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Voyage de Mayreau aux Tobago Cays et séjour aux Tobago Cays

Le 9 Mars 2010, trois jours de repos après notre arrivée à Mayreau, nous relevons l'ancre pour les Tobago Cays. L'endroit est superbe et le mouillage d'excellente tenue. Nous mouillons dans 4 mètres d'eau translucide, juste en face de la barrière de corail. Nous plongeons en famille pour rencontrer les tortues. Le moment est magique ; Carmen et Julie sont en orbite autour de mon dos et Meng me suit de très près. Soudain, la première tortue apparaît. Elle broute de petites algues vertes sur le fond sablonneux. Toute la famille s'extasie. Julie révèle un talent manifeste pour la plongée sous marine ; elle retient sa respiration avec une aisance remarquable. Meng commence, elle aussi, à se sentir plus à l'aise et surtout à apprécier. Je me tiens volontairement à une profondeur de 2 à 3 mètres pour que s'installe un climat de confiance. La mayonnaise est en train de prendre. De temps en temps, je lâche mes deux petites et plonge à la poursuite d'une tortue pour établir ce contact magique avec un animal sauvage. Pas facile, je n'y parviens que rarement et juste pour une petite tape au passage sur la carapace glissante de nos amies. Une belle raie de couleur sombre plane doucement sur le fond. Julie la montre du bout de son doigt. Les Tobago Cays : c'est pour nos petites. De retour au bateau, les parc-rangers arrivent et collectent 10 EC par adulte, mais décident de ne pas facturer nos enfants (5 EC par enfant) ils sont sympas. L'ambiance est bon enfant avec un reste de ce que l'on pourrait appeler le syndrome du HLM. Il y a bien ici 50 bateaux à l'ancre en provenance de tous les horizons. Comme dans un HLM, on ne connaît pas ses voisins et ne cherchons pas à les connaître. Ici, c'est un peu comme ça, les dinghys se croisent tellement nombreux que l'on se fait à peine un petit signe de la main, un timide sourire et c’est tout. Ailleurs, la rareté des rencontres leur donne un sens beaucoup plus profond ; on prend plaisir à se connaître.
Je remercie ici St Vincent et les Grenadines de n'avoir pas encore fermé ce coin de paradis aux budgets modestes  comme le nôtre. Vers le soir, un immense ketch se joint à la flottille des Dufour et autre Bénéteau, Jeanneau ; pas de discrimination, tout le monde jouit du privilège de connaître un endroit aussi beau. Ailleurs, comme les Maldives ou Fernando da Noronha au Brésil, seuls les détenteurs de gros comptes en banque peuvent se permettre de s'y rendre. Pour nous, c'est trop cher ! (850 Euros par mois aux Maldives et plus de 100 USD par jour à Fernando).
Dans l'après-midi, nous retournons en annexe sur la barrière de corail. Nous y trouvons de petits corps mort à l'intention de l'amarrage des petites embarcations. De cette manière, le corail est protégé. Nous sautons tous à l'eau de nouveau. De jolis petits massifs coralliens à fleur d'eau offrent abri et nutrition à de nombreux poissons multicolores. Meng est ravie de cette découverte d'un monde dont elle ne soupçonnait pas la beauté. Dès que les petites commencent à avoir froid, elles regagnent le dinghy baigné de vent et de soleil pour se sécher et se réchauffer. J'en profite pour traverser la barrière à fleur d'eau et me rendre sur le tombant. Mais c'est un spectacle de désolation que j'y découvre. Il ne reste rien de ce qui fut probablement l'un des plus beaux sites de plongée au monde. Un ouragan en a méthodiquement défoncé chaque mètre cube. Je plane au-dessus d'un entassement de mort grisâtre. La flore est morte et la faune est quasi-inexistante. 

Les efforts d’officiels locaux pour installer des corps morts pour dinghies etc. semblent bien inutiles face aux ravages qu’un ouragan génère sur son passage. Comme notre flotte à Toulon en 1942, la nature semble vouloir se saborder face au ras de marée de ces humains assoiffés de ce qui est encore beau, de ce qu’ils n’ont pas encore détruit. Alors nous voilà ici, tous agglutinés sur ce site magnifique. Les dernières analyses montrent que nous rejetons trop de « merde ». Ne serons donc acceptés, à partir de Septembre 2010, que les bateaux possédants un réservoir d’eaux noires à bord. Nous voici donc repoussés une fois de plus par une multitude convergente dont la densité projette toutes les données mesurables dans le rouge. Les Tobago Cays nous seront interdites… à moins de nous enfiler une pinoche de bonne taille à la sortie (et entrée pour certains).
Aux Caraïbes, nous éprouvons un sentiment de culpabilité d’autant plus pénible que nous avons toujours tout mis en œuvre pour nous soustraire, par notre mode de vie « écolo » aux ravages qu’infligent nos sociétés à la planète. Nous arrivons de très loin, par delà les océans et cotes souvent inhospitalières. Nous nous sommes toujours sentis rares, détachés des problèmes inhérents au saccage systématique de la terre. Nous pensions même apporter une solution ; un mode de vie capable d’harmonie et de respect.
Ici, nos belles idées rejoignent le ficher à classer des candides utopies. Nous ne faisons qu’ajouter nos rejets aux hordes affairée des chercheurs du beau et du facile ; résultat évident d’un raisonnement boite 9 cases. Quelques heures d’avions, ambiance feutrée, capitonnée, les extirpent de la grande moissonneuse batteuse de notre société, pour les débarquer ensuite sur des centaines de bateaux de charter avec ou sans skipper, avec ou sans colocataires, avec ou sans guides. Les flottes de vendeurs de rêve sont légions à s’être installées ici, là, partout. Ils sillonnent la mer des Caraïbes avec ou sans voiles, souvent sans ; c’est trop lent, trop fastidieux ces voiles capricieuses. Un coup de démarreur, et c’est parti, vite, vite, il faut tout voir, tout faire, manger, boire, rire, foncer, seul ou à couple. Les voitures de « loc. » prennent les relais dès le pied posé à terre. Vite, vite, plus que quelques jours, quelques heures avant l’avion qui les ramènera…sauf si un volcan n’en bloque quelques centaines de milliers sur l’ile (éruption du volcan islandais) … encore du business pour l’hôtellerie locale ; c’est du tout bon.

Viennent ensuite ceux que l’avènement de l’année sabbatique projette sur l’océan Atlantique pour une boucle rapide. Un coup de yoyo ; en bas, en haut, puis de retour dans la main qui les reprend fermement. Les épouses, pas franchement motivées par l’incompréhensible énergie qui pousse leur homme sur les sommets de l’inconfort et du danger, suivent par amour, par respect du rêve de l’autre, ou de son portefeuille. Elles résistent, puis cèdent finalement sous la pression parfois tentante des trésors de beauté dont elles s’éblouiront là-bas, de l’autre coté de la mer. Seulement voilà, il y a l’océan à traverser … Peu sont celles qui participeront au voyage de retour. Elles attendront bien au sec, bien au chaud, dans le confort du nid qu’elles sont heureuse de retrouver. Nous en rencontrons de très sympas. Certains de ces gars là nous regardent avec envie car nous nous sommes accordés le temps de vivre. A ce moment de notre voyage, nous partageons cependant un point commun. Au cœur de ce sillonnement incessant, nous pensons tous au retour. L’Atlantique Nord s’impose à nos esprits comme l’ultime épreuve, le prix à payer pour avoir osé poursuivre jusqu’au bout un rêve fabuleux.

Ciao les amis, nous nous reverrons bientôt, mais ils sont déjà partis ça et là, vite, vite, il faut tout voir ; certains poussent même jusqu’à Cuba ! Les Iles vierges Américaines demeurent isolées, victimes de la paranoïa de ses dirigeants, ses frontières représentent un obstacle administratif et financier trop important. Il faut effectuer un virement bancaire pour acheter le droit de parler à un fonctionnaire d’une ambassade Américaine et prendre un rendez-vous. Le coût d’un visa est de l’ordre de 135 USD par personne. Je ne peux cautionner une telle attitude et malgré les attaches que j’ai tissé dans mon passé avec St John, je renonce à rendre visite à mes amis. La France, dans ce domaine, fait preuve d’une maturité remarquable ; les formalités sont faites sur un ordinateur mis à la disposition des plaisanciers dans divers points de chute de ses Iles. Nous ne sommes pas harcelés par le zèle souvent inapproprié de certains fonctionnaires dont les jugements sont altérés par le contact direct avec des gens porteurs de cultures, positions sociales et moyens financiers quelque fois très différents. Comment nos amis Américains n’ont ils pas compris que le déploiement des mesures de contrôle aux frontières de leurs territoires est tout simplement ridicule ? Voilà encore une énigme à placer sur le compte de la stupidité car, une fois de plus, ceux que les bien pensants d’outre Atlantique veulent empêcher d’entrer sur le territoire des USA, « the bad guys », n’iront jamais payer 50 USD pour obtenir un rendez vous à une ambassade Américaine, puis payer 135 USD non remboursable pour s’entendre dire que l’entrée leur est refusée. Ils pénétreront tout simplement en parfaite illégalité et gratuitement. Ces mesures débiles n’ont qu’une seules conséquence, et non des moindres ; elles maintiennent les honnêtes gens à l’écart. Mais peut être est ce l’objectif recherché ; rassembler aux états unis le plus grand ramassis de hors la loi pour créer un pays agressif et dangereux ; à moins que…mission déjà accomplie !

De retour au dinghy, je retrouve mes petites femmes, les yeux encore pleins de soleil et d’eau salée. Il est temps de revenir au bateau pour une bonne douche. Encore un détour sur une très belle plage occupée par quelques vendeurs de t-shirts et autres boissons/soda. Le paysage est reposant. De retour sur Constante, nous préparons la petite traversée de demain en rangeant l’intérieur.



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