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Voyage de Tobago à La Grenade et séjour à La Grenade

Mon dos se remet tout doucement, les amis sont tous partis. Il est temps pour nous de nous engager sur les Caraïbes, celles du tourisme effréné et de ses pompes à fric. La houle de l'Atlantique ne nous a jamais vraiment laissé de répit à Charlotte ville, c'est donc parfaitement amarinés que nous partons en ce :
1er Février 2010. Il est 16h30, la brise est bonne et donne à l'est sud est. Constante taille bien sa route au grand largue. Les petites sont maintenant couchées. Les étoiles illuminent le ciel d'une étonnante brillance. L'air est pur ; cristallin. Je me régale de cette courte traversée vers la Grenade. A cause d'une récente attaque perpétrée par des pêcheurs vénézuéliens sur un voilier et équipage allemand au large de Trinidad, nous naviguons de nuit, tous feux éteints. Vers 4 heures du matin, les lueurs électriques de l'île apparaissent. Le point GPS entré grâce au logiciel de navigation présente une erreur de plusieurs centaines de mètres sur tribord ; il me faut naviguer à vue pour entrer correctement dans la Prickly bay. Nous y arrivons à 7heures. Un coup d'œil vers l'intérieur de la baie nous laisse pantois. Il y a bien une bonne centaine de voiliers à l'ancre. Toute la famille est maintenant réveillée ; les filles poussent des Hoooo  d'excitation  devant ce défilé d'un nouveau paysage. Je tente de mouiller près du yacht club, mais le fond est constitué d'une vase molle ; pur produit des tonnes d'excréments que rejettent mes congénères chaque jour. Résultat, ça n'accroche pas. Je repositionne Constante à l'entrée de la baie, malheureusement loin des points d'atterrissage pour dinghy, et la Delta accroche enfin. La lourde et dense végétation de Tobago fait ici place à une toundra brulée de soleil et de sécheresse. La houle de l'Atlantique rentre comme chez elle ; nous roulons bord sur bord de façon fort ennuyeuse voir casse c…
Un tour sur la VHF, canal 68 à 7h30, nous plonge au cœur du sens de l'organisation anglo-saxonne ; Jonathan, patron d'Island Water World, donne la météo et anime un radio net très utile pour son business, mais aussi pour l'entre-aide des navigateurs. Je passe ainsi une annonce pour savoir si une personne présente sur le net pourrait nous installer proprement le software Airmail nécessaire au bon fonctionnement de notre Pactor. Une heure après, des amis américains rencontrés à Singapour il y a 4 ans, sont à notre bord, diskettes en main. Sahra, skipper du voilier (une femme ! Une fois n'est pas coutume…), désinstalle mon software corrompu, et installe le sien. Victoire ! Nous pouvons enfin envoyer et recevoir des e-mails via Pactor à bord de Constante. Ca commence bien.
Aujourd'hui,
2 Février 2010, c'est l'anniversaire de Julie ; elle a 4 ans. Meng organise à bord une petite fête familiale avec un gâteau et des bougies. Nous sommes heureux.
Quelques incursions à terre nous font très vite prendre conscience d'un fait aussi simple que têtu ; ici, tout est très cher ! Il nous faut pourtant trouver une solution pour le carénage de Constante qui en a grand besoin. J'envoie une série de courriels aux différents intervenants ; Spice island et Grenada marina pour la Grenade, Tyrrel bay haul out pour Cariacou, Carène Antilles à la Martinique et même la France pour situer les cotations par rapport à un référentiel de base. Pour sortir et mettre à l'eau Constante, le laver sous haute pression, le garer et le caler à terre et vivre à bord 5 jours, la Grenade nous demande prés de 500 USD, la Martinique 787 Euros et, fort heureusement, Cariacou nous offre un prix raisonnable de 327 USD. Pour référence, Papa indique 150 Euros à Port Leucate en France. Nous prenons donc la décision de sortir le bateau à Cariacou. Rendez vous est pris ; ils ont même de la peinture érodable compatible avec ce que j'ai sur la coque actuellement. Dans le même temps j'établis le contact avec le fabriquant de notre éolienne AirX achetée à Singapour. Depuis la Guyane française, j'observe une forte vibration. C'est incompréhensible car, après une analyse détaillée des pales de l'hélice, rien ne semble indiquer une cause apparente de déséquilibre (pas de cassure ou de partie manquante ou même de trace d'impact). Par contre les roulements ont du jeu. Les techniciens du centre d'appel en Arizona se montrent extrêmement efficaces et conciliants. Je reçois, une semaine après l'appel téléphonique, et sous garantie, tous les roulements nécessaires aux rotations de l'hélice et de l'éolienne sur son axe vertical. Evidemment ; pourquoi dois-je encore utiliser ce mot, " évidemment ", le colis FEDEX est bloqué au bureau du même nom à la Grenade. La pompe à fric est en route, il faut nous en soutirer un maximum à tous les niveaux. Pour recevoir ce colis, j'avais téléphoné au fameux Jonathan de Island water world (un des shipslander du coin) pour lui demander s'il aurait l'amabilité de fournir une adresse connue afin d'en faciliter la réception. Son accueil fut chaleureux et très efficace, il m'indiqua même la meilleure façon de rédiger l'adresse en spécifiant " Yacht in transit " pour ne pas payer de taxes. Ce que l'individu ne me dit jamais, c'est qu'il n'offrait pas ce soutien gratuitement. J'appris dès notre arrivée à Prickly Bay, grâce à nos amis américains, qu'il le facturait cher, voire très cher. Alors que mon colis se trouvait encore dans les airs, je rendis une petite visite à notre brave Jonathan d'Island water world qui m'apprit à ma grande consternation qu'il me facturerait effectivement près de 80 USD de frais de dédouanement. Face à ma réticence polie, c'est tout de même chez lui que mes roulements allaient se retrouver, il me dit, non moins poliment qu'il n'était pas à la tête d'une association de charité à but non lucratif. On sentait qu'il devait souvent employer cette formule… " Peut être auriez vous pu avoir l'amabilité de me prévenir des coûts induits " lui fis-je remarquer avec une parodie de sourire sur le visage. Le sien se contracta involontairement ; il était temps de baisser la tête et d'effectuer un repli stratégique pour ne pas envenimer la situation. Je lui dis que je comprenais ses motivations, que tout travail mérite salaire, bla bla bla et partis pour réfléchir. Première chose, prendre le téléphone et coller à la trajectoire du colis grâce aux excellents outils de traçabilité que possèdent ces sociétés de transport. De cette manière j'appris où il se trouvait bloqué. " Puis-je venir parler à monsieur le douanier, madame la préposée à l'accueil du bureau FEDEX ? ", " mais bien sûr, faites donc " me répondit-elle, ouvrant ainsi une issue de sortie qu'il me serait peut être possible d'emprunter. Nous sommes à Grande Anse avec les enfants, nous nous séparons et décidons de nous retrouver au restaurant " Big fish " où se trouve cadenassée notre annexe. Moi, je pars en croisade pour tenter de récupérer nos roulements. Je n'ai même pas pensé à prendre de l'argent (optimisme viscéral ?), j'ai juste de quoi aller et revenir en bus. A l'accueil du bureau FEDEX, un officiel de la douane se présente ; il conteste la valeur des éléments décrits sur la facture. Il me faudra deux heures pour venir à bout de son entêtement au terme desquelles, il me réclame, au titre d'une faveur, la somme de 20 USD. Je suis venu sans argent ; je ne peux pas récupérer le colis dont j'ai besoin pour réparer l'éolienne. Je dois revenir 4 jours plus tard car demain commence le week-end suivit des fêtes de leur indépendance. Face à la stupidité de la situation dans laquelle il me plongerait, le douanier redevient un type normal et lâche ses 20 USD. Merci Monsieur le douanier et je repars au bateau avec un joli paquet FEDEX sous le bras. Que d'énergie dépensée pour ne pas semer à tout va le peu d'argent que nous possédons. J'effectue un petit crochet chez mon ami Jonathan d'Island water world. Il est là, dans son bureau, lunettes sur le nez, occupé à gérer les deniers qu'il glane avec une efficacité redoutable. Je le remercie pour m'avoir offert son aide, puis la décline, poliment toujours, en montrant le paquet que je tiens sous mon bras. Crispation fugitive du visage, suivit d'un sourire commercial. Je m'enfuis plus que je ne le quitte, comme un petit poisson glissant au travers de ses griffes.
De retour à Prickly bay, nous retrouvons Michel et Marie du voilier Julie sur le terre-plein du chantier Spice Island. La mine défaite et le moral dans les chaussures, ils expliquent comment les cotations établies au départ, bateau dans l'eau, ont quadruplées sous divers prétextes liés à la condition du bateau, une fois celui-ci calé au sec. Les travaux ont commencé, et avec eux, la pompe à pognon bien rôdée s'est mise en branle. Pour refaire les peintures de coque au rouleau et démâter le grand mât, le chantier réclame près de 7000 Euros. Pour enrayer l'hémorragie financière, ils décident d'appliquer eux-mêmes les peintures. La facture redescend à 5500 Euros.  Pour le mât, maintenant déposé à coté du bateau, l'affaire se complique. Spice Island refuse de le réparer pour ne pas avoir à assumer la responsabilité liée à la garantie, mais quand Michel tente de réparer grâce à un intervenant extérieur, le chantier brandit son règlement intérieur interdisant à tout étranger aux services internes de travailler intramuros. Il fallut requérir à la menace d'une action en justice pour enfin aboutir à un accord. Je frémis… nous nous gardons bien d'insérer le moindre petit doigt dans ce gros aspirateur de dollars. Au lieu de cela, nous nous baladons à St George, puis passons quelques après-midi sur la très belle plage de Grande Anse. L'eau y est cristalline et calme. Les petites se régalent et jouent avec d'autres enfants.
Avec les roulements en main, je démonte l'hélice avec son moyeu pour contrôler son équilibre. Car en fait, scientifiquement parlant (ça sonne mieux que théoriquement parlant), seul un déséquilibre des pales peut engendrer une vibration, mais comment a-t-elle fonctionné durant deux ans sans vibrations, et pour une raison inconnue, se serait déséquilibrée ? Mystère. Et pourtant, c'est bien le cas. Je suspends l'hélice à un fil fin passant exactement par le centre du moyeu ; elle s'avachit sur un coté ; merde ! Je commence le ponçage du bord de fuite des pales les plus lourdes. Petit à petit, l'hélice retrouve une assiette horizontale. Après remontage, ça fonctionne de nouveau sans vibrations ; voilà une bonne chose de faite. Ici, il faut payer pour l'eau ! Meng, qui ne manque pas d'à-propos, observe les serveuses du bar restaurant Big Fish. Elles appuient sur une pédale pour faire venir l'eau au robinet à l'évier du bar. Durant la fête de l'indépendance, les îliens jouissent d'un jour de congé qui, combiné au dimanche férié, donne à Meng l'occasion de remplir nos jerricans au bar du restaurant déserté pour ce congé. Il est temps pour nous de rejoindre Cariacou pour caréner Constante.
Nous partons à 10 heures en ce
10 Février 2010, et mouillons à Beauséjour, une baie située au Nord Ouest de la Grenade. Nous passons la nuit tranquillement non sans quelques inquiétudes liées au fait de notre isolement ; nous sommes les seuls au mouillage dans cette baie. Le spectre de l'agression nocturne me hante les rares fois où nous prenons le risque de nous isoler de cette manière. Tant de voiliers attaqués présentaient cette particularité. Je me suis tout de même réveillé pour faire un tour sur le pont, mais nous baignions dans le calme complet.
 
 



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