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SEJOUR A SAINT MARTIN

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SEJOUR A SAINT MARTIN

 

L’île s’étend en face de Saint Barth, droit devant. Il y a 9 ans, j’y avais passé trois mois à tenter naïvement d’y trouver une âme ; en vain. C’est sans la moindre forme d’intérêt, qu’après une belle navigation sous voiles en ciseaux, nous mouillons la pioche à Simpson Bay. Nous n’allons pas à Phillipsburg car je sais déjà que l’endroit n’est qu’un déversoir rythmé par le va et vient des marées de chair blanche et potelée que vomissent et ravalent chaque jour 2 ou 3 immenses « cruise ships ». Du côté hollandais, tout est payant : le mouillage dans la baie, celui de la lagune, le passage par le pont levant… L’endroit représente pour nous un seul intérêt : c’est le point le plus pratique pour faire remplir nos deux bouteilles de gaz américaines par l’entremise de Budget Marine. Nous ne déclarons même pas notre présence aux autorités hollandaises et partons le 2ème jour dès réception de nos bouteilles. A noter un fait remarquable, un puissant Zodiac militaire patrouille dans la Simpson Bay tous les soirs. Je n’ai encore jamais vu les autorités françaises effectuer ce type de ronde pour assurer la sécurité des navigateurs sur leurs territoires. Peut être faut-il payer pour bénéficier d’une protection contre ceux dont on ne maîtrise pas les agissements criminels à terre et qui nous prennent pour cible la nuit.

Nous partons vers la baie de Marigot située sur le côté français de l’île. Nous y arrivons le soir même vers 18h45. Un mini racket est en place là aussi. Fort heureusement, les responsables de Marina Royale située dans la lagune, proposent d’effectuer pour 10 € (tout de même, entrée et sortie comprises) les formalités d’entrée. Si un nouvel arrivant se présente dans la baie de Marigot, il doit se rendre à la marina Fort Louis, puis se délester de 20€ pour la clairance et 3 € de taxe journalière. Marina Royale dénonce cette procédure et propose ses services sans coûts autres que ceux cités plus haut. Encore faut-il le savoir. Heureusement, des amis se trouvent déjà là et nous dirigent vers les bonnes personnes.

Tout est extrêmement cher ici. Nous sommes prêts depuis longtemps grâce à la prévoyance de Meng et à la fiabilité de Constante. Un inventaire des cartes marines que j’ai empruntées à mon père révèle un oubli. Je ne dispose pas d’une carte de l’océan Atlantique Nord pour reporter notre position journalière tout au long du passage. Je m’en attriste car j’ai toujours apprécié l’observation des points que mon père avait reportés sur ses cartes. Je passe de longs moments à méditer sur les cartes marines lorsque nous parcourons de longues distances. J’aime poser mon regard sur ces points soigneusement inscrits avec leur date exacte. Je ressens alors la présence de mon père, comme s’il nous accompagnait. Constante passe là, tout près du sillage que Tarenne a gravé il y a 11 ans. Malheureusement, je n’ai pas cette carte ; je l’achète donc : 41 USD chez Budget Marine !!! Ils prétendent proposer de petits prix, d’où le nom…En réalité, on devrait lire « For big budget only ». Ma foi, la carte est belle, elle recevra bientôt la trace de Constante.

Meng s’occupe des derniers achats de victuailles ; moi, j’inspecte le bateau et contrôle ses systèmes. Le gréement ne présente pas de problèmes apparents, mais lors du contrôle des batteries, connections et systèmes de charge, je découvre qu’un de nos deux panneaux solaire est mort. Nous faisons affaire avec un ami brésilien qui nous vend un panneau immense de 130 watts pour 575 USD. Il n’a servi que 4 mois. Je donne l’ancien et installe le nouveau immédiatement. Merci Lucas de Santa Paz pour son offre. Pour réaliser cette installation, nous sommes rentrés dans la lagune côté français ; c’est gratuit ainsi que le passage après levage du pont. Je suis obligé de mouiller dans le chenal car, avec ses 2 mètres de tirant d’eau, Constante laboure le fond dès qu’il s’en éloigne.

Le séjour là dedans se révèle pénible à cause du passage incessant de multiples annexes « haut standing ». Elles sillonnent la lagune à très grande vitesse. De graves accidents sont malheureusement à déplorer surtout la nuit. Nous déguerpissons rapidement et partons mouiller à Grand Case, juste avant l’anse Marcel. Nous passons nos derniers moments aux Caraïbes avec Kiravera qui nous a rejoints. Lors de la toute petite navigation de la lagune à Grand Case, nous équipons les petites de leur gilet de sauvetage, et les remorquons sur cette courte distance dans notre annexe. Elles sont ravies et font de grands signes à Philippe installé à la barre de Kiravera qui navigue de concert. Il se dresse du haut de ses deux mètres sur son hiloire arrière tribord, et leurs renvoie un grand geste de la main droite. C’est le drame ; nous entendons un claquement sourd. Philippe vient de se faire taillader les doigts de la main par les pales de son éolienne ! Nous le voyons, crispé par la douleur, maintenir sa main sur l’extérieur du voilier pour ne pas remplir son cockpit de sang. Dès que les bateaux sont sécurisés sur leur ancre, Franck, d’Alidade (un Outremer 49, premier de sa série), emmène Philippe à terre, direction l’hôpital. Heureusement, ses doigts se trouvaient tendus à la verticale lors de l’impact. S’ils avaient été repliés, les pales de l’hélice les auraient sectionnés. La blessure est importante et nécessite des points de suture, mais aucuns ligaments n’ont été touchés ; les doigts, bien qu’ouverts aux extrémités, ont gardé leur intégrité. Je me félicite intérieurement d’avoir monté notre éolienne très haute, hors de portée.

De nombreux voiliers sont dans les starting blocs pour effectuer la traversée de l’Atlantique Nord vers les Açores. Nous observons tous la météo de très près. Chaque skipper cherche la fenêtre la plus proche de ses attentes. Je suis stressé depuis une bonne semaine déjà. Je finis même par m’en rendre compte. Je suis irritable, moins patient bref, plus difficile à vivre. Meng qui me connaît bien maintenant, comprend que l’approche du départ pèse lourd sur ma conscience. C’est que cette traversée comporte des risques de mauvais temps réels. Des dépressions parfois fortes parcourent à intervalles réguliers cette immense surface d’océan d’Ouest en Est. Enfin, une fenêtre météo s’ouvre. Julie et Fides partent le 15 Mai 2010. Moi, je décide de partir le lendemain 16 Mai. Les conditions seront un peu moins musclées. Nous sommes prêts.

Pour nous relaxer une dernière fois avant le grand saut, nous nous rendons, grâce à Franck d’Alidade, sur une plage, coté hollandais située à l’extrémité de l’unique piste d’atterrissage de l’aéroport international. Un bar propose des boissons de toutes sortes ainsi qu’une discothèque. Nous nous y rendons avec notre caméra vidéo et l’appareil photo. Il faut avouer que le spectacle de ce superbe point de vue est de toute beauté. Nous sommes tous ici pour un truc très simple, voire infantile ; regarder atterrir les avions gros porteurs ! La piste est tellement courte, qu’ils s’y posent quelques dizaines de mètres seulement après la plage. On pourrait presque les toucher de la main. Au décollage, les tuyères sont très proches de la plage. Quelques téméraires se positionnent sur le sable, juste derrière le souffle des réacteurs. Je n’en crois pas mes yeux. Quand les pilotes mettent les gaz à fond, la bande de fous furieux se fait projeter à l’eau par la puissance des jets. Le sablage est tellement intense que certains se recouvrent le corps d’un grand paréo. Des haut-parleurs situés en « surround sound system », diffusent en continu les échanges radio entre les pilotes et la tour de contrôle. Avec ces images plein les yeux et la bobine de notre caméra, nous tentons d’accéder à un point internet situé dans un hôtel près de la piste. La serveuse nous propose 15 minutes pour 4 €. Je ne peux m’empêcher d’exprimer mon indignation face à ce racket. Nous utilisons finalement le point internet d’un restaurant italien. Ca coûte le prix d’un jus d’orange et nous l’utilisons pendant plus d’une heure. La fenêtre météo est confirmée. Ce sera donc un départ pour le lendemain.

 

 


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