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Voyage du Bresil à la Guyane Francaise

Le 24 Novembre 2009, nous partons à 9h00. Les amis des voiliers Joz, Fleur de Méninges, et Malamok font la fanfare à coups de klaxon et de corne de brume. Sheer Tenacity est déjà parti ainsi que Estrella la veille. Nous sommes tous supposés nous retrouver à Desgrades des Cannes près de Cayenne sauf pour Estrella qui continuera sur la Dominique, et Sheer Tenacity qui s'arrêtera aux îles du Salut. Il nous faut d'abord passer la Cabo Calcanhar qui marque le virage de la flottille vers l'Ouest Nord Ouest, mais avant, c'est la nuit en face de Natal et une multitude de pêcheurs ; impossible de dormir, il y en a partout ! J'aurais du tirer au large pour éviter cette concentration de barques nocturnes. Heureusement, la deuxième journée nous voit passer le cap très au large. Nous sommes enfin seuls. Personne à bord n'éprouve le mal de mer. Meng n'est pas au top, mais elle résiste bien cette fois-ci. Les conditions météo sont idéales : soleil, 20 à 25 nœuds de vent ¾ arrière. Nous effectuons la plus petite moyenne du voyage ces premières 24 heures, seulement 147 miles nautiques. Bien sûr, il faut un peu de piment dans la vie des navigateurs, alors Julie engouffre son biberon de lait tellement vite, qu'elle le régurgite sur sofa, coussins, couverture, alimentation malencontreusement présents sur la trajectoire incontrôlable de sa fusée. Il me faut deux heures pour tout nettoyer et venir à bout de l'odeur. Le courant est enfin favorable et de plus en plus fort. Les jours s'écoulent agréablement, les petites jouent, apprennent à lire et à écrire, se baignent dans la petite piscine gonflable du cockpit. Les miles s'égrènent rapidement, 160 miles les deuxièmes 24 heures, puis 165, puis 3 fois 158 et 1 fois 190 miles nautiques, notre record absolu entièrement dû à la présence du fort courant de Guyane. La lune va grandissante et illumine enfin nos nuits de son éclat limpide. Meng et moi passons de longues heures la nuit à contempler le ciel étoilé après la chute de la lune. Ici tout est clair propre et sain. 100 miles sur bâbord, c'est le capharnaüm humain, sa perversité, ses crimes, sa crasse, sa laideur… nous nous sentons si bien ici, loin de tout, mais au centre de la vie. Carmen et Julie me présentent leur harnais de sécurité, et nous allons tout les trois nous assoir sur la plateforme du beaupré, tout à l'avant du bateau. Elles s'extasient de tout. Constante à 7 nœuds sur l'eau projette parfois une vague d'étrave qui vient lécher la plante de leurs petits pieds ; elles sont ravies à chaque fois. Elles inventent la présence de dauphins et de baleines, animaux que la folie humaine a presque fait disparaître des océans. Nous n'en voyons que très rarement. Témoins ces navigateurs rencontrés à Cabedelo qui nous confiaient en voir presque tout les jours durant la même traversée… il y a 30 ans !
Aujourd'hui 22 heures mardi 1er décembre 2009, J'écris ces lignes à la table à carte. Ma petite famille dort paisiblement y compris un oiseau venu de l'Est se poser directement sur le bimini, puis, sans la moindre hésitation, sur mon épaule. Peut être s'agit-il d'un signe  du ciel ou d'un Ange gardien. Que dois-je penser de la dizaine de puces qu'il m'a refilé en 5 minutes ? A déchiffrer, heureusement, nous disposons, grâce à l'expérience de Mayotte et de ses poux, d'un peigne spécial qui me les enlève en 4 passages ; je les vois se tortiller à découvert, pas de quartier pour eux ! Quant au moribond, il dort maintenant sur un des boudins de l'annexe, loin de nos quartiers…Les petites ont au moins ce point commun avec les puces, elles sont aussi excitées qu'elles par la présence de l'oiseau. Elles dissertent sur les raisons pour lesquelles il est venu nous rendre visite, et sur celles pour les quelles il a décidé de rester à bord… On se régale ! La bonne humeur nous catalyse ce soir car l'arrivée est pour demain. Il faut rentrer vers 16h30, au moment où la marée est encore un peu montante, juste avant l'étale de pleine mer.
Mercredi 2 décembre 2009, le soleil se lève sur un océan dont la couleur a viré au vert ; 79 mètres de profondeur, nous sommes proches. Le vent passe à l'Est et me permet de garder le génois tangonné alors que nous nous dirigeons vers l'entrée du chenal. Le vent est puissant et, combiné au courant de Guyane, nous présente à l'entrée du fleuve Mahury à exactement 16h30. Nous n'aurions pas pu calculer mieux. En fait, nous n'avons rien calculé du tout. Nous n'avons pas une seule fois tenté de ralentir, ou de modifier la vitesse du voilier en vue de cet atterrissage. C'est tout simplement incroyable, après 9 jours de mer, nous arrivons à la première bouée du chenal à l'heure exacte où il faut l'emprunter. Le temps de descendre la grand voile, je démarre le moteur et marche avec le génois pour tenter d'arriver au mouillage avant la renverse. L'eau est maintenant marron clair. Les petites sont à l'intérieur face à un de leurs films préférés car le moteur autorise cette consommation d'électricité. Les berges du Mahury défilent rapidement, elles sont surchargées d'une végétation basse mais dense sur bâbord, sur tribord, un petit plateau au pied duquel de belles villas se nichent confortablement, complète notre vision de notre entrée en Guyane française. Le chenal s'oriente sur la droite et s'ouvre sur un quai de déchargement occupé d'ailleurs par un cargo de couleur bleue. Sur ses flancs sont inscris en très grosses lettres M et N : les initiales du prénom de mon épouse Meng Ngee. Elle prend une photo… Au fond sur tribord apparaît un ensemble compact de mâts ; la marina semble pleine à craquer. Nous mouillons un peu en retrait. Bubu, un voilier en aluminium rencontré à Mayotte se trouve aussi au mouillage. Il arrive en quelques minutes pour nous souhaiter la bienvenue et nous conseiller de lâcher au moins 60m de chaînes ; le courant est violent dans ce fleuve. La tranquillité de notre traversée se dissipe comme un merveilleux souvenir. En effet le courant s'intensifie et atteint 4 nœuds !! Vers 18 heures, une horde de moustiques s'abat sur nous dans le cockpit. La violence de l'attaque nous surprend ; nous nous replions précipitamment dans le confort de la cabine. Heureusement, nous avions installé toutes les moustiquaires en prévision. Les gens d'ici appellent cette invasion " la volée ".
Nous pouvons enfin nous allonger sur un lit bien plat pour cette première nuit sans interruption.
 



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