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Voyage de Moro de Sao Paulo à Itaparica et séjour à Itaparica

En entrant dans l'immense baie de Todos Santos, nous voyons défiler Salvador sur notre tribord ; nous n'avons pas l'intention d'y aller car cette ville est dangereuse. Malheureusement, le mouillage d'Itaparica ne l'est pas moins, voire plus, mais nous n'avons pas le choix, celui-ci est simplement gratuit. Les conditions météo ne nous permettent pas de continuer sur la prochaine destination : Maceo, située à plus de 300 miles de Salvador.
Arrivés au mouillage, nous sympathisons avec les propriétaires d'un vieux Catana (Pascal et Patricia de Tropicat). Ils sont charmants mais nous confirment ce que nous espérions n'être que des racontars exagérés. Il y a moins d'un an, un couple de français s'est fait brutalement agressé par deux brésiliens noirs. Ils dormaient avec leurs porte et écoutilles ouvertes. Ils ont dû être rapatriés en France pour subir des opérations chirurgicales reconstructives du visage. Peu de temps après - au même endroit - c'est un skipper de bateau de charter brésilien qui s'est fait tirer une balle dans la tête, alors que ses passagers se faisaient dépouiller par des criminels.
Il y a 15 jours, c'est au tour d'une brésilienne d'origine japonaise de se faire dépouiller à son domicile alors que son mari - Français - se trouvait en déplacement en France. Ils ont pris son fils en otage pendant qu'ils cambriolaient la maison. Autant le dire, nous sommes inquiets et dormons chaque soir dans un bateau complètement verrouillé. Heureusement, nous disposons de nombreux ventilateurs, notamment dans les cabines. Les conditions sont ici pourtant agréables. Il existe une source d'eau minérale, anciennement exploitée et à laquelle tout le monde vient, en brouette chargée de bonbonnes ou à pied comme nous avec nos jerricans, pour s'avitailler en eau potable. L'endroit est tout près du ponton des dinghies. Il y a aussi une petite marina avec de l'eau, elle aussi gratuite et en abondance. Nous commençons à nous féliciter de nous être arrêtés ici. Les petites se régalent sous les gerbes d'eau des robinets des pontons.
Nous retrouvons Estrella et la petite famille qui, comme nous l'avons bien compris maintenant, passe le plus clair de son temps à bord et ensemble, sans la moindre intéraction avec l'entourage. Nous les saluons de loin ; Doug vient nous voir rapidement puis c'est tout. Depuis les évènements graves de l'année passée, un tonton flingueur a remplacé l'ancien chef de la police locale. Depuis, ça va mieux. On nous explique qu'il en a déjà descendu 4 ; nous sommes en plein Far West. Nous dormons toujours tout fermé et tout cadenassé cependant. Il fait chaud ici. Nous descendons à terre pour effectuer une timide reconnaissance des lieux et rencontrons dans un petit commerce d'alimentation, un personnage haut en couleur, qui me harangue gentiment dans un parfait français. Bien que déjà à moitié saoul - ou plutôt grâce à cela - nous nous retrouvons invités chez Tabajara Soledade, un membre influent d'une des familles les plus puissantes de l'état de Bahia. Sa conversation est très intéressante et je me régale de l'écouter me raconter le parcours - somme toute typique - d'un jeune brésilien riche n'ayant jamais eu recours à une profession pour subvenir à ses besoins. Les meilleures écoles brésiliennes, la Sorbonne à Paris, l'étude de la psychiatrie, les grands de ce monde ; bref tout pour être heureux. Sauf qu'à 54 ans, 1m95, 150kg, c'est un homme qui a cessé de vouloir vivre que je regarde droit dans les yeux. Il en est déjà à sa troisième bouteille de vin ; moi je me suis arrêté au deuxième verre d'un bon vin blanc. Malgré l'intelligence et l'éducation du personnage, nous assistons, attristés, à la déchéance que nous pourrions qualifier par le terme de " fin de journée ", tant, le manque d'attention dont témoigne l'entourage, y confère un caractère routinier. Au fil des heures et des bouteilles, le corps s'affaisse, tout s'affaisse, les verres d'alcool sont renversés, le riz du plat principal servi au déjeuner, atterrit par paquet sur le sol dallé de la salle à manger, avant d'être partiellement ingurgité, le reste s'en retourne sous forme de postillons accompagnants des mots de moins en moins formés. Je l'observe maintenant en silence, assis là, torse nu, un immense bourrelet de gras sur les jambes d'où suinte de la mauvaise transpiration. Son corps lutte, mais agonise. Il ne vivra pas bien longtemps et il le sait, ou le veut. Nous repartons en le remerciant lui et son épouse. Je n'oublierai pas cette entrevue de sitôt.
Apparemment, les fronts froids porteurs de vents favorables pour continuer notre remontée vers le Nord du pays, n'atteignent pas la latitude de Salvador. Il va nous falloir faire le plein de fuel ici, dans l'optique d'une navigation au moteur jusqu'à Maceo, voire au-delà. Les vents sont Nord est assez fort ; Est au mieux, mais l'orientation de la côte au N-E ne nous permet pas de naviguer à la voile pure ; l'angle est trop serré. A moins d'utiliser des jerricans et des taxis, il nous faut aller à Salvador pour faire le plein.
Le 26 Octobre 2009, nous levons l'ancre au matin pour Il Centro Nautico ; une barge de Petrobras se trouve là-bas au mouillage. Les ferries s'y alimentent. Le vent est favorable et nous permet d'économiser du gasoil en marchant à la voile ; mais à mi distance, quelques abeilles se mettent à tournicoter dans le cockpit. D'où viennent-elles ? Nous naviguons dans la vaste bahia de Todos Santos ; la terre est loin. Après en avoir abattu - à la serviette de bain - une bonne dizaine, elles deviennent agressives. Je me replie à l'intérieur et ressort avec une bombe insecticide pleine. Ca les atomise, mais elles reviennent de plus en plus nombreuses et commencent à former un tapis noir d'abeilles sur l'avant de l'annexe. Changement de tactique, je démarre le moteur et oriente le bateau face au vent à 6 nœuds de vitesse. Puis c'est la contre attaque. Je fonce à l'arrière de Constante et asperge les fraîches fondations de la ruche en formation. Elles résistent d'abord, puis vaincues, elles décrochent. Ensuite, quelque peu désorientées par la toxicité du poison, elles ne peuvent remonter au vent pour revenir sur le voilier. Dix minutes plus tard, nous refaisons cap vers Salvador ; les abeilles ont disparu. Nous nous félicitons de l'issue favorable de cette attaque de pirates !
A Centro Nautica, il n'y a pas de barge ! Nous devons rentrer dans la belle et chère marina d'à côté, pleine de yachts à moteur. Nous paierons le fuel un peu plus cher (2,25 rias au lieu de 1,94 ailleurs) mais la manœuvre est simple et rapide. Mon dos me remercie déjà de ne pas avoir à charrier nos lourds jerricans. Dès le plein effectué, nous détalons de l'endroit et rejoignons le mouillage d'Itaparica.
Nous nous baignons tous les jours à la grande joie de nos filles qui adorent cette activité autour du voilier. Nous allons à terre faire quelques emplettes au village intérieur. Nous nous retrouvons serrés comme des sardines dans un minibus hyper bondé et puant le poisson (parlant de sardines); il y en une grosse bassine pleine dans le coffre à l'arrière. Une fois extirpés de l'engin, je me fais couper les cheveux pour 5 rias ; très bonne coupe au demeurant, puis nous allons au Bon presso, un magasin intégré au groupe Américain : Wallmart. Nous préparons notre départ.
Au matin du 28 Octobre 2009, la météo semble offrir une fenêtre semi-favorable. Sheer Tenacity et Constante s'engagent vers la sortie de la bahia de Todos Santos, direction Salvador, mais après une demi-heure, Rod nous annonce que son pilote principal ne fonctionne plus. Mieux vaut se trouver près d'une grande ville pour réparer. Il rebrousse chemin. Nous sommes tristes de devoir les quitter, mais nous continuons. Arrivés à la pointe Est de Salvador, nous orientons vers le large, mais 25 nœuds de vent contraire m'obligent à faire demi-tour. Il faudra attendre une météo plus favorable. Durant le retour vers Itaparica, j'enregistre 27 nœuds de vent vrai, au plein travers. Nous sommes à la limite de vitesse de la coque : 7.5 nœuds sur l'eau. Nous ne sommes pas fâchés de nous retrouver au mouillage pour une bonne nuit de sommeil.
Etait-ce une question de destinée ? La Mère de Rod (Sheer Tenacity) entre à 84 ans dans un coma irréversible. L'avarie de pilote lui permet de traiter à distance les modalités hospitalières. Dans le même temps, Meng apprend par e-mail que son Père doit être hospitalisé dès le lendemain pour un triple pontage des artères partant du cœur. C'est une opération lourde comportant des risques importants pour un homme de 81 ans. Au final, Rod répare son pilote, mais sa Mère vit ses dernières heures. Le Père de Meng supportera très bien l'opération parfaitement réussie : un succès !
 



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