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Le séjour à Tobago

Lundi 28 Décembre, nous découvrons une large baie entourée de montagnes riches en verdure. L'eau est transparente ; enfin ! Rod de Sheer Tenacity nous rend une visite et nous explique comment éviter la pénalité (200 TT, à diviser par 6 pour obtenir des dollars). Il nous faut mentir et leur annoncer une heure d'arrivée vers 9h30 heure locale. Je mets l'annexe à l'eau, puis nous nous rendons tout au fond de la baie vers un quai en béton. Une houle impressionnante y pénètre en se moquant bien de nos présences. Les bateaux voisins disparaissent  régulièrement de notre vue ; seuls leurs mâts sont visibles. Heureusement, j'ai équipé le dinghy du système déjà utilisé à St Hélène ; un grappin lourd muni d'un bout de chaîne de 10 mm pour l'alourdir d'avantage, une poulie, et une longue boucle constituée d'un filin en nylon de 8mm pour renvoyer l'annexe vers son ancre. Le débarquement est périlleux, mais réussi. Je me traîne à la suite de mes filles bondissantes vers les bureaux de l'émigration et de la douane ; ils se font face. L'officier se montre charmant face à Meng toute souriante. Moi, avachi sur un banc, je la laisse faire ; malade, sans lunettes de vue que j'ai encore une fois oubliées, je ne suis bon à rien. Il y a un distributeur de billets juste à côté sur lequel les petites s'acharnent comme sur un babyfoot. Meng passe maintenant à la douane. Là, c'est une autre affaire. L'officiel se montre suspicieux et met en doute, avec raison d'ailleurs, les affirmations, pourtant formelles, de Meng. Elle m'appelle à la rescousse. Je me retrouve face à un fonctionnaire pas souriant du tout, et confirme en anglais que nous sommes bien arrivés à 9h30 à Charlotte ville. Il me regarde droit dans les yeux et me demande : " en êtes vous sûr ? ". L'enjeu n'est pas important, je suis malade, je n'en ai strictement rien à battre, alors je mens effrontément en lui rétorquant que : " ben oui, on est bien arrivé à 9h30 (la belle affaire !) ". Il insiste et lance sa menace suprême : " je vais faire coïncider votre affirmation avec celle de nos Coast Guards qui vous ont vu arriver ". Comme je n'en ai vraiment rien à secouer de cet acharnement puéril et des 200TT qu'il tente, à grand coup d'intox, de nous subtiliser, je rétorque poliment : " mais faites donc mon cher ami, faites coïncider… ". Bang, bang, bang font les tampons qui écrasent nos documents. Nous voici donc officiellement entrés à Tobago.
En face, il y a une bibliothèque dans laquelle nous entrons avec plaisir. L'air y est conditionné, les filles y trouvent des livres pour leur âge. Il y a un coin internet. Un coup d'œil au comptoir d'accueil me ramène, en un éclair, 20 ans en arrière lorsque je vivais aux Iles Vierges américaines. 3 préposées grasses à souhait sont avachies sur des chaises, petites en comparaison. Elles palabrent entre elles sans prêter la moindre attention à notre présence. De lourds seins posés sur les plans de travail, assistés d'une tête calée sur un ensemble main/coude lui aussi en appui sur le même plan, empêchent les corps des réceptionnistes de se répandre sous les bureaux. Nous sourions, disons bonjour, un petit mot gentil et enjoué pour toucher une partie sensible de leur âme ; pas d'effet. Nous disons au revoir et sortons, toujours accompagnés de nos filles bondissantes. Meng repère le micro-supermarché du coin ainsi que quelques autres commerces, puis nous repartons cap sur Constante. Il me faut me reposer. La houle s'est amplifiée et n'autorise aucun débarquement le lendemain.
Les locaux nous avouerons n'avoir jamais rien vu de tel. De mini-raz de marée charrient toute les 5 ou 6 vagues une grande partie du littoral immergé sur la route qui longe le rivage ; c'est impressionnant. Pourtant bien amarinés, nous vivons péniblement à l'intérieur du voilier. La baie forme un  bouillon chaotique rendant le mouillage très inconfortable. Puis les conditions s'améliorent et nous permettent enfin de débarquer. Le bonheur suprême nous attend au bout du ponton ; de l'eau potable à volonté et… entièrement gratuite. Nous jubilons ! Les petites foncent vers la plage, elles galopent dans tout les sens. Un Allemand présent au mouillage tente de positionner son annexe de façon à ce qu'elle ne soit pas détruite par la houle en passant accidentellement sous le ponton, mais n'y parvient pas. J'aventure une suggestion qui va, malheureusement m'impliquer directement dans la résolution de son problème ; il faut le sortir de l'eau et le positionner au sec sur le ponton. Il se positionne sur l'avant du dinghy, la partie la plus légère. Moi, à l'arrière, j'hésite un instant, ne suis-je pas en train de faire une connerie dans l'état où se trouve mon dos ? Mais, emporté par une vague d'optimisme déraisonnable, je soulève l'arrière… Ca fait mal, mais je suis chaud ; ça devrait aller. Après quelques emplettes, et la découverte de la mini bourgade, nous repartons au bateau. La houle est vraiment trop importante ; nous passons l'après-midi à bord tranquillement. Pour me rendre utile, je plonge et nettoie bien la coque. Son lissé original est de retour. Les séjours dans les eaux troubles du Brésil et de la Guyane Française sont révolus. Je me régale, bientôt imité par les petites, dans l'eau transparente de Tobago.
Le lendemain, c'est plié en deux à la manière d'un petit vieux que je me déplace pour tenter de faire de l'autostop et nous rendre à Scarborough. Le spectre du départ des îles du Salut un vendredi me poursuit. Je suis consterné par la fragilité débilitante de mon corps ; démoralisé par l'aspect implacable de cette déficience. Je n'ai plus le droit à l'erreur car chaque crise m'enfonce davantage vers la zone critique du handicap. Après une longue attente pour tenter de bénéficier des services d'une âme généreuse pour nous prendre en stop, nous partons vers Scarborough…en bus. Nous voudrions acheter une nouvelle carte SIM afin de réactiver notre téléphone. L'île est magnifique et, c'est collés aux fenêtres que nous découvrons sa beauté sauvage. Une fois dans les rues de la ville, la chaleur nous terrasse sans pitié ; il fait chaud ! Nous sommes les seuls blancs déambulant dans la cohue. On ne nous prête aucune attention ; tant mieux ! Meng marchande l'achat de quelques DVD pour nos enfants. Le rasta vendeur se montre sympa et nous met en confiance. C'est au tour du bureau Digicel, la société de télécommunication omniprésente aux Caraïbes, de nous accueillir. Là, c'est moins sympa. Nous attendons notre tour sous les yeux éteints d'agents commerciaux qui, à l'évidence, pourraient bénéficier de quelques cours quant à la manière de traiter un client. Plusieurs locaux nous passent devant sans vergogne. Meng, outrée, commence à faire entendre le son de sa voix. A mon avis, cela ne sert à rien ; ici, autant s'armer de patience. Les petites, comme d'habitude, sont impossibles à contenir dans cet espace clos. Elles se pourchassent à grand éclats de rire partiellement étouffés par nos shuuuuuut courroucés, mais rien n'y fait. Elles s'étalent par terre, se relèvent en riant, repartent de plus belle entre les jambes des clients. Finalement, une jeune femme à l'attitude flegmatique, décide de nous servir ; yeux mi-clos, visage démotivé, épaules tombantes… Nous lui expliquons à 150 mots/minute, elle nous répond à 5 mots/minute. Nous reviendrons avec notre téléphone pour essayer la carte SIM locale car il existe des blocages sur certaines origines qui risqueraient de nous interdire l'utilisation de notre téléphone. Heureusement, Meng reviendra avec les enfants et son téléphone singapourien qui fonctionnera à merveille ! La journée continue sans grand intérêt. Nous attendons plus de deux heures et demie un bus, pourtant prévu à heure fixe sur un horaire établi et publié. Nous sommes heureux de sortir de cette ville sans attrait pour revenir vers Charlotte ville.
Les jours s'écoulent doucement entre les sorties à terre, les séances de baignade autour du bateau ou sur la plage voisine surveillée par des maîtres nageurs. Un petit chien miséreux fait le bonheur de Carmen qui passe des heures à le caresser et à le porter. Nous tentons bien de l'en empêcher car le chiot présente les symptômes d'une maladie de la peau ; il est pelé par endroit et est entouré à tout moment d'une multitude d'insectes… Nous la laissons faire, un peu inquiets, mais conscients de l'importance que ce genre de rapprochements représente pour son développement affectif.
Meng et les enfants deviennent de plus en plus populaires à Charlotte ville ; tout le monde les connaît. Tropicat nous rejoint ainsi que Malamok et finalement Julie. Malgré mon dos sérieusement statufié, je plonge sur le safran bâbord de Tropicat pour l'aider à le sortir de l'eau. Je trouve ensuite un gars, appelé Mohamed, capable de souder la mèche fracturée. Alain de Malamok effectue l'ingénierie de la réparation ; l'acier, ça le connaît. Ici, le crime n'existe quasiment pas à l'encontre des navigateurs. Les dinghys sont en sécurité et nous dormons enfin tranquilles la nuit. Cela nous change du Brésil et de la Guyane française. Les locaux se sentent même offensés quand, malgré tout, certains navigateurs cadenassent leur annexe.
L'esprit général qui caractérise la plupart des habitants finit pourtant par me peser. Meng qui appuie fortement son statut de Mère et d'épouse (je n'irais pas jusqu'à dire : " comblée "), évolue parmi eux sans difficulté. Il n'en va pas de même pour des femmes plus jeunes en couple, mais non mariée et qui le disent avec une certaine naïveté. Pour elles, c'est un harcèlement continuel. Mariées ou non, elles sont quotidiennement poursuivies des assiduités de personnages à priori respectables comme Cosa, le propriétaire quinquagénaire  d'un petit restaurant de plage.  Il m'a même fallu rappeler à l'ordre un groupe d'adolescents qui n'hésitaient pas à jeter des commentaires scabreux à l'encombre d'une scandinave dont la paire de seins magnifiques trouvaient maigre cachette sous un t-shirt ordinaire.
Si ce n'est pas le sexe, après lequel courent les locaux mâles, c'est le fric. J'en suis même arrivé à éviter tout contact avec les hommes afin de ne pas avoir à répondre par la négative à l'inévitable demande d'argent qui en découle. Même si parfois, je pensais ne pas me trouver en présence du mec typique porteur d'une requête de fric, j'y avais droit contre toute attente et toute logique. Il y a deux jours, je me promenais avec Carmen et Julie sur un joli chemin à flanc de montagne pour arriver à un surplomb avec une vue magnifique sur la baie et notre voilier. Là, sur un banc public, je me retrouvai nez à nez avec un local, la soixantaine, allongé de tout son long, bedaine garée sur le flanc. Il engagea la conversation qui glissa graduellement sur son statut d'employé du gouvernement à la retraite. Avec le plus grand sourire, et alors que je ne m'y attendais pas du tout, il me tendit la main sans la moindre retenue pour recevoir de l'argent. Il est pourtant gras et bien portant ; faut-il avoir perdu toute forme de dignité et de ¨self respect¨ pour en arriver là ?
Lors d'une visite à la chute d'eau du coin, nous déclinâmes l'offre d'un guide qu'il fallait payer en plus du tarif d'entrée (et oui, il faut aussi payer pour aller voir leur chute d'eau !). Il n'y a qu'un chemin, et il mène directement à la chute ; difficile de ne pas la trouver, donc pas besoin de guide. Un groupe de jeunes s'y rendait aussi ; 1 homme et 4 jeunes filles. Immédiatement, la conversation s'engagea. Plutôt sympa, le gars, un costaud, parut curieux de savoir d'où nous venions. Il catalogua géographiquement Singapour sur le continent européen. Nous étions donc riches et, conséquence inéluctable, il nous demanda 20 USD pour avoir accès à l'immense réserve de ses connaissances sur les coutumes et traditions de Tobago. Là, j'ai froncé les sourcils et lui ai demandé de s'arrêter net, ce qu'il prit au sens littéral du terme. Il nous laissa prendre de l'avance. Par précaution, je me suis muni d'un gros bâton en guise d'arme de poing au cas où. Heureusement, il n'y eut pas de suite. Nous nous sommes baignés dans une eau fraîche, pour une fois pas salée. Les petites se sont régalées même si ce n'était pas aussi bien que la piscine de Rio.
 



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