca vole dans tous les sens, Meng hurle, je rétorque à fond les watts, elle réclame un divorce ! J’ordonne deux tours du bateau en nage forcée ! Elle veut être débarquée, je questionne :’’comment ? Vas y, la mer est calme’’. La tempête fait rage, mais jamais un mot vulgaire ne franchit nos lèvres. Tout à coup, celle qui ne parle pas beaucoup et qui nous donne quelques soucis d’ailleurs quant à ses capacités, élève une voix claire et décidée :’’Hey everybody ! Stop fighting’’ (hey tout le monde ! Arrêtez de vous battre !). Carmen vient de parler. Nous la regardons, ébahis, puis, Meng, insatisfaite, lui explique que Papa ceci, Papa cela ; Carmen lui coupe la parole d’un ‘’schuuuuuuuut...’’ sans appel. Meng insiste ; second ‘’schuuuuuut...’’. Je félicite Carmen, l’encourage, lui dis qu’elle a raison... Meng lance une dernière tentative immédiatement étouffée par un :’’but he is my friend !’’ (Mais il est mon ami ! parlant de son père et pas peu fier de l’être). Je souris intérieurement, Meng est médusée, nous sommes trempés. La scène se passe dans le cockpit. Nous entrons à bord, nous nous changeons dans de confortables vêtements secs. La paix revient tranquillement. Meng me regarde, je la regarde, nous sourions et nous partons d’un franc éclat de rire ; c’est fini, nous nous sentons même beaucoup mieux.
 
Le lendemain, je décide de tenter l’opération de transvasement par gravité d’une bouteille de gaz brésilienne à la notre, vide. Celle que nous utilisons, nous en avons deux, est au 2/3 vide ; il est temps de faire quelque chose. Il nous faut déjà tout un après-midi pour nous faire livrer une bouteille de 13 kg, difficultés de communication obligent. De retour au bateau, j’installe la grosse bouteille en hauteur et à l’envers accrochée à la bôme d’artimon juste au-dessus de ma bouteille vide. Je connecte les deux bouteilles avec un flexible acheté dans le commerce car les Brésiliens pratiquent couramment le transfert de ces bouteilles de 13kgs vers des bouteilles plus petites de 5 et 2 kg ; ils ont ce qu’il faut. Puis, je relie l’ensemble à ma bouteille de 10 kg grâce au connecteur en bronze fabriqué à Angra sur mon plan. L’espace d’un instant, j’ai l’impression furtive de jouer le jeu dangereux de l’apprenti sorcier. Je ne connais rien des réactions du gaz ; ne sachant pas à quoi m’attendre, je m’en méfie. Sur mes gardes, j’ouvre le petit robinet du flexible qui amène le gaz liquide à ma bouteille. Immédiatement, c’est le geyser, ça fume, ça siffle, ça devient tellement froid que je ne peux même pas toucher la zone où ça fuit, car pour fuir, ça fuit ! Dans la précipitation la plus extrême, je parviens à fermer le petit robinet ; ouf ! Ca s’arrête ! J’applique du téflon sur les filets du connecteur mal fabriqué (le jeu entre les filets est beaucoup trop important) et recommence la manœuvre, mais rien n’y fait, ça fuit toujours autant. Au bout d’une heure à batailler avec toutes sortes de joints, je suis sur le point de baisser les bras quand Meng me fait la suggestion du siècle !’’Utilise donc un sac en plastique pour étanchéifier les filets. Miracle, ça marche ! Un bon vieux sac en plastique épais, plié en quatre, enroulé autour des filets du connecteur et je serre le tout. Ca ne ressemble à rien et je ne suis pas coutumier de ce genre de solution, mais que diable ! Ca marche ! J’observe fasciné le liquide se déverser d’une bouteille à l’autre. Il y a une petite vis de décharge sur le haut de ma bouteille qu’il faut ouvrir de temps en temps pour évacuer le gaz et permettre à plus de liquide de se transvaser. En deux heures, mes bouteilles sont pleines et la 13 kg est vide ; La Palisse n’aurait pas dit mieux.
Merci Meng !
 
Le 2 Aout 2009, nous partons en famille pour rejoindre Picola qui nous a devancé d’une journée sur la petite île d’Itanhanga. L’endroit est sympa. Il y a un restaurant en face sur la plage ; il est fermé car nous sommes hors saison. Nous devinons un gardien qui ne se montre pas ; silhouette sombre, furtive qui ne cherche pas notre contact. Nous nous baladons sur la petite plage en compagnie de Joanne qui est venue à la nage. Les petites se régalent dans l’eau malgré la température, puis nous repartons au bateau. Il n’y a pas d’eau douce ici ; nous décidons de continuer vers Sandri sur la route de Paraty.
 
Le lendemain 4 Aout 2009, nous appelons Picola à la VHF pour décider de l’heure du départ, mais la réponse est morose et empreinte de tristesse. La belle annexe d’occasion semi- rigide en Ipalon munie d’un 15 CV Mercury quasi neuf, a disparu dans la nuit. Ils l’avaient acheté à Rio de Janeiro car 3 jours après leur arrivée le moteur de leur annexe sud africaine avait été volé. Nous sommes consternés car, une fois de plus, la réalité de ce monde nous ramène les pieds sur terre. Ils font leur apprentissage de la vigilance, celle qui doit ressembler à de la paranoïa pour qu’elle soit réellement efficace. L’annexe n’était pas relevée et pas cadenassée. Même dans un endroit désert sans le moindre passage, sans le moindre habitant, à part le gardien dont nous soupçonnons qu’il a joué le rôle d’informateur, les cafards sortent la nuit, attirés par nos biens. Nous avons bien appris notre leçon après Mayotte, le petit moteur 2 CV est dissocié chaque soir et cadenassé sur sa chaise, l’annexe est remontée sur ces bossoirs et elle aussi cadenassée.
Le vol ; le vol de biens, le vol de vie, le vol d’amour, le vol d’enfant, le vol d’idée, le vol, est le pire des crimes. Je méprise ceux qui y succombent comme je méprise ceux qui l’excusent.
 
Changement de programme, nous nous rendons à Frade, la bourgade la plus proche, mais la police locale renvoie Picola sur Angra dos Reis. Ils ont leur affaire en main. Nous, nous décidons de revenir à Bracuhy en face de la marina pour attendre qu’ils aient fini leur rapport de police et trouvent une nouvelle annexe. Nous nous séparons et jetons l’ancre sur notre mouillage maintenant habituel, en face de la marina.
 
Dans la journée, trois Français arrivent à la marina, nous les voyons passer alors que nous sommes toujours au mouillage à l’extérieur. Nous sommes immédiatement invités par une petite famille naviguant sur un oxygène 43 en acier, le même qu’Erias, rencontré dans l’océan Indien. Ils ont deux enfants, Elisa et Benjamin. Je connecte très facilement avec Manu (le père) ; c’est un ancien pilote de chasse. Moi même fils d’un commandant de l’armée de l’air, je me sens tout de suite à l’aise avec lui, le courant passe bien. Son épouse, une femme sensible et chaleureuse, complète le tableau familial merveilleusement. Nous tombons complètement sous le charme. Malheureusement, ils font route vers le Sud pour passer un an ou deux en Argentine. J’aurais beaucoup aimé me lier d’amitié avec eux et spécialement avec Manu dont je pressens qu’il aurait pu devenir un véritable pote. Nous les invitons à notre bord l’après-midi suivant. La visite confirme les grandes qualités humaines dont ils sont pétris. Vanessa, à l’évocation de sa mère restée seule en Corse s’émeut, nous percevons sa sensibilité par le manque que l’éloignement a créé. C’est un des dilemmes que le voyage en bateau souligne parfois cruellement. Meng en souffre souvent lorsque la nostalgie familiale lui pénètre le cœur. Mais il faut vivre ses expériences ; elles rendent les retrouvailles tellement plus intenses. C’est ce qu’il faut retenir de cette difficile séparation ; elle donne son vrai sens au concept de la famille quand il disparaît de notre quotidien ; on découvre alors, qu’il est essentiel.
 



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Dentista

Le 7 Aout 2009, nous partons pour la plage de Dentista sur la côte Sud Est de Gipoia. Cette plage est très populaire. A notre arrivée par mer calme, vent nul et ciel bleu, nous découvrons une bonne trentaine de bateaux à moteur alignés face à la plage. Pour la première fois depuis notre arrivée au Brésil, nous pouvons voir le fond de sable par 7 mètres ; nous sommes ravis. Dans l’après-midi, le nombre des vedettes passe à 50 !
Rubem et sa famille arrivent avec leur voilier, Picola nous rejoint ainsi que le voilier de Manu et Vanessa. Il y a là aussi une famille de Brésiliens rencontrés à Bracuhy sur un Fast (bateau de série brésilien). Ils sont très sympathiques ; lui est Français d’origine, son père, un polytechnicien de formation, est arrivé au Brésil il y a plus de 30 ans et n’en ai jamais reparti ; une belle preuve qu’il fait bon vivre ici. Elle, est une belle Brésilienne parlant couramment Français, mais ils repartent dans l’après-midi. Nous apprécions cette ambiance de fête et de rencontres amicales.



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Cedro

Le Dimanche 8 Aout 2009, nous disons au revoir à tout le monde et commençons notre périple vers Paraty. Nous passerons ainsi une nuit au mouillage Nord de l’île de Sandri. En face, se trouve l’unique centrale nucléaire du Brésil de laquelle s’échappent soudain de multiples instructions en Portugais. Nous sommes inquiets et portons immédiatement nos regards vers les pêcheurs qui vaquent à leurs occupations sur la plage. Pas de réactions particulières ; ce n’est donc pas encore pour aujourd’hui l’accident nucléaire...
 Nous passons la nuit suivante sur l’île de Cedro ; cadre magnifique dans un décor un peu trop marécageux à mon goût. L’eau est glauque et nous mouillons dans 3.5 mètres de fond évidemment vaseux. La plage abrite un nombre important de saloperies ailées qui nous assaillent dès notre débarquement. Il y a même des larves de je ne sais quelles bestioles qui vivent dans le sable. Carmen, qui dessine des anges avec son corps sur le sable mouillé, se retrouve couverte de piqûres enflées sur le dos, les jambes et les bras. C’est en mettant un genou dans le sable que je découvre ces larves en prenant sur le fait une larve. Des pêcheurs de crevettes se rassemblent ici pour passer la nuit ; Meng se régale à négocier l’achat de 1 kg. Le prix passe de 25 rias à 18 rias en combinant la commande avec celle de Joanne qui en achète 3 kg, congélateur oblige. Nous mangeons sur la plage au feu de bois, saucisses, filet mignon, poulet, pommes de terre etc. un vrai régal, et moi, je grossis ! Mon Dieu que cette vie est délicieuse !
Nous jouons comme des adolescents sur la plage. Meng avec Gottfried qui improvise un match de Badminton avec deux raquettes et une plume d’oiseau plantée dans le cul d’un bouchon de champagne. On rigole, Joanne et moi, jouons à une sorte de tennis de plage sans rebonds avec deux raquettes en bois plein. Joanne écrase un peu les balles ce qui m’oblige à lancer ma raquette en avant avec le dos penché en porte à faux, et crac ! Un vif élancement dans le dos me ramène à la dure réalité de mon corps décidément bien engagé sur la pente de la décrépitude. La crise n’est pas très grave car je peux marcher malgré la douleur. Le lendemain, c’est un petit vieux qui sort de la couchette, raide comme une vieille planche courbée. Je sens des élancements dans les deux jambes, mais ça revient tout doucement.
 Nous partons et arrivons dans la journée à Paraty où 4 moteurs hors bord ont été volés il y a quelques jours seulement. Par précaution, nous mouillons à l’opposé de la petite ville typique, une des plus anciennes du Brésil. La plage est, elle aussi, infestée de bestioles et nous nous aspergeons abondamment de produits repoussant. Une amie Française utilise du vinaigre... Ca fonctionne, c’est naturel, mais, à moins d’être un accroc de sauce vinaigrette, ça ne repousse pas que les moustiques...Nous effectuons deux fois la traversée de la baie pour faire des courses en ville. Chaque fois, je dépose les amis et la famille à terre et regagne le bord. Ici, pas question de laisser le bateau seul
 
Le 17 Aout 2009, nous partons de Paraty et allons prendre un corps mort en face d’une superbe baie sur l’île de Lagodao. Pour la première fois au Brésil, je tente de pêcher au fusil. Je réussis à attraper de quoi nourrir ma famille pour deux repas, mais le poisson est rare et de petite taille. Malheureusement, le temps se gâte dès le deuxième jour et nous sommes obligés de mouiller dans une baie située à l’opposé de Lagodao ; le vent souffle à présent vers la côte rendant l’endroit extrêmement inconfortable. Picola nous rejoint à Saco da Velha. C’est sympathique. Un pêcheur nous offre de beaux maquereaux pour 5 rias les trois poissons. Dans la nuit le temps change à nouveau. Le vent passe au Sud ouest rendant le mouillage dangereux. Nous quittons la zone et nous enfonçons profondément dans un dédale de baies très protégées. Cotia, une île très appréciée, s’y tient au centre. Nous mouillons en face, à Saco Grande. Entre Lagodao et Velha, j’enregistre 35 nœuds de vent contre lequel nous progressons au moteur. A Saco Grande, le vent ne dépasse pas 17 nœuds, heureusement car le fond de vase molle n’offre que très peu de résistance à l’ancre Delta parfaitement incapable de retenir si le vent augmentait. Mais...il n’augmente pas. Le temps est à la pluie. Nous revenons à Saco de Velha sur un superbe endroit près d’un petit restaurant. Nous y sommes bien d’autant que le lendemain nous offre une magnifique matinée. Le soleil est réapparu, les enfants se baignent, Joanne nage jusqu’à nous et discute longuement avec Meng de choses relatives à ces satanés hommes qu’elles suivent en se demandant bien pourquoi ! Nous nous sentons bien ici, ensemble. Dans l’après-midi, ça se gâte de nouveau ; il pleut.
 



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Retour vert Ilha Grande


Le 23 Aout 2009 , nous partons pour une visite en bateau du fjord de Mamangua qui n’offre pas énormément d’intérêt. Nous y allons à 2 nœuds, vent arrière, tranquilles. Arrivés au fond, nous faisons demi-tour ; l’endroit est réputé pour accélérer le vent et rendre les mouillages dangereux à cause de cette vase molle. Nous avions prévu de nous rendre à la plage de Cajaiba donc nous repartons au moteur cette fois-ci. Nous y arrivons vers 16 heures après avoir navigué sur un tronçon de mer agité car ouvert sur l’Atlantique. Le mauvais temps du large envoie une forte houle sur cette zone peu protégée. Nous y passons une nuit seulement, ballotés de gauche à droite. Au matin, c’est avec soulagement que nous repartons tous vers Saco de Velha, de loin notre baie favorite. Nous attendons une bonne fenêtre météo pour traverser les 13 miles qui nous séparent de la pointe Sud Ouest de Ilha Grande où se trouve une très jolie anse à l’eau très claire et poissonneuse ; il s’agit de Dos Meros. Pour y aller, il nous faut des conditions idéales ; du soleil et très peu de vent.

Peine perdue, au matin du 26 Aout 2009, la météo est toujours mauvaise, pluie et vent ; Dos Meros constituait la dernière destination que nous voulions découvrir ; c’est fini. Nous décidons de revenir sur Bracuhy. Il est temps maintenant de préparer notre retour vers Rio. La décision est prise rapidement car les conditions météo seront de moins en moins favorables pour notre remontée vers le Nord du pays si nous attendons plus longtemps trop au Sud. Nous aurions souhaité passer plus de temps dans cet endroit magnifique, mais la renverse, en été, des vents côtiers au Nord Est, s’établit fin Septembre début Octobre. Je ne tiens pas à batailler contre vent et courant sur des milliers de kms pour remonter vers Recife. Picola doit rester plus longtemps pour recevoir un ami sud africain. En fait, ils prendront la décision de mettre cap au Sud vers l’Argentine. C’est une décision logique car nous en sommes très près.



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Retour vers Rio

En ce 26 Aout 2009, nous nous séparons. Nous effectuons le retour vers Bracuhy en 4 heures de moteur. Là, nous retrouvons notre ami Autrichien, Werner. Il nous aide spontanément à trouver un artisan pour réparer le support du ST 1000 que j’ai cassé par accident. La solution est réalisée dès le lendemain ; tout va bien. Après un au revoir lourd de tristesse à Werner, nous appareillons pour Dentista que j’apprécie tout particulièrement. L’eau y est la plus claire et la plage de sable fin ravit les petites. Bon, il faut faire avec les 50 vedettes luxueuses qui s’alignent en face de cette plage avec les barbecues à fond et la musique qui emballe le beau monde. Après 16 heures, la plage est à nous et ce, jusqu’au lendemain 11 heures. Cela me donne le temps de bien nettoyer les œuvres vives du bateau.
 Le 30 Aout 2009, nous partons pour Sitio Forte sur Ilha Grande. A ma grande surprise, l’eau y est claire, les corps morts gratuits sont de bonne section et un petit restaurant mignon comme tout nous accueille pour un Coca et un Pastel au Camarao. Il y a de l’eau douce à volonté qui coule de la montagne. Meng lave le linge puis nous revenons à bord pour passer une douce nuit ; la météo est superbe. Au matin, grâce à notre modem Vivo Zap prêté par Rubem, nous consultons la météo marine. C’est bon pour un retour à Rio mercredi (nous sommes lundi). Les filles se jettent a l’eau, enfin Carmen, car Julie est toujours très prudente et Meng peu enthousiaste, à cause de la fraîcheur des 21 degrés de l’eau. Il faut dire qu’à Singapour, la température de la mer fluctue aux alentours des 30 degrés ! Une dernière douche à terre, puis nous déplaçons le bateau sur le corps mort de la bouée blanche qui appartient au restaurant. Un long tuyau d’eau y est attaché duquel coule en permanence de l’eau douce en provenance de la montagne. Nous faisons le plein puis partons. Toutes voiles dehors nous atteignons 2.2 nœuds ; ça décoiffe ! Puis le vent tombe ; classique dans la région. Nous finissons au moteur pour rejoindre Abrao.
 A l’entrée de la baie, nous distinguons la coque jaune de l’Oxygène en acier de Manu et Vanessa ; nous sommes enchantés de les revoir. A peine l’ancre plantée dans sa vase coutumière, Manu arrive avec ses deux enfants, Benjamin 6 ans et Elisa 8 ans. Carmen et Julie sont excitées comme des puces et leur montrent leur dernier intérêt cinématographique ; Jurassic Park. Ca déménage ; un type se fait avaler tout cru par un méchant Tyrannosaure, mais ça les fait plutôt rigoler. Carmen est même passée maître dans l’art d’imiter le rugissement apocalyptique du roi des dinosaures... Elle complète sa performance d’une démarche lourde et puissante supposée faire trembler les membrures de Constante. Bref, du grand bonheur. Nous discutons longuement de la vie et des menaces que l’ensemble des souverains de cette planète font peser sur nos rêves, nos individualités et nos libertés ; la discussion dure très longtemps... Le beau temps rend notre départ difficile. Nous savourons ces derniers moments de joie et de relaxation dans cet endroit magnifique. La nuit vient et, merde !... J’ai oublié de fermer les écoutilles à temps. Résultat ? Nous sommes assaillis par des hordes de saloperie de moustiques assoiffés. Meng se transforme en Terminator impitoyable et en atomise 5 du plat de la main dans sa cabine seule. Moi, qui dors ce soir avec mes filles, je m’offre en pâture pour dévier l’attention des vampires sur mes bonnes grosses veines juteuses. Julie aura tout de même une belle piqûre bien rouge sur la joue gauche.
 Le lendemain, nous organisons un pique nique sur la plage. Carmen et Julie passent toute l’après-midi dans l’eau. Elles ont très bien connecté avec Elisa et Benjamin. Nous nous régalons de les voir jouer ensemble. Nous finissons la journée avec Manu et Vanessa sur leur bateau. Manu et moi sortons de la cabine, et nous installons dans le cockpit. Nous parlons et ouvrons nos âmes... Son amitié me manquera ; ils nous manqueront. Nous sommes mercredi soir. Nous revenons à bord, les petites s’endorment aussitôt, le bateau est prêt, la route saisie, la table du carré est en position basse. Meng et moi parlons calmement. Le futur, le présent, nos sensations... Vers 22 heures, je démarre le moteur, nous relevons le mouillage sous une lune pleine et chaleureuse, passons tout près de Manu installé sur l’étrave de son bateau. Il n’y a pas un souffle d’air, l’eau est huileuse ; nous envoyons un dernier au revoir à notre ami.
A bientôt Ilha Grande, tu nous as montre un très beau visage du Brésil. 
 



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