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Voyage de Abrolhos à Camamu et séjour à Camamu

Comme d'habitude, j'établis la grand voile à un ris sur bâbord, puis le génois tangonné sur tribord. Vêtu de mon ciré, j'effectue ces manœuvres sans hésitations ; c'est une affaire qui tourne. Estrella nous emboîte le pas vers 19 heures. Après une nuit musclée mais sans problèmes, nous déboulons sur le jour suivant avec l'envie de pêcher. Meng me demande de mettre la ligne à la mer. Je m'exécute, mais une demi-heure plus tard, nous croisons la trajectoire d'un bateau de pêche qui refuse de changer de cap malgré le fait qu'il ne pêche pas. Je l'évite au dernier moment en ayant complètement oublié que je trainais 50 mètres de fil de nylon avec un beau leurre plombé au bout. Les pêcheurs m'insultent copieusement en me montrant la ligne à l'arrière du bateau. Merde ! Nous sommes trop près. J'observe la ligne en serrant les dents, mais elle se tend soudain et casse net ! C'est râpé. Meng me regarde dans les yeux ; elle veut du poisson. OK, je cherche dans nos coffres et en ressors un magnifique rapala acheté aux Seychelles dont j'avais oublié l'existence. J'équipe la ligne et remets l'ensemble à l'eau. Une heure après, la ligne se tend, nous traînons quelque chose. Une traction de la main me renseigne sur le fait qu'il s'agit d'un gros. Nous sommes à deux sur la ligne. Je tire, Meng rembobine. Arrivé près du bateau, il me faut le manche à crochet pour hâler cette prise dans le cockpit. Il s'agit d'une sorte de maquereau géant ; un king fish. Il doit bien peser entre 15 et 18 kg. Toute la famille le contemple, un peu mortifiée par la taille. Une pensée s'impose rapidement à notre esprit : il est trop gros. Meng suggère de le rendre à son élément. Je m'exécute immédiatement sachant que c'est une décision qu'elle regrettera très vite. En voilà un qui a de la chance car Meng ne s'en remettra que le lendemain alors que nous approchons du grand estuaire de Camamu. En effet, nous prenons un poisson identique, mais de taille raisonnable. Meng retrouve le sourire d'autant qu'il se révélera délicieux. Nous remontons la rivière au moteur par 27 nœuds de vent apparent. A notre grande joie, nous apercevons les tauds rouges de Sheer Tenacity, ils sont encore là ! En approchant du mouillage je plante Constante sur un banc de sable. Je n'avais pas bien étudié les cartes, pourtant bien détaillées, de cette zone. Heureusement, j'avançais doucement contre vent et courant. Constante se dégage facilement, grâce un peu aussi à la puissance de ses 80 CV. Deux jours après notre départ d'Abrolhos (11/10 /09), nous jetons l'ancre en face d'une petite île adjacente à Campinho.
Le courant est assez fort ici, mais le fond de sable est de très bonne tenue. Nous visitons Sheer Tenacity et effectuons une petite visite à terre. Un village s'étale paisiblement le long de la rivière. Cela nous rappelle les Maldives. Les rues sont composées de sable fin. Des puits à même le sol fournissent les habitants en eau brunâtre. Nous l'observons sous une plaque de contreplaqué semi-pourrie, avec peu d'enthousiasme. On nous affirme avec de grands sourires qu'elle est buvable. Nous ne la goûterons même pas. Une sorte de bar à ciel ouvert accueille les touristes brésiliens amoureux de nature brute. Il a la particularité d'abriter de petits perroquets au plumage vert. Un employé en pose un sur chacun des petits bras potelés de mes filles. Elles regardent avec une joie peu contenue ces étranges animaux si proches d'elles. Un des perroquets, suivant je ne sais quelle impulsion neurologique (sans apparente logique du reste…), se met à pincer le bras de Carmen. C'en est fini de son intérêt pour ces volatiles, car en plus de leur étonnante capacité à produire un étron toute les 5 minutes, ils mordent ! De retour au bateau, nous jouissons enfin d'une nuit calme et ininterrompue.
 
Le lendemain 12 Octobre 2009, nous nous baladons dans l'unique rue sablonneuse séparant deux rangées de maisonnettes très simples et pas très propres. Les petites attirent les enfants des locaux, et avec eux, leur mère et leurs amies. Nous tentons de communiquer, mais la difficulté est grande. Nous sommes invités à l'intérieur d'une des petiotes maisons pour visionner une vidéo relative à je ne sais quelle célébration. Antoine de St Exupéry aurait eu une petite amie nommée Olinda ici, en ce même lieu. Malgré ses 80 et plus années, elle est supposée être encore vivante. Quand je demande après elle, personne ne semble la connaître, mais une des femmes locales revient vers nous avec cette cassette vidéo. La qualité de la cassette est fort douteuse car l'image saute toutes les deux secondes. Je ne comprends pas son sujet, si ce n'est un rapport lointain avec l'histoire du Petit Prince. J'observe l'intérieur de la pièce. De nombreux moustiques en quête de sang frais s'affairent déjà autour de nos membres. Les passages près des murs et portes sont maculés de traces de doigts sales et de projections de toutes sortes. Au bout d'une demi-heure à tressauter au rythme des convulsions régulières de la cassette vidéo, nous prenons congé de nos hôtes et repartons soigner les boursoufflures cutanées que nous ont infligées ces enf… de moustiques. Le temps passé aux Abrolhos sans accès à l'eau douce, a provoqué une accumulation de linge sale à bord de Constante. Une vielle dame édentée se propose pour 15 Rias de laver notre linge à la main. Nous nous empressons d'accepter. Dans le même temps, nous allons en annexe à un puits situé sous une maisonnette. Il s'agit d'une petite piscine carrée profonde de 30 cm. Il y stagne une eau brune pas fraîche du tout. Nous avons apporté 2 jerricans vide de 20 litres chacun que nous remplissons avec un seau, un entonnoir et un filtre à café. Nous découvrons toutes sortes de larves qui se tortillent au fond du filtre. Nous nous lavons avec cette eau, mais déjà, de minuscules insectes connus sous le nom de yen yen, nous assaillent. Heureusement, ces saloperies ne sont pas aussi coriaces que les nonos. Notre style de vie nous fait prendre conscience, parfois douloureusement, de l'importance de l'eau. Ici, elle n'est pas viable. Malgré le côté sympa de cet endroit, nous décidons de ne pas nous y attarder.
Le lendemain, pourtant, Rod et Mary du Sheer Tenacity décident d'aller visiter un village situé en amont de la rivière, à une dizaine de miles. Au-delà, ce n'est plus navigable. Nous décidons de les rejoindre à mi-chemin pour passer la nuit au mouillage d'une petite île, car nous devons récupérer le linge à 12 heures. Chose faite, nous partons et suivons les points GPS que j'ai préparé à l'avance.
La couleur de l'eau devient complètement marron et nous jetons l'ancre près de nos amis sur fond de vase. Le décor est très beau, très vert et complètement sauvage. Nous caressons le projet d'un barbecue sur la plage d'en face, mais une reconnaissance - Rod et moi - nous en dissuade. Il faut marcher une bonne trentaine de mètres dans de la vase aussi noire que molle ; pas très pratique quand il faut transporter nourriture, équipement, enfants etc. pour aller se battre contre  une horde de moustiques et autre vermine grouillante, puis rentrer ensuite par le même cloaque boueux avec tout le bastringue !
A la tombée de la nuit, j'allume les feux de mouillage : plus de feux de mouillage. Il faudra remplacer l'ampoule. C'est chose faite le lendemain  de très bonne heure ; routine imposée par nos deux petites qui se réveillent aux aurores en piaillant haut et fort. Ca marche et j'en profite pour filmer de la tête de mât ; les images sont belles. Malheureusement l'ampoule - peut-être trop secouée depuis Singapour - ne fonctionne qu'une seule nuit. Bien sûr, je n'en ai pas d'autre…
Nous repartons pour Marau, le petit village du fond de rivière et y arrivons une heure et demie plus tard. Nous mouillons en face d'un ponton d'accostage, pour petit ferry en tout genre ; fournitures, transport de personnes, d'enfants pour l'école… etc. Après avoir cadenassé notre annexe, nous découvrons un robinet d'où coule une eau étonnamment claire et parfaitement traitée ; nous sommes ravis. Un  tour à terre nous fait découvrir une petite bourgade sympa. Les Brésiliens sont tous noirs ici et vivent à un autre siècle. Quelques automobiles couvertes de boue croisent des charrettes tirées par des ânes ou chevaux malingres et sous-alimentés. Ce sont les seuls d'ailleurs, car la majorité des brésiliens rencontrés jusqu'à présent sont plutôt gras et bien dans leur peau. Les femmes exposent même sans aucun complexe la partie basse de leur bedaine que la coupe standard de leur-t-shirt ne peut recouvrir. Avantage ; de lourdes mamelles à peine soutenues, explosent littéralement des mêmes t-shirts tout juste capables d'en voiler le tiers. Nous remontons une rue pavée, bordée de divers petits commerces. Les chiens se baladent en liberté. Ils déambulent la tête basse et miséreuse. L'un d'entre eux s'arrête au milieu de la rue, juste devant nous et se contracte dans une position universelle que je ne connais que trop bien. Malgré la présence de nombreux passants, et dans l'indifférence générale - il expulse sa diarrhée nauséeuse. Peu et mal nourris, ces chiens finissent par mourir au détour de caniveaux insalubres. Nos narines sont prises d'assaut tout au long de notre promenade par d'occasionnelles puanteurs insoutenables ; peut-être un de ses potes en état avancé de décomposition…
Il fait très chaud ici, nous trouvons une coiffeuse qui se propose de couper la frange de nos filles pour 5 rias chacune. Elle est tellement douée que je suis obligé de donner le coup de ciseau final pour les remettre à niveau !
De retour au ponton, nous nous apercevons que l'annexe a servi de plateforme de jeu pour les gosses du coin. Elle est pleine de boue et de sable. Rod, le lendemain, retrouvera son moteur complètement noyé : les gosses ayant tripoté toutes les commandes. Bien sûr, ces agissements se déroulent sous les yeux d'adultes qui ne lèvent pas le petit doigt pour les en empêcher. Nous décidons de partir le lendemain ; nos annexes sont trop précieuses pour les offrir en pâture à de futurs jeunes délinquants supposés se trouver à l'école.
 



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