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8 et 9 décembre 2007

8 Décembre
 
Nous partons à 8 heures 30 vers la mythique Koh Phi Phi. Le vent est plein travers. J’ai pris un ris dans la grand voile car la proximité de la grande île crée de violentes rafales irrégulières tant en force qu’en direction. Une de ces rafales me retourne un des panneaux solaires comme une crêpe... Une fois assez loin de Koh Lanta, je renvoie la grand voile en grand avec le génois; nous effectuons des pointes de vitesse à 7,6 nœuds. Pour un quillard de 13 tonnes, c’est pas mal. Alors nous y arrivons à Koh Phi Phi, Les falaises qui entourent la côte Ouest de l’entrée de la baie sont impressionnantes, mais nous déchantons rapidement à la vue de ce qui nous attend au fond de celle-ci. Alors que je termine de serrer la grand voile sur sa bôme, nous pouvons compter 10 bateaux, ferries, jets et autres «promène couillons» comme on les appelle dans le midi... Je suis crispé par le bruit et les mouvements irréguliers mais incessants du bateau soumis à tant de passage. Je mouille l’ancre dans 9 mètres d’une eau même pas claire, entre 4 corps morts reliés à des bidons de toutes sortes et de toutes tailles. Le bruit est infernal, l’activité entièrement ciblée sur la gestion du plaisir de milliers de touristes, me donne la migraine. Les ferries arrivent et repartent en permanence chargés à bloc de gens venus du monde entier pour voir une des plus belles îles de la planète... Le résultat est consternant. Oui, elle a peut être été belle dans le passé cette île, mais les concepteurs de pompes a dollars en ont fait une racoleuse qui offre ses charmes aux masses de chairs tendres et blanches pour lesquelles il n’est pas nécessaire d’y trouver une âme. On s’entasse, on se fait balader, on fait trempette sous l’œil intéressé des singes car une banane, ou une poire plutôt, est toujours bonne à prendre.
Nous sommes arrivés vers 13 heure 30, et à 15 heures, je n’en peux plus, je décide de partir de l’autre côté de l’île sous le vent pour tenter de trouver un peu de calme. Nous arrivons à 16 heures dans un cadre féerique. Nous mouillons dans 18 mètres d’eau. Il s’agit d’une petite baie avec une toute petite plage. Il y a un mega yacht à l’ancre (White Cloud) avec un hélicoptère à bord. C’est magnifique. Bien sur, les touristes sont débarqués là aussi, mais il y en a moins. L’ambiance est calme. La baie est fermée sur deux côtés par de hautes falaises semi-boisées; j’en ai le souffle coupé. Nous partons en dinghy sur la plage, mais il est tard et la marée ne nous permettra pas de revenir si nous tardons plus longtemps. Nous revenons à bord pour une douche et rinçage à l’eau salée, et un dessalage rapide à l’eau douce. Meng nous prépare un très bon repas composé d’une salade de tomates et de concombres et d’une soupe de nouille avec du maïs et des petites pommes de terre : un régal. Les filles font preuve d’une activité débordante ce soir; nous avons bien du mal à les canaliser vers le repos de la nuit.
 
9 Décembre
 
Nous quittons ce coin tranquille juste avant la horde de «long tail», les pirogues à moteur sans pots d’échappement. Pas de problème pour savoir qu’ils arrivent, on les entend de très loin. Juste un peu avant nous, le mega yacht est lui aussi parti. Il avait effectué un départ vers 19 heures la veille. Je croyais que cela était définitif, mais non, il était de retour vers 21 heures. Une petite sortie pour jouir du coucher de soleil peut- être. Il est facile d’imaginer la coquette somme qu’un tel luxe représente pour bouger une telle masse ne serait-ce que pour quelques heures.
Le vent est soutenu et la direction ¾ arrière, donc très confortable. Vers 15 heures, nous arrivons en vue du fond de la baie Ao Chalong. Ce n’est pas beau et il y a très peu de fond. Nous mouillons très loin de la plage car la baie est déjà pleine de bateaux. Un voilier rencontré à Koh Rock Nock, celui qui nous avait donné l’info sur la taxe à payer, nous prévient que c’est dimanche et qu’effectuer notre entrée aujourd’hui nous reviendrait beaucoup plus cher. Pas de problème, nous irons les voir demain. Entre temps une masse de nuages noirs s’avance résolument vers nous et je montre aux petites le rideau de pluie qui avance sur la surface de la mer. Le vent passe à plus de trente nœuds en quelques secondes sous des trombes d’eau rafraîchissantes. Le nable du réservoir est ouvert et nous faisons le plein en quelques minutes pendant que toute la famille se douche à l’intérieur du bateau. Tout va bien et nous terminons la journée paisiblement après avoir mangé, brossé les dents des petites, leur avoir vidé la vessie pour la nuit au cas où elles auraient des fuites.
 

10 et 11 décembre 2007

 
10 Décembre

Meng et Franck Je m’attelle à la préparation de l’annexe : préparer la bôme d’artimon dont je me sers comme grue de levage pour le moteur hors bord, la lever de manière à ce que le palan de l’écoute soit au dessus du moteur ; faire attention à ne pas jeter, pour les besoins de l’opération, une drisse ou la balancine dans les pales de l’éolienne qui tourne à proximité ; sécuriser par une sangle la bôme au-dessus du moteur, avec un degré de liberté possible vers l’extérieur du bateau pour faciliter la descente de celui-ci vers le dinghy ; descendre le dinghy et le déconnecter des câbles des bossoirs ; le positionner le long de la coque à tribord de manière à ce qu’il se trouve juste au dessous du moteur ; descendre le moteur après avoir au préalable dévissé ses fixations de la chaise, faire attention à ne pas rater le tableau arrière du dinghy, déconnecter le palan, remonter sur le bateau, utiliser le même palan pour hisser et descendre la nourrice pleine d’essence dans le dinghy, connecter le tout et sécuriser le moteur sur le tableau, remonter sur le bateau, déplier l’échelle de bain latérale, sécuriser en position ouverte la petite plate-forme intégrée à l’échelle et le tour est joué, il n’y a plus qu’à transférer la petite famille à bord pour aller à terre. Ouf !
Ce que nous faisons en ce lundi 10 Décembre en ne nous doutant pas qu’il s’agit d’un jour férié. Nous nous faisons donc bien arnaquer de plusieurs centaines de bahts (930 au total avec 200 bahts qui disparaissent miraculeusement lorsque nous demandons un reçu au douanier....) entre l’immigration, les douanes et le port. De plus Meng a ses ... ce qui n’arrange pas son humeur déjà massacrante. A terre nous contactons Grant pour arranger notre accueil à la marina de boat Lagoon; pas de problème. Nous partons en annexe vers le bateau, puis, re démontage de tout le bastringue pour sortir moteur, dinghy, etc. et tout ranger pour reprendre la mer en direction de la marina. Le bateau est sur sa trajectoire et Meng au téléphone avec ses amis de Singapour qui ont réservé une chambre d’hôtel à Phuket pour venir nous voir. Ils étaient supposés venir à Boat Lagoon, mais les hôtels sont pleins alors c’est à Patong beach qu’ils seront ce soir. Changement de programme, nous mouillons à 19 heures trente dans 4,5 mètres d’eau en face d’un hôtel situé au fond de l’immense baie de Patong. Il fait nuit, nous n’avons pas préparé le bateau contre l’attaque en règle des moustiques. Ici, il y en a partout. Il faut fermer l’avant et l’arrière du bateau et flytoxer les zones ainsi isolées. Plus tard, quand nous irons nous coucher, nous traiterons le centre.
Carmen est fatiguée, elle me demande de l’accompagner dans son lit. Je lui brosse les dents, lui fait faire son pipi, et elle s’allonge. Je lui raconte l’histoire du petit chaperon rouge en Français. Elle ne comprend pas et c’est tant mieux car ces histoires de grand-mères et de petites filles dévorées par un loup ne me plaisent guère. Je la regarde s’endormir sereinement, les paupières s’abaissent à un rythme de plus en plus lent, elles ne se relèvent plus; elle est partie. Ne reste que son petit corps abandonné, enroulé autour d’un traversin. Un bisou sur le front et je reviens vers le centre du bateau. Bientôt c’est au tour de Julie; mais pour elle, personne ne peut remplacer Maman.
 
11 Décembre
 
Je prépare le dinghy (une fois de plus, et il y en aura bien d’autres...). Nous laissons le bateau et arrivons sur une longue plage occupée à 100% par des chaises longues et des parasols repliés. Il est tôt et les clients en cette magnifique matinée commencent à peine à arriver. Puis c’est la rencontre avec les amis de Meng; une arabo-indonésienne (Sharifah) mariée à un japonais (Haru) et leurs trois filles (Michiko 13 ans), Yuki (10 ans) et Naomi (8 ans). Meng est heureuse de les retrouver et repart avec eux vers leur hôtel pour tout ramener au bateau tandis que je surveille le dinghy. Ils veulent rester à bord pour la durée de leur court séjour. Deux heures et demi plus tard, le joyeux petit groupe se retrouve à la plage. Premier choc : la quantité de bagages est impressionnante pour si peu de temps à passer à bord (deux jours et deux nuits!). Tout va bien pourtant et après deux voyages, nous mouillons dans une jolie baie située la plus au sud ouest de Phuket. Dans la soirée un grain se développe et nous empoisonne la vie à cause de la pluie. Nous sommes obligés de fermer toutes les écoutilles et l’intérieur devient vite étouffant à cause du nombre de personnes à bord, mais surtout à cause de la chaleur que diffuse le moteur pendant très longtemps après l’avoir arrêté. Mais ils sont heureux de pouvoir vivre quelque chose de différent.
 

12, 13, 14 décembre 2007

12 Décembre
Nos deux petites familles embarquent sur le dinghy, et nous débarquons sur une très belle plage de sable fin. Il y a toujours les rangées de chaises, mais l’ambiance reste calme. Baignade et déjeuner au restaurant sont au menu et vers 13 heures, nous retournons au bateau pour partir vers une petite île située à l’Est de Phuket où nous pourrons attendre le moment propice le lendemain, pour rentrer dans l’étroit chenal qui mène à Boat Lagoon et maintenant Royal Phuket Marina nouvellement construite à côté de Boat Lagoon.
Le départ s’effectue dans la bonne humeur; tout le monde est content de la superbe matinée. Carmen a du sable profondément incrusté dans le vagin, nous nettoyons tout ça sous ses hurlements exagérés évidement. Le vent est enfin au rendez-vous et nous marchons à la voile contre le Nord Est de mousson. Nous tirerons des bords pour rejoindre notre destination. La route est déjà enregistrée car je crains, vu l’heure tardive du départ, que nous n’arrivions qu’après le coucher du soleil. Les instruments pourront alors prendre le relais de la navigation à vue. Le bateau se penche un peu sous les 17 nœuds de vents et les estomacs peu habitués à ce changement d’assiette, se crispent involontairement. Je les sens un peu inquiets. Au bout de deux heures, les voiles toutes établies, ne tirent plus le voilier qu’à une vitesse de 3 nœuds. J’attends qu’elle réduise à 1 nœud, et je renvoie la mécanique. Nous arrivons en face de l’île juste à la tombée de la nuit. Tout va bien. Tout le monde se douche car demain nous serons en marina.
 
13 Décembre
Encore une incursion sur l’île qui nous a abrités pour la nuit. Il y a là un petit ressort sympa qui nous permet de nous doucher encore une fois après la baignade du matin. Cette fois je suis strict sur les horaires car il faut impérativement rentrer dans le chenal à exactement la marée haute sous peine de se retrouver coincés pendant 6 heures. L’approche s’effectue au GPS, pour être sûrs de tomber sur l’entrée du chenal, puis nous ralentissons à 3 nœuds car il n’y a vraiment pas beaucoup d’eau. Le sondeur indique parfois 1,5 mètres de profondeur à partir de la sonde; je suis en alerte. Il faut suivre des poteaux plantés sur le chenal et seulement sur un seul côté. Nous entrons enfin dans un canal creusé sur le rivage qui nous mène à Royal Phuket, au dernier virage, un bateau de promenade rapide nous force sur le coté du chenal, et nous touchons. Heureusement ce n’est que de la vase; un coup d’accélérateur et nous sortons du piège. A la marina, nous sommes à peine amarrés qu’un catamaran nous rentre dedans... Je hurle et l’injurie très copieusement. Heureusement pour ses oreilles d’anglo saxon encroûté, il ne comprend pas. Par chance les dégâts sont minimes et je ne le recontacterai même pas. C’est un con qui ne s’excuse pas.
Les amis décident de quitter le bord pour passer leur dernière nuit à l’hôtel; ils sont très sympas, mais nous sommes soulagés de retrouver enfin notre espace... et puis qu’est ce que les rouleaux de papiers hygiéniques défilent avec eux ! Le temps de tout ranger, d’installer les housses de protection sur les voiles, et nous retrouvons des amis français rencontrés à Singapour (Claire et Claudio). Une bonne douche en famille et tout le monde au dodo.
 
14 Décembre
Nous prenons contact avec Grant, le manager de Simpson Marine Phuket. Tout va bien pour lui, il vend beaucoup de bateaux. Je prends des contacts pour faire recoudre les housses de protection des voiles qui sont en train de se désagréger. Nous mangeons en compagnie de Bernard et de sa copine au drôle de nom; elle s’appelle Pouille! Elle est très gentille. Le retour au bateau est difficile car l’unique poussette est occupée par Julie qui dort et Carmen n’a pas envie de marcher... Alors elle marche quand même en criant, pleurant et traînant des pieds jusqu’au bateau; Ainsi va la vie.
Le guindeau donne des signes de faiblesse. Des bouts d’aluminium se sont détachés de la poupée et viennent le bloquer pendant la remontée de la chaîne. Je décide de démonter pour résoudre le problème. J’avais tenté de le faire il y a 6 mois à Singapour, mais je n’avais pas réussi car cette dernière est complètement soudée par la corrosion sur son axe. J’avais donc espéré que le système tiendrait encore le coup pendant la durée de notre voyage. Evidement on peut toujours espérer, mais il faut se rendre à l’évidence; Murphy finit toujours par avoir raison. J’ai tout préparé sur le pont y compris la meuleuse d’angle pour découper la poupée si besoin. Mais j’ai de la chance, j’arrive assez facilement à l’exploser à coups de maillet et de tournevis. Demain, je tenterai de démonter la partie interne, cette fois-ci à des fins préventives. Il me faudra ensuite trouver un atelier d’usinage pour faire fabriquer une nouvelle pièce en bronze ou aluminium. Le gars des housses est arrivé et est reparti avec celles-ci. La liste des tâches à accomplir est irritante par sa longueur;
Refaire les joints des hublots (j’ai le joint, mais il faut décoller l’ancien, nettoyer les surfaces et recoller le nouveau joint) Faire une révision du moteur avec nettoyage complet de la salle machine. Enlever l’ancien nom (Constante Oslo) et installer le nouveau (Constante Singapore). Ce n’est pas grand chose mais ça prend du temps. Il faut réparer la plate-forme du beaupré. Les feux de navigation au niveau du pont ne fonctionnent plus depuis très longtemps. Le deuxième haut-parleur de la VHF situé dans le cockpit ne fonctionne plus. Il faut recoller l’annexe qui se barre en c... Après ce premier mois de navigation. Un peu d’effort encore et tout cela devrait rentrer dans l’ordre.
 

Du 14 Décembre au 27 Décembre

Et oui, le temps passe tranquillement. Nous sommes à Royal Phuket marina depuis dix jours. Cette escale est, comme chaque fois que nous entrons dans une marina, une escale technique. Je travaille sur tous les points à régler. La liste s'amenuise, la plate-forme sur le beaupré est réparée, mais j'en profite aussi pour remplacer tous les écrous donnant sur la mer ; ils étaient complètement mangés par la corrosion. Alors je démonte, je recolle, remplace, consolide etc. J'ai rajouté une butée de bois pour que l'ancre s'y appuie en position relevée au lieu de ronger les barres fragiles qui forment l'avant de la plate-forme. J'effectue ces tâches du mieux possible avec toujours le compromis habituel qui consiste à partager le temps entre les enfants et Meng et le bateau. C'est un réel effort que je dois accomplir pour me discipliner et sortir de la spirale bateau de temps en temps. Cela me retarde un peu plus. 
Nous devions faire un tour dans la baie de Phang Nga avec des amis français, mais, encore une histoire de timing, nous ne sommes pas prêts techniquement. Nous avions rendez-vous à Yacht Heaven le 24 décembre, mais nous sommes encore à RPM. Il me faut effectuer la révision du moteur et de l'inverseur, coller les nouveaux joints sur les hublots et bloquer les deux fenêtres d'accès au réservoir qui se vissent sur une grande rondelle filetée; ces fenêtres ont tendance à s'éjecter si une trop grande pression interne au réservoir d'eau se développe sous l'action des vagues ou d'un roulis trop violent. Le départ est encore une fois reporté. Au lieu de cela, je bricole et Meng s'occupe des enfants. Carmen traverse une phase un peu difficile ou elle refuse de faire son caca dans les toilettes.
Il a fallu sévir pour lui faire comprendre que cela se fait d'habitude dans un bol en céramique au lieu de la piscine, un coin caché du bateau ou bien dehors sur le ponton. Elle résiste à cette idée mais ça va venir. Elle n'arrête pas de résister d'ailleurs; je crois que les enfants ont pour principale fonction de créer une résistance ainsi que des fréquences de brouillage destinées à interférer avec les tâches que nous devons réaliser chaque jour. Je me surprends à répéter cinquante mille fois par jour des phrases issues directement du lexique de vocabulaire grand classique de l'apprenti Papa; « Non Carmen, ne touche pas à ça ; Tu va te faire mal, ça coupe » « Arrête de crier Carmen je parle à Maman »
« Carmen ne pousse pas ta sœur, soit gentille » « Julie ne jette pas tous les jouets par terre... range les maintenant »  « Carmen, ne fais pas caca par terre... . Et pendant que je dis ces choses là, j'ai l'organigramme des tâches à accomplir sur le bateau qui clignote devant mes yeux pour me rappeler que ça n'avance pas... Nous sommes très au calme dans cette marina avec cependant une perturbation locale qui semble émaner de notre bateau. Pour trouver des services techniques, il nous faut parcourir la distance qui sépare Boat Lagoon de RPM à pied et chargés de sacs, de biberons et de gosses pour s'y rendre car tous les intervenants techniques sont là bas. C'est la galère d'entrée mais qui se termine souvent dans la bonne humeur lorsque des conducteurs de voiture nous prennent en pitié et décident de nous prendre en stop. Meng est très persuasive et ne recule devant rien pour obtenir ce genre de services. Nous avons fait irruption, Il n'y a pas d'autre terme, dans le bureau de Simpson Marine pour tenter de communiquer par Internet avec notre famille et nos amis; Résultat de l'exercice, Carmen et Julie ont dû être évacuées vers la piscine pour dépenser le trop plein d'énergie, Carmen s'est fait un oeil au beurre noir comme on dit en trébuchant sur l'arrête, heureusement arrondie, d'un bureau etc. Pas facile !
 
22 décembre
Jesse a 13 ans, j'y pense, une fois de plus, à des milliers de kilomètres d'ici, ils célèbrent son anniversaire selon leurs rites et coutumes ; Ceux qu'ils lui ont imposés. La barmitsfah, dont je me fous de l'orthographe (car on se fout à dessein des choses qui, de près ou de loin, ruinent) est au programme de son anniversaire. Ils ont décidé pour lui d'un avenir sans père. Ils dansent, chantent et célèbrent les treize années de ce fils perdu à la cause de ceux qui ne tolèrent pas la différence. Les souvenirs affluent; Je les repousse douloureusement d'un revers de ma pensée, et puis... je passe à autre chose
 
 24 décembre
Aujourd'hui, 24 décembre, j'ai réparé un ventilateur Hella, fait tourner le hors bord à l'eau douce, et installé un coin en bois sous un tiroir qui s'ouvrait en vidant tout son contenu lorsque le bateau gîtait tribord amure. Ensuite, j'ai préparé le dinghy et nous sommes allés nous baigner à la piscine de l'hôtel de Boat Lagoon. Je suis triste aujourd'hui car loin de ma famille en ce jour traditionnellement fêté dans la chaleur et l'amour de mes proches. Au lieu de cela,  nous sommes isolés; les uns et les autres se sont réunis entre eux comme ici dans cette piscine autour de laquelle des tables richement décorées ont été dressées. Nous nageons avec les petites dans la nuit qui enveloppe ce petit coin de paradis. Nous glissons dans l'eau en silence, un peu spectateurs envieux du bonheur de ces familles réunies autour de ces tables. Nous n'avons pas encore créé de liens suffisamment forts pour passer ces fêtes à plusieurs. Alors Meng m'a cuisiné un petit repas sympa avec des crevettes  et des légumes... On est loin de la succulente fondue savoyarde et de la bûche au chocolat de Maman. Nous n'avons pas fait de sapin de Noël ni acheté de cadeaux; Cette année est différente et nous sommes obligés de nous maintenir au budget par mois que nous nous sommes imposés. Les petites sont fatiguées et s'endorment aussitôt. Carmen rêve et dit  « I don't want boat ! » Cela devait être un mauvais rêve…Joyeux Noël
 
25 décembre
Jean Claude, que j'ai contacté par radio l'avant veille de Noël, descend de Yacht Haven Marina, où ils se trouvent actuellement lui et son épouse Monique ; Ils nous ont invités à passer l'après midi à bord du Cers. Après les préparatifs habituels, quelques chamailleries entre Carmen et Julie et la série de pipi caca qui ne nous retarde que d'une demi-heure, nous partons dans une petite  voiture de location poussiéreuse qu'ont loué Jean Claude de Cers et Michel de Virus en mer (tiens, un drôle de nom pour un voilier, surtout quand il s'agit d'un superbe Super Maramu) Nous sommes heureux de retrouver Monique, et Michel qui s'est joint à nous pour le Déjeuner. Comme d'habitude, Monique se démène pour présenter une table superbe. Les petites reçoivent un cadeau de Noël : des vêtements qui leur serviront bien tout au long de ce voyage. Même nous, nous avons droit à un cadeau de Noël : un porte jumelle extérieur. Ce sera très utile même si nous l'utilisons comme porte biberon... L'ambiance est très décontractée, Michel est en verve et participe très intelligemment à la discussion. Jean Claude fait preuve d'un humour rafraîchissant ; Nous nous sentons bien. Les filles ne sont pas trop pénibles ce qui ajoute à la décontraction. Puis nous partons tous nous baigner dans la toute petite piscine mise à la disposition des habitants de la marina. Il y a là des chats et de nombreux papillons qui ravissent nos petites filles. Bien sur, la séance caca à l'extérieur reprend et nous devons nettoyer Carmen.
Décidément j'espère que cette phase ne durera pas longtemps. Il faut nous quitter car Jean Claude est fatigué du réveillon de la veille. Il nous ramène à RPM à la tombée de la nuit. Ce fut une très belle journée.

26 décembre
Il est temps de m'atteler à la révision du moteur. J'ai repoussé cette besogne au dernier moment car je n'apprécie pas du tout cette obligation cyclique qui consiste à changer tous les fluides et filtres associés. Encore une journée où je ne me rendrai pas disponible pour ma petite famille. Meng a du mal à supporter la séparation que nous infligent les réparations et préparations du bateau pour la prochaine étape. Alors je vais essayer de faire vite et bien. Je prépare mon chantier, fais tourner le moteur pour monter les huiles en température et par voie de conséquence, transformer la salle des machines en sauna... Je commence à transpirer à profusion. Moi qui me croyais relativement habile manuellement, je déchante très vite à la vue d'une grosse explosion d'huile sale qui dégouline maintenant sur mes mains et le long du compartiment moteur. Le cul en l'air dans ma traditionnelle position du prieur musulman, je m'injurie aux mille diables. Je serre les dents car je n'en suis qu'au début. Vient le moment ou je veux installer le nouveau filtre à huile du moteur ; J'en
ai 5 en réserve que j'ai commandé à Singapour à un Chinois qui m'en avait déjà vendu un...  Le cul en l'air, mais cela vous l'aurez deviné, la tête en bas, les deux mains aux prises avec mon nouveau filtre que je viens de remplir d'huile fraîche, j'essaye de le visser sous son support. Ca ne veut pas se visser ! Alors je compare le vieux avec le nouveau filtre; Ce ne sont pas les mêmes. Je resserre les dents encore plus fort. Je bous à l'intérieur. Au salon, les filles hurlent et se bagarrent pour avoir le cheval miniature de l'autre, et comme c'est toujours Carmen qui gagne, Julie hurle sans aucune retenue et elle a du coffre. Me voilà ivre de rage à secouer ce petit monde les mains pleines d'huile, les yeux rouges et probablement prêts à sortir de leurs orbites. Le calme revenu grâce à Meng, je retourne dans le capharnaüm de la salle machine; il me faut continuer sans installer le filtre. Je m'occupe ensuite de l'inverseur, et là c'est le sommet : Pas d'accès, la jauge est située sous une plaque inox supportant les poulies du câble de timonerie, je démonte les tuyaux d'amenée d'huile à l'échangeur de température et ça coule et ça déborde et j'en mets partout... Qu'est ce que je suis maladroit ! Je suis vaincu par l'ampleur de la merde que je viens de faire. Tant pis, je change tout et passe ensuite une heure et demie à nettoyer avec le manche du guindeau et des chiffons au bout pour atteindre le fond du compartiment moteur bien trop bas pour la longueur de mes bras. Ce n’est pas facile ! Je ferais mieux la prochaine fois. Heureusement, Bernard, le navigateur Suisse et Pouille sa copine, viennent à bord avec de quoi faire une fondue savoyarde. Elle se révèle être délicieuse, la fondue...

27 décembre
C'est au tour des hublots de la cabine arrière ; Il faut changer les joints qui fuient. Alors c'est parti, démontage, nettoyage des surfaces et installation à la colle contact d'un nouveau joint. Je plonge pour nettoyer l'hélice et récupère au passage une sandalette que Julie a jeté dans l'eau. Un vrai coup
de chance de l'avoir retrouvée par 6 mètres de fond dans une bouillasse épaisse; Visibilité 10 cm.
Je ratisse le fond avec le visage à dix centimètres pour y voir quelque chose. Meng n'a pas du tout le moral, elle pleure même, désespère de me voir tout le temps le nez fourré dans un truc à réparer. Mais cela lui passe vite et nous voilà partis à boat Lagoon en dinghy pour passer un moment chez Simpson marine, et à la piscine de l'hôtel. Malheureusement ça ne se passe pas tout à fait comme cela car je dois courir à droite et à gauche pour récupérer les filtres qui n’arriveront finalement que 4 heures et demi après l'heure indiquée initialement par le vendeur thaïlandais. Mais nous réussissons à contacter nos parents par téléphone et ça c'est très bien. De retour à Royal Phuket Marina, il nous faut faire passer le dinghy au-dessus d'un mini pont flottant qui a été installé pour permettre, le temps d'une réception, le passage facile des invités d'un côté de la marina à l'autre. Mais pour nous c'est galère, les enfants dorment dans nos bras car il fait nuit. Chose étonnante, le dinghy exerce le même pouvoir que la voiture sur les enfants; elles s'endorment automatiquement. De retour au bateau, nous mangeons, puis c'est au tour du traditionnel brossage des dents. Julie est la première : elle pleure en ouvrant une large bouche ce qui rend la tâche aisée. Bonne nuit
 
 

28 -29 Décembre

28 décembre
C’est la journée de la douche glacée. Nous avons en effet décidé de partir enfin pour rejoindre nos amis à Yacht Haven au Nord de Phuket. Je me rends donc au bureau de la marina pour leur notifier notre heure de départ pour le lendemain et m’enquérir de l’heure de marée haute pour pouvoir sortir de ce trou.
La Thaïlandaise souriante m’annonce que Simpson Marine ne prend pas en charge notre séjour dans cette marina; la facture s’élève donc à 29500 bahts soit plus de 1100 Dollars Singapouriens soit 550 Euros pour moins de 15 jours. Je suis abasourdi.
Comment ai-je pu me fourrer dans ce pétrin ? Pendant que je réfléchi à cette question, je fais descendre la note à 19500 bahts car le tarif s’appliquait à un bateau de 15 mètres; la marina est pleine et il ne restait plus que cette place. Nous revoilà donc traites à la bonne longueur. C’est mieux mais cela fait encore 880 dollars Singapouriens à payer; une somme que nous n’avions sûrement pas budgétée et qui fera défaut plus tard. Je leur pose des questions;
pourquoi n’a t-on pas été prévenus dès le début que nous ne serions pas pris en charge par Simpson Marine ?
N’avez vous pas un tarif spécial pour eux et si oui lequel ?
Nous avions prévenu pourtant dès le premier jour à la marina. Le manager de Royal Phuket Marina confirme et m’apprend avoir contacté Simpson Marine immédiatement pour vérifier notre info. Mais la réponse définitive ne nous est arrivée que la veille de notre départ après 15 jours de présence!!!
Je contacte Grant immédiatement et me heurte à une mauvaise foie à peine voilée. J’aurai du être direct, me dit-il et lui demander carrément de nous faire sponsoriser par Simpson pour la marina. Il renchérit en concluant qu’il aurait refusé s'il avait compris.
Mon coeur se serre, car, au delà du lien spécial que j’ai tissé avec cette société au fil des années et qui ne représentent rien pour cet homme, l’issue vient de se refermer et nous devrons payer. Je l’implore presque en tentant de le remuer dans son fort intérieur, mais rien n’y fait.
A midi, tandis que nous vaquons à nos occupations la mine très grise, une personne m’interpelle depuis le quai; il s’agit de Trevor Challender, un ancien client devenu un ami il y a de cela trois ans. Nous nous sommes liés d’amitié après le convoyage ensemble d’un Vitech 72 acheté via Simpson Marine à Jakarta.
Le voyage jusqu’à Singapour nous avait permis de nous acheter et de nous apprécier. C’est une bonne surprise d’autant qu’il nous invite immédiatement à manger au restaurant «Skippers». Nous lui racontons nos mésaventures et il s’en indigne. Il est accompagné de sa femme, une Thaïlandaise plutôt mignonne, de sa fille Jessica, de son ex-femme Helen avec laquelle il conserve d’excellents rapports et de la mère de celle-ci, une vielle dame étonnamment alerte pour son âge.
Le vin blanc commence à couler à flot et cela me fait du bien. L’alcool me met dans une humeur joyeuse et efface tout le négatif de cette journée.
Nous déboulons même dans le bureau de Simpson Marine où, ébriété oblige, Trevor insulte Grant de tous les noms. Heureusement, il n’est pas là pour la semaine.
Quelle superbe après-midi nous venons de passer, mais très vite, le souvenir de la facture à payer s’impose dans nos esprits et Meng et moi ne pouvons dormir cette nuit là.
Ma tête bouillonne d’amertume. Meng prend son téléphone à 3 heures du matin et lance un dernier appel en SMS pour tenter de convaincre Grant de faire un effort.


29 décembre

Miracle ! Au réveil, Grant répond par SMS en acceptant de prendre en charge notre séjour à Royal Phuket Marina... Nous exultons.
Quel revirement de situation ! Nous effectuons les derniers préparatifs pour le départ, et à 13heures 30, nous sortons de cette souricière l’âme légère.

Vers 17 heures Yacht Haven est droit devant et nous mouillons entre Phuket et le pays. Le plan d’eau est aéré et très calme.
Nous savourons notre liberté retrouvée.

Du 29 Décembre au 10 Janvier


Du 29 décembre au 10 janvier
Nous en profitons pour nager dans la petite piscine locale, les gens de la marina commence à nous connaitre et à nous apprécier.
Les filles créent le lien tellement facilement. Mais il s’agit exclusivement du personnel de la marina.
Les navigateurs habitués de longue date à leur routine ordonnée et au calme de leur retraite bien méritée nous évitent gentiment; il faut dire qu’avec Carmen et Julie comme ambassadrices de notre famille, c’est tout le monde aux abris partout où elles passent.
Trevor, Oye (c’est le nom de sa femme) et Jessica passent beaucoup de temps avec nous jusqu’au 5 Décembre. Ils sont très gentils et se sont les seuls qui recherchent notre compagnie. Le temps passe vite et le départ se fait de plus en plus présent dans nos têtes.
Je passe toute une matinée avec Steve; un américain ingénieur en électronique et science des ordinateurs. Nous voici donc dotés d’un «weather fax operationnel». Nous prenons même une moto émise par Bangkok grâce à ce moyen. Je me sens mieux car cet outil nous permettra d’élargir nos sources d’informations météorologiques.
Cette escale à Yacht Haven me permet aussi de tester un peu plus précisément la pression d’huile du moteur. Je trouve un senseur électrique à visser sur le moteur adapté. L’ancien indiquait une pression double. Mais c’est surtout la jauge mécanique que j’avais installée après la rénovation complète du moteur et de la salle machine qui commençait à me troubler. Apres la rénovation, le moteur se trouvait dans la limite inférieure de la pression définie par le constructeur (30 PSI à 1600 tours/minute). Cela s’est vérifié exact pendant nos deux voyages précédents, l’un à Tioman et l’autre aux îles Anambas en Indonésie. Mais depuis le début de notre voyage, la pression passe maintenant sous la barre de la pression minimum après 1 heure et demi de fonctionnement en charge. Je ne suis plus qu’à 26 PSI à 1600 t/m... Inquiétude.
J’ai changé la jauge, mais la lecture reste identique bien que la sonde électrique m’indique une pression supérieure tout à fait acceptable. Malheureusement, ce sont les jauges mécaniques qui ne trahissent pas. La mécanique est impitoyable; je n’ai pas changé la pompe à huile lorsque le moteur était démonté devant moi et qu’il aurait été si facile de le faire. Maintenant, je le regrette amèrement car si je devais intervenir pour la changer, la somme de travail serait très importante. Alors j’observe et j’attends. C’est une règle qui ne faillit jamais, ce que nous ne traitons pas immédiatement et repoussons à plus tard, finit par se manifester un jour ou l’autre avec des conséquences très ennuyeuses voir désastreuses.
Dans ce registre il y a les protections des matelas de la couchette des filles. Je n’ai jamais résolu ce problème; il aurait fallu faire faire en France une couverture en matière imperméable à installer sur les mousses, car les matériaux étaient disponibles là- bas, mais nous ne l’avons pas fait. Résultat, Julie régulièrement et Carmen rarement, nous pissent au lit. A Singapour nous avons essayé de trouver le satané tissu, mais il faut croire que les enfants Singapouriens contrôlent leurs vessies mieux que les autres. A part de la bâche crissante et collante même sous les draps, il n’y a rien. C’est super !
Nous avons tout démonté à Yacht Haven, envoyé au lavage draps, housses etc. Tout avait une senteur tenace de pisse et aujourd’hui, Julie, à l’heure de sa sieste, nous a refait une belle tâche évidemment, à côté des deux films plastiques que nous avons quand même installés en pure perte d’ailleurs car en plus du fait qu’elle porte une couche culotte, aussi en pure perte, ça a fini par trouver inexorablement le chemin de la mousse des matelas.
Je la regardais cet après-midi devant sa tâche avec la gueule d’un type qui est sur le point de coller une gosse au plafond, mais elle m’a gratifié d’un superbe sourire angélique... On s’occupera de la pisse demain.
Nous sommes partis aujourd’hui (10 janv. 08) pour une petite île située à trois heures de la marina; Koh Phanak. Nous avons jeté l’ancre à côté de grandes falaises de roche grise et blanche. Les promène-couillons sont bien sûr au rendez-vous mais cette fois-ci, il n’y a pas de Long tails donc pas de bruit.
Les touristes arrivent par bateau, s’installent par deux dans une pirogue en plastique gonflable, et s’engouffrent à la queue leu leu dans un tunnel situé à la base de la falaise. Nous décidons de nous y rendre aussi en annexe et à la rame. Nous nous joignons avec le flot des peaux grasses et blanches et heureusement car nous n’avons pas pris de lampe torche. Les filles sont enchantées de se trouver impliquées dans cette aventure. La grotte se révèle être plus longue que prévue et est tapissée de chauve-souries. Nous avançons dans le noir complet et la pestilence des culs pourris de ces vampires. De l’autre côté, nous parvenons de justesse à nous faufiler sous la roche pour déboucher dans une vaste enclave à ciel ouvert creusée par je ne sais quel phénomène naturel au milieu de cette île.
De retour au bateau, les filles s’endorment et j’en profite pour me faire une petite sieste.
Demain, nous commencerons notre descente vers Ao Chalong pour effectuer la clearance de sortie. Ensuite ce sera le grand départ et son cortège de grandes distances...
Je lis le livre de Papa, et le relis. Comme je commence à comprendre ce qu’il a ressenti durant son voyage en compagnie de Maman.
L’inquiétude est une notion que je ne percevais pas très bien avant ce voyage, mais je la cerne mieux aujourd’hui car elle m’empoigne régulièrement. D’ailleurs, c’est bien plus qu‘une empoignade, c’est une étreinte aussi forte que celle d’un étau.
Les problèmes techniques que je rencontre prennent des dimensions bien plus importantes aujourd’hui car il y a mes enfants et mon épouse à bord. Il faut se trouver dans ce cas de figure pour comprendre cette vague sournoise qui envahit l’esprit avant le voyage. Cette saloperie de pression d’huile devrait être plus importante, mais elle ne l’est pas, alors j’y pense au point de l’obsession alors que sur Winnibelle, je n’avait qu’un vulgaire voyant rouge pour la pression; voyant allumé = pas de pression, voyant éteint = pression. C’était simple et je ne m’en inquiétais pas. Maintenant j’ai des jauges dans tous les sens et ça m’inquiète. Je voudrais posséder la faculté de me miniaturiser pour aller voir à l’intérieur du moteur si l’huile circule partout, si tout va bien... L’inquiétude est une nécessité qui nous permet de rester en alerte et nous oblige à vérifier et à revérifier en permanence. En même temps, elle fatigue.
Je regarde mes enfants jouer en toutes circonstances, elles vivent en complète insouciance et c’est très bien. Meng ne perçoit pas les détails qui construisent cette inquiétude; je prends soin de ne pas l’entraîner dans ce labyrinthe; je dois m’y trouver seul. Je relis le livre de Papa, et ressens ses inquiétudes plus vivement maintenant; le moteur qui tourne sur trois cylindres au lieu de quatre, le démarreur qui refuse de tourner à la vitesse normale malgré des batteries neuves et bien chargées, la chaîne qui casse au pire des moments, le pilote qui rend l’âme à un tiers de la traversée de l’Atlantique, la foudre qui élimine les moyens de navigations électroniques et l’oblige à naviguer à l’estime etc. etc. etc.
C’est une guerre froide, une guerre des nerfs dans laquelle il ne faut pas se laisser entraîner car j’entrevois déjà qu’il serait difficile d’en sortir gagnant.
Alors je respire un bon coup et me dis que ça va tenir le coup cet ensemble de systèmes compliqués sur lesquels repose la pérennité de notre voyage.
Bonne nuit.



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