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VOYAGE DES ACORES A GIBRALTAR

VOYAGE DES ACORES A GIBRALTAR

La météo n’est pas fameuse, mais présente le même schéma depuis de nombreux jours. ENE sur les Açores, orientant progressivement NE vers l’Est, tournant Nord près des côtes du Portugal. Cela veut dire : naviguer au près serré sur une route Sud Est sur le 1er quart du trajet. Les vents sont annoncés aux alentours de 10 à 15 nœuds. Cela devrait passer relativement facilement, mais en matière de météo, la réalité ne se superpose pas toujours à l’analyse des données.

En ce 5 juillet 2010, nous sortons de la marina avec Fides, Julie et Take Five un catamaran. Le ciel est sombre et très bas ; Lugubre. 1heure et demie après notre départ sous cette chape de plomb inquiétante, le vent oriente plein Est 25 à 28 nœuds apparents. Je tire un bord voile et moteur vers la côte sud de Sao Miguel pensant y trouver une mer calme : erreur ! Constante plonge durement dans des vagues très creuses. La proximité de la côte renvoie en fait un ressac perturbateur qui donne à la mer un caractère hargneux dont la véhémence nous taraude l’estomac. Laurent sur son catamaran « Take Five » se trouve à deux heures de notre position bien plus au Sud Est. Il nous rassure ; la mer est bien plus régulière une fois sortie de l’influence de l’île.

Je suis à deux doigts de rebrousser chemin. Carmen a vomi dans le seau noir préparé pour cette éventualité. Meng ne se sent pas très bien ; même moi, habituellement insensible au mal de mer, je ne peux rien avaler en cet instant. J’oriente immédiatement au Sud Est pour m’écarter de cette côte hostile. Toujours partagé entre le désir de faire demi-tour, et la nécessité de continuer, nous encaissons la punition en serrant les dents. Nous déciderons dans 2 heures en faveur du retour ou non. Meng, très finement, applique une pression constante pour tenter de m’influencer. Elle me parle des deux demi-finales que nous pourrions regarder entre amis autour d’une bonne tasse de thé. Après tout, nous pourrions rejoindre les Baléares rapidement depuis Gibraltar. Je résiste à la tentation. La mer se régularise légèrement. Constante tape moins. Il laboure à 4,5 nœuds dans cette mer difficile ; le cap est acceptable, le vent étant passé au NE.

Constante poursuit son chemin, tant pis pour les finales de cette coupe du monde ! La nuit approche, nous ne mangeons presque rien, le voilier très gîté encaisse bien, mais malmène l’équipage dans la machine à laver de ses entrailles. Je m’inquiète pour le pare-choc en caoutchouc déjà réparé à Richard’s Bay en Afrique du Sud. Je ne sais pas à cet instant qu’il sera arraché quelques jours plus tard par la brutalité gratuite des hommes. A chaque tranche de 25 minutes, je me penche sur tribord, et découvre cette grosse bande de caoutchouc blanche intacte, bien en place, malgré le travail de sape régulier de la mer. Je lui souris comme lorsque l’on retrouve un ami. Ces vagues font partie des plus indésirables : elles arrivent de face, à 10 heures. Leur vitesse s’oppose à celle du voilier et double leur énergie. Constante se lève sous la poussée brutale de ces masses d’eau qui déboulent au mépris des bons usages : « dégage, je passe ! », nous jettent-elles au visage. Elles projettent le bateau vers les étoiles, le chargent sans ménagement sur leur dos d’écume et le rejettent en arrière comme un vulgaire sac de purin qui percute la prochaine teigneuse, puis la suivante. Quand cela s’arrêtera-t-il enfin ? Implorent nos pauvres viscères tordus par la torture qu’elles nous infligent. Boum ! La plateforme en bois du bout dehors plonge dans la lame suivante. Constante vibre, mais il est solide. Deux fois, trois fois, elles lui fourrent le nez sous l’eau. Sa vitesse tombe à 1.5 nœuds, puis il repart bravement à l’assaut des suivantes. Quelquefois, un plateau de vagues régulières nous offre un répit de courte durée. Une lame très creuse interrompt toujours avec la plus indifférente grossièreté ces séries reposantes. Boum ! Constante replonge lourdement derrière la scélérate.

Le capharnaüm nocturne laisse place à celui du jour. Le vent apparent semble faiblir cependant ; Il se stabilise en moyenne à 21 nœuds. Ca va mieux, mais la mer est toujours difficile, très chaotique, hachée. 1 nœud de courant contraire nous ralentit. Take Five, le catamaran, est obligé de faire demi-tour à cause d’une voie d’eau. Fides, le gros 54 pieds en acier de nos amis Hollandais, subit une avarie de moteur. Malgré les efforts du skipper dans des conditions très difficiles pour tenter de trouver la panne, le puissant Mercedes refuse de démarrer. Ils se détournent vers Santa Maria, la dernière île des Açores, pour réparer. L’atterrissage se fera à la voile. Michel et Marie de Julie se trouvent à 20 miles de notre position. Enfin, la mer et le vent se calment d’un commun accord.

Le 8 Juillet 2010, à 20 heures, le vent tombe complètement. Nous naviguons 10 heures au moteur pour nous repositionner plus au Nord, puis stoppons le voilier : il n’y a plus du tout de vent, mais la mer encore agitée, ondule fortement en nous faisant rouler bord sur bord. Michel et Julie nous contactent par VHF ; Ils sont tout près. Nous nous donnons rendez-vous à mi-distance de nos positions respectives, soit 9 miles dans notre Sud Est. Les voilà qui apparaissent au loin, sur ce magnifique lac ondulé. Nous sommes bien reposés par la nuit dernière ; bercés par le ronronnement de notre moteur. Nous faisons deux tours autour de Julie ; Elle est belle avec ses trente tonnes d’acier et ses lignes anciennes. Ils nous accueillent avec de grands gestes de bienvenue. Julie, la nôtre, voudrait bien se rendre à leur bord, mais je ne courrai pas le risque de laisser Constante seul. Nous nous positionnons à 200 mètres et arrêtons le bateau ; Il est 14h30. J’affale la grand voile pour ne pas l’abîmer. La houle importante générée par les conditions musclées de ces derniers jours embarque Constante dans un roulis trop dur pour les pauvres coulisseaux de la voile. Sans elle, il faut parfois s’accrocher, mais nous nous accommodons de cet inconfort ; nous sommes déjà dans notre 5ème jour de navigation.

Le silence est roi ici. Nous vivons cet après-midi en famille des moments de grande sérénité. Nous sommes tombés dans le creux de la main divine où tout n’est que beauté, paix, et silence. Nous assistons, médusés, à un superbe coucher de soleil. Michel ne peut contenir son bonheur ; il nous appelle à la VHF pour exprimer sa joie de vivre. Un mot revient le plus souvent : « Somptueux ». C’est vrai, il n’y en a pas d’autre capable de décrire ce moment. La nuit dépose son voile d’étoiles, puis, nos filles s’endorment profondément bercées par un gentil roulis. L’océan s’apaise lentement pour cette première nuit immobile. Vers 2 heures du matin, Michel nous informe par VHF qu’ils partent au moteur ; Ils veulent avancer. Nous, nous sommes trop bien. Nous attendrons le vent.

L’aube du 9 Juillet 2010 nous offre un spectacle magnifique. La mer n’est qu’un immense lac huilé. Les couleurs pastel harmonisent chaque élément de la nature pour ne former qu’un tout. Mer, ciel, nuages, houle, tous se marient en une substance de calme et de sérénité. La terre, les villes, ses habitants, la coupe du monde, l’Europe, là-bas, au loin ; cela n’a plus d’importance. Le temps s’est arrêté dans ce silence irréel. Les petites jouent. Julie se penche sur le bastingage, un poisson lui sourit en inclinant son corps brillant sur le coté, pour la regarder. C’est un baliste ! Qu’est ce qu’un poisson de massif corallien peut bien faire en plein milieu de l’Atlantique ? Je n’en sais rien, mais il est bien là, peut être pour sourire à ma petite fille. L’eau d’une transparence inégalable nous invite. Julie m’implore, elle veut nager. Refoulant mes craintes, le vent pourrait revenir tandis que nous sommes dans l’eau, des monstres aquatiques terrifiants pourraient surgir des profondeurs abyssales pour gober nos fillettes, qu’adviendrait-il si j’avais un malaise ? Je déploie l’échelle de bain et pénètre doucement, très doucement, le bleu profond de l’océan. L’eau est froide, mais c’est supportable. Carmen et Julie sont dans les starting blocks en guettant chacune de mes réactions. Elles s’y aventurent à leur tour. En quelques secondes, le silence s’emplit des rires et cris de joie de nos filles. Quel bonheur ! Munis de nos masques, nous observons le baliste perdu dans l’infiniment bleu. Constante est sa nouvelle maison. Il n’est pas craintif et vient même me mordiller un doigt de pied. Heureusement qu’il ne fait pas partie d’une quelconque famille de prédateurs. 1 /2 heure plus tard, le froid nous fait sortir pour regagner le confort de notre bateau. Nous prenons tous une bonne douche. Des tortues apparaissent de temps en temps à la surface de l’océan ; Elles dorment tout comme lui.

Meng, peu encline à la baignade par 4000 mètres de fond dans une eau à 18°c, prépare des tartes Tatin et autres merveilles toutes plus succulentes les unes que les autres. Nous effectuons quelques tâches de maintenance comme le nettoyage des filtres utilisés pour purifier l’eau du réservoir, le réglage de la tension de la chaîne qui connecte le pilote à la barre à roue. Nous balayons, aérons, sortons les draps au soleil. Meng suggère même d’acheter un terrain dans les parages…

Vers 19 heures, une risée prend vie et vient zébrer la surface de l’eau. Nous redémarrons le voilier, direction, plein Est. Nous naviguons sur une mer plate jusqu’à trois heures du matin, puis, faute de vent, stoppons le bateau. A 6 heures, nous repartons, poussés par une toute petite brise, puis stoppons de nouveau à 13 h00 pour un après-midi de rêve. Nous nous baignons une fois de plus. Cette fois-ci, Carmen tient 45 minutes. Le silence nous enveloppe de nouveau. Nous jouons avec les filles sur le pont. Elles grimpent sur la bôme de trinquette et s’en servent de balançoire. L’objectif de ce voyage prend soudain une identité claire, parfaitement comprise. Il nous fallait venir ici, au centre du silence pour marier notre famille à la nature. Pourquoi dépenser des millions de dollars pour se trouver en apesanteur dans le vide absolu, à des centaines de kilomètres de la terre ? Constante, arrêté ici, sublime notre intimité familiale au-delà même de ce que nous pouvions imaginer. Ici, rien ne nous agresse, rien ne nous détourne du cercle de notre intimité, de nous-mêmes. L’amour circule sans contrainte en chacun de nous, et à travers nous. Nous nous aimons, tout simplement. Pour info, Papa nous a annoncé par radio que l’Espagne venait de devenir championne du monde de football. Nous devrions atterrir sur les terres d’un pays en fête. La suite nous montrera que… la fête, c’est à nous qu’ils allaient la faire !

A 20h15, je démarre le vieux Ford. Nous décidons de gagner un peu de distance pour tenter de retrouver le vent. Nous naviguons 10 heures au moteur, puis, vers 6 heures du matin, je l’arrête pour l’attendre. La surface de la mer est toujours aussi limpide. Elle se convulse langoureusement comme une peau lisse qui roule sous ses muscles. En cette splendide matinée du 12 Juillet 2010, mes petites se réveillent suivant un ordre immuable : Julie d’abord, pleine de fraîcheur et de sourires, suivie de Carmen encore enveloppée de sommeil. Meng et moi les observons. Nous ne perdons rien de leurs babillages, câlins, bisous, sourires et facéties de petites filles en pleine santé. Nous ne devons pas les presser pour les emmener chez la nounou, la maternelle ou que sais-je ? Pas besoin de nous dépêcher, de les pousser, de les arracher à la douceur de notre amour. Chaque seconde qui passe forme un espace de dialogue et d’échange familial que je n’échangerais pour rien au monde.

Une petite brise se lève d’ouest. Pour la première fois depuis la veille de notre arrivée à Rio, j’envoie notre immense Spinnaker. Le faible zéphyr est tout juste suffisant pour maintenir gonflé la Montgolfière. Nous marchons à 3,5 nœuds. Au fil des heures, Constante augmente sa vitesse pour atteindre en fin d’après-midi, 7 nœuds et demi, sa vitesse maximale. Un groupe de 6 thons nous suit depuis ce matin. Ils sont si près de notre coque que j’ai tenté, alors que le bateau somnolait encore, d’en attraper un au fusil harpon. L’infortuné s’est malheureusement détaché. La flèche ne l’a pas suffisamment pénétré. C’est dommage, car, mal en point, il décrocha du groupe dès que le bateau accéléra. Je suis désolé pour lui. Je déteste blesser un poisson s’il n’atterrit pas ensuite dans notre assiette. Nous les observons ; Ils sont tellement inhabituels. Ils surfent sur le flanc des vagues que génère Constante sur sa poupe. Ils sont élégants avec leur couleur bleu gris. De temps en temps, ils se penchent pour nous regarder, ils nous envoient alors un flash de leur ventre argenté. Nous essayons de mettre à l’eau différents types de leurres, espérant encore améliorer notre ordinaire, mais ils les dédaignent tous. Ils sont toujours là à virevolter autour de Constante. Vers 17 heure TU, j’affale le spinnaker avec l’aide Meng. Je ne tiens pas à garder cette immense voile difficile à manœuvrer en pleine nuit.

Le lendemain, 13 Juillet 2010, nous effectuons quelques miles au moteur car le vent est trop faible en comparaison de la mer qui s’était formée avec le vent d’hier. Puis, vers 13 heures, j’installe le spi de nouveau. Ca repart bientôt fort. Le voilier est très bien équilibré sous spi, GV et artimon. Nous atteignons la vitesse maxi. Trois thons sont encore près de nous. Les petites passent leur temps à jouer et à visionner des films. Aujourd’hui, je fais la classe à Carmen, et Julie se joint à nous. Nous rions tous de bon cœur face aux consonances rigolotes qui sortent de la bouche appliquée de Carmen. Elle se démène pour lire et énoncer à grand peine des phrases comme : « Pépé tapote Pipo », ou bien « Tati papote, patati, patata » ; c’est du grand bonheur.

Vers 17 heures, le vend tourne progressivement au Nord ouest et atteint 18 nœuds avec des rafales à 20. Ca tire trop sur la voile et le gréement. Je décide d’affaler le spinnaker. Il nous a très bien servit encore une fois. Nous approchons du cap St Vincent, la mer se creuse, le vent augmente et passe graduellement au Nord. La météo annonce 25 nœuds pour la nuit. En fait ce seront deux grains qui viendront égayer la nuit. Le ton est donné pour cette dernière ligne droite vers Gibraltar. Nous entrons dans la nuit du 15 au 16. J’affale la grand voile avant la nuit car nous sommes à 30 nœuds plein travers. Constante navigue très bien sous Trinquette plus 30 % de génois et l’artimon. La mer monte, le vent atteint 35 nœuds, ma petite famille dort, je veille car les cargos ont fait leur apparition. Il y en a beaucoup : petites lueurs perçantes qui apparaissent et disparaissent au rythme du mouvement des vagues. Nous sommes maintenant tout près du cap St Vincent. La météo de Papa nous permet d’orienter légèrement vers l’Est Sud Est directement sur le détroit de Gibraltar. St Vincent constituait seulement un bon abri en cas de renforcement des conditions. Il est maintenant dans notre sillage.

L’aube de ce 16 juillet 2010 nous fait découvrir la procession de cargos sur laquelle j’ai veillé toute la nuit. Ici, pas question de s ‘abandonner au sommeil. Des monstres d’acier taillent aisément leur route sur cette mer puissante, tout en offrant un spectacle grandiose. Leur étrave à bulbe semble se jouer des éléments. Les vagues explosent en imposantes gerbes sur leur lourd éperon. D’ordinaire parfaitement immobiles lorsque la mer est calme, nous les voyons aujourd’hui monter et descendre en écrasant de leur masse insensible les vagues rebelles, mais rien n’y fait, eux, passent sereinement. J’appelle Meng pour qu’elle puisse elle aussi admirer ces mastodontes marins. Elle émerge timidement de la descente, mais replonge aussitôt dans les entrailles sécurisantes de Constante ; c’est tellement plus calme à l’intérieur. Graduellement, la mer se calme, nous sommes maintenant protégés par la pointe Sud Ouest de L’Europe.

J’ai du mal à y croire, après près de trois années de voyage, nous allons bientôt entrer en Méditerranée : la terre de mes ancêtres. Les côtes de l’Espagne apparaissent à bâbord, puis celles du Maroc à tribord. Les contours se dessinent, notre excitation grandit tandis que s’intensifie le trafic de cargos. Nous sommes toujours à la voile. Le rocher de Gibraltar se dresse au loin. Les souvenirs de mes précédentes navigations avec Winnibelle, mon Centurion 32, se bousculent dans ma tête. Par deux fois déjà, j’ai relâché dans la très sympathique marina de Gibraltar, Queen’s Quay Marina chez nos amis anglais. Je me réjouis à l’idée de présenter cet endroit à ma petite famille. Là déjà, nous déchanterons douloureusement…

Le vent tombe, vers 14 heures, nous avons maintenu la voilure le plus longtemps possible. Julie, se trouve à une heure devant nous. Les courants apparaissent en notre faveur ; Le détroit est en train de nous aspirer. Une troupe d’orques nous croisent, ils nagent en direction de la sortie, vers le large ; C’est peut être un signe que j’aurais dû prendre en compte. Mon cœur ne voit plus que le retour vers ma famille ; Il n’y a que cela qui soit important, et tant pis si c’est dans une souricière que nous nous engouffrons sans le savoir.

Nous sommes en contact avec Michel de Julie qui est entré dans la marina. Il nous explique que l’entrée en est interdite après 21 heures. En effet, une barrière flottante est positionnée devant l’entrée pour défendre l’invasion d’une éventuelle marée noire. Cela est arrivé par le passée. OK pour l’info. Malheureusement pour nous, il est 21h30 quand nous entrons enfin dans la grande baie, sous le rocher. Nous décidons de mouiller près de l’aéroport, à la Línea. Grâce à notre puissant projecteur, nous parvenons sans difficulté à trouver notre chemin vers le mouillage ; la Delta touche enfin le sol de ma vieille Europe. Nous sommes le 16 Juillet 2010, 22h00, 12 jours de mer après notre appareillage des Açores. Nous sommes fatigués, fourbus par le stress d’une arrivée toujours délicate quand elle s’effectue dans un des détroits les plus fréquentés au monde.

 

 


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