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VOYAGE DE TOBAGO CAYS A LA MARTINIQUE EN PASSANT PAR BEQUIA ET SEJOUR A LA MARTINIQUE

Le lendemain,
11 Mars 2010, Nous partons pour Bequia où nous devons effectuer notre sortie de St Vincent et les Grenadines. L’angle du vent est très favorable. Nous arrivons à 12h 10 non sans avoir échangé quelques grognements conjugaux. Meng apprécie moyennement les 3 virements de bord au près très serré que je dois effectuer pour me rapprocher de la ville. Il faut passer un cap très au Sud Ouest, puis virer au plus près vers le Nord Est pour gagner du terrain sur notre destination finale. Trois bateaux rentraient « malheureusement » avec nous. Ils ont mis au moteur immédiatement après le passage du cap, et, sans se poser plus de questions, ont regagné la ville directement. Mauvaise influence sur Meng de moins en moins d’accord pour zigzaguer pendant une plombe en face d’une ville si proche…A son grand soulagement, nous mouillons enfin la pioche dans 5 mètres d’eau claire.
Bequia nous offre un joli visage avec son front de mer ombragé et accueillant, mais nous ne voulons pas nous attarder. Nous désirons rejoindre au plus vite la Martinique. Nous rencontrons une famille d’Italiens sur la plage. Des gens sympathiques qui nous racontent comment ils se sont faits cambriolés dans leur chambre d’hôtel la nuit dernière. Monsieur a perdu sa Rolex et dû payer pour faire venir les formulaires nécessaires à la déposition auprès du poste de police local ; un comble ! Nous redoublons d’attention pour notre annexe et Constante. Une fois la sortie effectuée, nous préparons le bateau pour une traversée un peu plus longue. Nous passerons au large de St Vincent sans nous y arrêter. En effet cette Ile a très mauvaise réputation. Ensuite, nous tenterons de nous arrêter à Marigot bay, dans l’île de Sainte Lucy. Le 13 Mars 2010, nous levons l’ancre à 05h10 dans le noir total. Je suis complètement dans le pâté. L’ancre à peine calée sur son davier, je reviens à l’avant avec un seau et une brosse pour laver le pont sous la chaine. Agenouillé, je frotte une fois à droite, une fois à gauche, et hop, la brosse m’échappe des mains et tombe à l’eau. J’aime beaucoup cette brosse car elle nous accompagne depuis près de 7 années. Repérée à la lampe torche, elle flotte. Nous effectuons quelques manœuvres pour tenter de la récupérer, en vain. J’abandonne après trois tours dans le noir complet. Alors que je m’apprête à accélérer en direction de la sortie du mouillage, je jette un dernier coup d’œil autour du bateau ; miracle ! La brosse apparaît sur le flanc tribord à portée de gaffe. Je la ramène sur le pont, tout joyeux de retrouver cette amie fidèle. Nous naviguons sans encombres jusqu’au cap Nord de St Vincent, là, le vent atteint 36 nœuds pendant 15 minutes. Le passage entre les îles est en général bien ventilé et particulièrement celui-ci. Sainte Lucy nous accueille par la majesté de ses pitons, puis nous arrivons à Marigot bay vers 16h30. Le temps de déguster un bon repas, de laver les petites, nous contemplons un coucher de soleil magnifique sur un ciel complètement dégagé. Certains navigateurs nous ont parlé d’un « green flash ». Nous nous regardons brièvement, puis, d’un commun accord, cherchons du regard ce fameux flash vert. Serons-nous éblouis par un jaillissement de lumière verte ? Le gros disque orange s’enfonce dans l’opacité tranquille de la mer. Nous le suivons, mi-émerveillés, mi-curieux, puis, alors que nous n’y croyons plus, le dernier liseré de soleil se teinte d’une pâle lueur verdâtre. Voilà le grand truc à la mode du navigateur contemplatif : « the green flash » vient de nous être offert. Nous éclatons de rire car il n’y a vraiment pas de quoi se taper le cul par terre. Etrange expression que celle là dont la puissance graphique m’impressionne plus que le fugitif clin d’œil verdâtre dont nous venons d’être les témoins privilégiés. Après une nuit au mouillage, un corps mort proposé dès notre arrivée pour 80 EC la nuit ne nous ayant pas tenté, nous levons l’ancre et traversons le canal entre Sainte Lucy et la Martinique. Nous y trouvons une mer étonnamment agitée. Nous arrivons au cul de sac du Marin le 14 Mars 2010. Il y a là près d’un millier de bateaux ; Comme d’habitude dans ce genre d’endroit, l’ancre n’accroche pas. Je dois m’y reprendre à deux fois. Imaginez 300 grammes d’excréments humains par personne et par jour. Si l’on considère 4 personnes par bateau en moyenne, on arrive à un étalage uniformément réparti de 438 tonnes par année. Pas étonnant que la Delta fasse la fine bouche en touchant le fond. La Martinique, c’est l’île où ma cousine et sa famille habite, c’est aussi l’endroit où l’on est supposé trouver tout ce que l’on veut. Déjà, Dominique et son mari, Franck, nous donnent les coordonnées de William, un jeune Martiniquais très compétent en informatique. Il nous débarrasse l’ordinateur de la saloperie de virus contracté à Cariacou. Merci William car grâce à toi, j’utiliserai cet ordinateur durant toute la traversée de l’Atlantique Nord pour recevoir les très précieuses infos météo envoyées par mon Papa via la BLU et le modem Pactor. Nous découvrons Dominique, ma cousine et sa famille. La dernière fois que je l’ai vue elle avait 16 ou 17 ans. Aujourd’hui, elle est mère de 4 garçons pleins de vie. Franck, son mari, nous ravit par son sens de l’humour et sa curiosité. Merci Franck car durant un « business trip » en France qui tomba à pic en terme de timing, il nous ramena, malgré ses propres bagages et le petit dernier parti avec lui, l’ordinateur portable tout neuf offert par mes parents. Nous passons de très bons moments ensembles. Je me sens comme à la maison avec Dominique car, alors que nous ne nous y attendions pas du tout, nous nous sommes échangés tout de suite sur un mode de communication dont la forme est extrêmement proche. Nous partageons en fait un large segment de notre vie familiale et culturelle. Quand je l’entends parler de l’Abuélica (Note à Maman pour la correction : en phonétique ici car je ne connais pas l’orthographe de ce mot), mon arrière grand mère, ma mémoire retrouve enfouies ces images oubliées d’une vieille femme toute fripée, couleur grisâtre, étendue sur son lit de mort. Je revois d’un coup ce visage sévère, figé pour l’éternité. Dominique était là aussi ce jour là. Elle me parle de ses frères, ses cousins, cousines, tantes. Tous se bousculent en jaillissants de ma mémoire en un kaléidoscope vivifiant. A son contact, je redécouvre tout un pan de ma famille ; je me régale ! Dans le même temps nous faisons connaissance avec Hélène et William qui voyageaient en famille, comme nous avec deux petites filles, avec mes parents autour du monde. Ils naviguaient sur un voilier de leur fabrication ; un cotre en aluminium. Aujourd’hui ils sont à la Martinique. Ils gèrent deux appartements magnifiques au rez de chaussé de leur maison. , En parallèle, William construit avec l’aide d’Hélène, un 54 pieds en aluminium de toute beauté. Qui le croirait ? Leurs deux filles sont tirées d’affaire, il est donc tout à fait logique de reprendre la mer. Nous passons des moments merveilleux avec eux. Nous échangeons de nombreux souvenirs sur les endroits communs que nous avons découverts à 10 ans d’intervalle : L’Asie du Sud Est, l’océan Indien, l’Afrique du Sud, le Brésil. Les conversations vont bon train. Hélène est une femme énergique, très structurée. William se révèle pétri de générosité et de sensibilité ; c’est un homme bourré de talents. Nous découvrons avec admiration le cheminement difficile mais maîtrisé qui leur a permis de réussir la construction d’un premier voilier, un voyage autour du monde, l’éducation de deus enfants à bord qui réussiront ensuite de brillantes études universitaires, la construction d’une superbe maison en Martinique et celle, encore plus spectaculaire, de leur 54 pieds. Vraiment chapeau et merci pour l’exemple à suivre. Très vite, la densité de ce mouillage nous hérisse le poil. Ca grouille de monde ici. Chaque voyage à terre relève du challenge pour trouver une place où cadenasser notre dinghy. Compressé entre les dizaines d’annexes agglutinées sur un ponton devenu insuffisant face à cette multitude, il nous faut forcer le passage pour trouver un endroit où poser pied à terre.

Nous sortons enfin du cloaque du Marin le
21 Mars pour nous rendre à Anse d’Arlet. L’endroit est sympa, mais un peu rouleur. Nous visitons le bourg en compagnie des équipages de Santa Paz et Plankton, puis gagnons Grande Anse d’Arlet le lendemain 23 Mars 2010. L’endroit est très joli, nous y retrouvons nos amis de Veronica, Philippe, Bénédicte et Ulysse. Carmen et Julie se régalent car elles rencontrent de nombreux enfants de leur âge. Nous nous lions même avec une petite famille de navigateurs dont l’unique petite fille possède, à bord du bateau, un chien, et…une poule !!! Yan et Eve proposent des stages de survie en jungle guyanaise avec, en fin de période, 3 jours à passer en forêt, munis de rien. Ce sont d’anciens militaires, des gens originaux, mais très clairs dans leur tête.

Le 2 Avril 2010, Nous partons pour Anse Mitan. Là, c’est génial, il y a un mur sur la plage avec 5 pommeaux de douches publiques. L’eau y coule à volonté et gratuitement. Nous retrouvons là le bateau Gandhi avec Yves et Arlette. Il s’agit du couple rencontré au chantier de Cariacou. Ils nous ont offert la peinture antifouling pour 100 Euros. Arlette avait promis de nous recevoir si nous passions près de chez eux, c’est chose faite ; nous apprenons à les connaître et à les apprécier au-delà de nos espérances. Ils sont tout simplement fabuleux et nous passons beaucoup de temps ensemble. Arlette nous emmène faire des courses en voiture. Alors que notre pompe eau de mer à l’évier rend l’âme, ils nous en offrent une en parfait état… Yves est un ancien du service de renseignement français qui nous régale par son humour et son bien être. Arlette fonctionne à 100 à l’heure ; ancien proviseur de lycée, elle est intelligente, vivace et rafraîchissante. Nous écoutons bouche bée, comment, lors d’un voyage à la Dominique, Arlette a sauvé son mari passé par dessus bord. La mer était très formée, levée par un fort vent d’alizée, elle su démarrer le moteur, garder un contact visuel avec Yves, faire demi-tour et forcer le voilier, moteur à fond, dans une direction que lui refusait l’orientation des voiles. Arrivée à la hauteur de son mari, elle dut recommencer la manœuvre non sans lui lancer cette phrase fabuleuse, en regard du contexte : « ne bouges pas, je reviens… ». Au deuxième essai, Yves parvint à saisir l’annexe en remorque, et à se hisser dessus. Grâce à la jupe de Gandhi, et malgré l’épuisement physique et nerveux, Yves revint à bord. Dans ces conditions de mer et de vent, un voilier moderne marche entre 6 et 7 nœuds. En tombant à l’eau, Yves, le seul à vraiment savoir manœuvrer son bateau, s’est projeté à pieds joints dans l’antichambre de la mort. Arlette en était parfaitement consciente. Il lui fallut puiser à grand godets dans ses réserves de sang froid pour surmonter un stress immense, maîtriser le voilier seule, et récupérer l’homme de sa vie. Elle dut se faire hospitaliser ensuite pour des troubles cardiaques, avec une bonne cure de sommeil pour évacuer les contraintes émotionnelles. Nous regardons ce couple unit pour la vie, par la vie. Quel bonheur de vous avoir rencontrés. Encore merci pour votre aide et l’amitié dont vous nous avez si généreusement ouvert les portes.

Notre séjour s’écoule doucement entre les sorties pour faire des courses et les séances de frappe sur ordinateur pour saisir sur informatique les deux cahiers manuscrits qui relatent les détails de notre navigation. Même Arlette m’avance le travail lorsqu’elle a un peu de temps. Les petites se régalent dans la piscine de l’hôtel dans l’enceinte duquel je me suis installé pour taper mes notes journalières. L’ambiance est plutôt sympa malgré quelques incidents qui révèlent des frictions entre les locaux et les métropolitains. A titre d’exemple, je citerai le comportement de deux jeunes. Je me rendais tranquillement à l’hôtel avec mon portable sous le bras. Je marchais en rêvant sur le trottoir, quand deux Antillais me croisèrent. Arrivés à ma hauteur, l’un deux força une flatulence bruyante qui les firent ricaner tout en continuant leur chemin. Surpris, je me retournais en les regardant s’éloigner, tout en me demandant quelle devrait être une réaction appropriée. Je n’en vis aucune. Je me tenais là, debout, complètement interloqué par ce geste d’une bassesse abyssale. Je ne sus pas réagir face à une agression dont je n’avais jamais été la victime et pour laquelle rien ne m’avais préparé. Je ne ressentais même pas de colère ; j’étais dans le même cas de figure que lors de notre promenade dans la réserve naturelle visitée en Afrique du Sud. Un zébu vous présente son cul au passage et largue ses 5 kg de merde; c’est normal, on s’y intéresse, on l’observe, on le film, c’est un animal…

15 jours après notre arrivée à l’Anse Mitan, nous relevons le mouillage en ce 17 Avril 2010 pour nous rendre tranquillement au moteur, les batteries ayant besoin d’être rechargées, à St Pierre. 3 heures plus tard, nous nous balançons doucement au bout de notre ancre face à la montagne Pelée. Encore un nom qui rappelle vaguement quelque chose. Il faut se trouver en face des monuments, des lieux, et des ruines, pour recevoir en plein cœur la puissance des évènements qui les ont érigés. A St Hélène, s’était la présence de « l’Empereur » qui frappait mon esprit ; ici, dans cette humble bourgade un peu oubliée, comme mise à l’écart, il y a le Mont Pelé, un volcan qui cache sa bouche ouverte dans les nuages.Le 8 Mai 1902, cette bouche traitresse cracha d’une fissure latérale, et non vers le ciel, un venin de cendre et de rocs, directement sur la ville. A cette époque, St Pierre faisait figure de petit Paris aux Caraïbes. C’était une ville magnifique entièrement construite en pierre de taille ; la seule dans cet endroit du globe. En 45 secondes, les 30 000 habitants furent carbonisés par un nuage de cendres voyageant à plus de 300 km/heure. La température ambiante atteint instantanément 800 degrés Celsius. On peut remercier le Mont Pelé d’avoir eu la décence de foudroyer ses victimes rapidement car il fallut, par contraste, plusieurs dizaines d’heures supplémentaires pour totalement laminer la ville par salves incessantes de roches dont certaines avaient la taille d’une maison. Une visite au petit musée du village nous laissa médusés face à l’ampleur et la sauvagerie de ce désastre. Seul un homme survécu ; un prisonnier qui dut la vie à l’épaisseur des murs de sa prison. L’énergie de l’explosion a été estimée à une valeur supérieure à la bombe d’Hiroshima. De retour au bateau, nous nous retournons vers le Mont Pelé, le regard plein d’effroi. Il nous tire sa révérence avec cette fois-ci, sa bouche ouverte entièrement dégagée.

A Saint Pierre, nous rencontrons Choi et son mari Yves ; un professeur de philosophie. Ils nous invitent chez eux où nous passons une très belle soirée. Les profs de philo sont vraiment très intéressants. Je me régale de notre conversation tandis que Meng se replonge dans l’ambiance asiatique avec Choi et sa belle sœur. Le lendemain, nous rencontrons Nice et son mari, un très beau couple d’Antillais. Elle est psychologue, et lui est ingénieur génie civile. Nice est d’une grande beauté malgré sa maturité ; elle est mère de deux filles de plus de 20 ans. Blonde aux yeux bleus avec une peau Ambrée ; quelle merveilleuse combinaison génétique. Nous apprécions la chaleur de leur accueil chez eux, puis les invitons à notre tour. Ils se régalent de la sérénité ambiante, le clair de lune est au zénith, les étoiles, le léger balancement de Constante… on est bien.

Mais il faut partir, merci Martinique. Nous avons tenté de découvrir le plus possible de ce beau territoire, mais le manque de disponibilité des uns, ajouté aux tarifs dissuasifs des taxis et transports en communs ou des voitures de location, nous ont confiné à un rayon d’action limité et centré sur Constante. Tant pis, nous découvrirons peut être l’intérieur de cette île une autre fois.

 

 



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